Publié le 22 décembre 2025 04:04:00. Des changements subtils dans les habitudes de conduite, comme une diminution des trajets ou une prudence accrue, pourraient signaler un déclin cognitif précoce, voire les premiers stades de la démence.
- Une étude de l’Université de Washington à Saint-Louis a révélé que les personnes présentant des troubles cognitifs légers conduisent moins souvent, sur des distances plus courtes et plus rarement la nuit.
- Les chercheurs ont développé des modèles capables de prédire un déclin cognitif avec une précision allant jusqu’à 87 %, en combinant données de conduite et résultats de tests neuropsychologiques.
- Bien qu’il ne s’agisse pas d’un diagnostic, une modification du comportement au volant peut inciter à une évaluation médicale précoce.
La démence ne se manifeste pas toujours par des pertes de mémoire spectaculaires. Elle s’installe souvent discrètement, par de petits oublis, des difficultés à suivre une conversation ou le non-respect de rendez-vous. Selon l’Initiative de recherche sur la maladie d’Alzheimer (AFI), ces changements progressifs dans la vie quotidienne peuvent être les premiers signes d’un trouble cognitif.
Une étude récente a mis en évidence un autre indicateur potentiel : le comportement au volant. Les chercheurs de l’École de médecine de l’Université de Washington à Saint-Louis ont suivi 298 participants d’un âge moyen de 75 ans pendant 40 mois. Grâce à des enregistreurs GPS installés dans leurs véhicules, ils ont analysé la fréquence et la durée de leurs trajets, les heures de conduite, la vitesse et les freinages brusques. Parallèlement, des tests neuropsychologiques et cliniques ont été réalisés annuellement pour évaluer leurs capacités mentales.
Parmi les participants, 242 étaient considérés comme cognitivement sains, tandis que 56 présentaient un trouble cognitif léger (MCI), un état qui, selon l’AFI, peut être un précurseur de la démence. Au début de l’étude, les habitudes de conduite des deux groupes ne différaient pas significativement. Cependant, au fil des mois, une tendance claire s’est dégagée : les personnes dont les performances cognitives déclinaient conduisaient moins souvent, sur des distances plus courtes et, surtout, moins fréquemment la nuit. Leur style de conduite devenait également plus prudent.
Les données collectées ont permis aux chercheurs de développer des modèles prédictifs. Ils ont ainsi atteint une précision d’environ 82 % pour identifier un déclin cognitif existant ou en développement, un chiffre qui est monté à 87 % en incluant des données démographiques telles que l’âge et le sexe.
Les scientifiques soulignent toutefois que ces résultats doivent être interprétés avec prudence. L’échantillon étudié était relativement restreint et peu diversifié, avec une forte proportion de participants d’origine ethnique similaire. De plus, les enregistreurs GPS ne capturaient pas tous les aspects de la capacité de conduite, comme le maintien dans la voie ou la réaction face aux dangers. Des examens de conduite réguliers restent donc essentiels.
Il est important de noter qu’un trouble cognitif léger ne conduit pas systématiquement à la démence. Certaines personnes stabilisent leur état et ne progressent pas vers une forme plus sévère de la maladie. Pour mieux comprendre la relation entre les changements de comportement au volant et l’apparition de la démence, des études plus vastes et plus diversifiées sont nécessaires.
La démence, qui signifie littéralement « perte de l’esprit », se caractérise par une limitation, voire une perte totale, des capacités mentales. Le Ministère fédéral de la Santé allemand souligne que les premiers signes incluent souvent des troubles de la mémoire à court terme, des difficultés à se souvenir de faits récents, des oublis de rendez-vous ou des questions répétées. À terme, la mémoire à long terme peut également être affectée. D’autres symptômes peuvent apparaître, tels qu’une diminution de l’attention, des difficultés d’élocution, une compréhension limitée, une capacité de raisonnement altérée et des problèmes d’orientation.
Les personnes souffrant de troubles de la mémoire ou de démence précoce doivent faire preuve de prudence au volant. Selon le Ministère fédéral de la Famille, des Personnes âgées, de la Femme et de la Jeunesse, il est possible de continuer à conduire aux premiers stades de la maladie. Cependant, en cas de progression de la démence, notamment d’Alzheimer, la capacité à conduire peut être compromise. La réglementation applicable est définie dans l’annexe 4 de l’ordonnance sur le permis de conduire.
En cas de diagnostic, il est recommandé de faire évaluer son aptitude à conduire par un spécialiste, tel qu’un psychiatre ou un neurologue.
