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UbiMyTherapist : IA thérapeute anticipe détresse mentale via montre connectée

by Nicolas Lefèvre
Le mécanisme du jumeau numérique d'UbiMyTherapist

Des chercheurs de l’Université d’Ottawa ont conçu UbiMyTherapist, un système d’IA utilisant les données des montres connectées pour anticiper la détresse mentale. Ce projet de soutien proactif intervient alors qu’une vague de contestation en France appelle au boycott de l’IA générative pour protéger les capacités humaines et l’environnement.

Le mécanisme du jumeau numérique d’UbiMyTherapist

L’intelligence artificielle ne se contente plus de répondre à des commandes textuelles ; elle cherche désormais à comprendre l’état biologique de l’utilisateur. Le projet UbiMyTherapist, dont le nom complet est « You Be My Therapist » (ou « tu seras mon thérapeute »), repose sur la création d’un profil dynamique de l’individu. Selon les détails techniques rapportés par Clubic, ce système s’appuie sur ce que les chercheurs nomment un « jumeau numérique ».

Le mécanisme du jumeau numérique d'UbiMyTherapist
Photo: La Crème Du Gaming

Ce profil combine l’historique médical de l’utilisateur avec une base de connaissances en psychologie clinique et des données captées en temps réel. Pour alimenter ce modèle, l’équipe utilise trois sources de données distinctes : la variabilité de la fréquence cardiaque mesurée par une montre connectée, le ton de la voix capté par des écouteurs et le contenu des messages écrits traités par un smartphone.

Le travail a été dirigé par Karim Alghoul, professeur à l’École de science informatique et de génie électrique de l’université, avec la supervision de Hussein Al Osman et Abdulmotaleb El Saddik. L’équipe a également intégré la participation de Raina Sharma, étudiante en psychologie. Les résultats de ces recherches ont été publiés sous le titre scientifique « UbiMyTherapist : A Digital Twin MultiModal LLM-based System with Emotion Detection » lors d’une conférence de l’IEEE.

Passer du chatbot réactif à la sentinelle proactive

La limite majeure des outils de santé mentale actuels réside dans leur passivité. La plupart des chatbots attendent que l’utilisateur exprime un besoin pour intervenir. L’approche développée à l’Université d’Ottawa cherche à renverser ce paradigme en passant d’une assistance réactive à une surveillance proactive.

D’après les informations de Phonandroid, le système propose deux modes de fonctionnement distincts :

  • Le mode réactif, qui répond aux sollicitations directes de l’utilisateur.
  • Le mode proactif, qui intervient de manière autonome dès qu’un signe de détresse est détecté par les capteurs.

Lors de tests menés sur 24 participants, cet assistant a reçu des évaluations positives concernant l’empathie et la personnalisation des réponses. Toutefois, l’équipe de recherche précise que l’outil ne vise pas à remplacer les thérapeutes humains, mais à servir de soutien complémentaire pour les personnes confrontées au coût des soins, à la stigmatisation ou au manque de professionnels disponibles. Le prototype doit encore évoluer pour permettre une réponse en temps réel aux signaux physiologiques, et aucune date de commercialisation n’a été annoncée.

Les risques d’addiction et de dépendance affective

Alors que la technologie cherche à soutenir la santé mentale, une autre facette de l’intelligence artificielle générative suscite des inquiétudes majeures concernant la santé comportementale. La question de l’usage compulsif des outils conversationnels devient un enjeu de santé publique.

Les risques d'addiction et de dépendance affective
Photo: Clubic

Comme l’indique une analyse de The Conversation, bien que l’IA générative ne soit pas officiellement reconnue comme une addiction médicale, des études montrent que son usage intensif peut entraîner des modifications de l’activité cérébrale similaires aux mécanismes addictifs. Les chercheurs identifient plusieurs risques, notamment la dépendance affective envers des compagnons conversationnels et l’affaiblissement des relations sociales dans le monde réel.

Le débat sur la responsabilité des entreprises s’intensifie, rappelant les précédents juridiques liés au tabagisme ou aux réseaux sociaux. Les experts se demandent si les fabricants d’IA pourraient être tenus responsables de comportements addictifs, à l’instar des procès récents impliquant Meta et YouTube concernant l’addiction aux plateformes sociales.

Le mouvement de boycott face à la marginalisation de l’humain

En France, cette tension entre progrès technologique et risques sociétaux a pris la forme d’une contestation politique et culturelle. Près de 150 personnalités, dont des écrivains et des scientifiques, ont publié une tribune dans Le Monde pour appeler au boycott de l’IA générative grand public.

Le mouvement de boycott face à la marginalisation de l'humain
Photo: The Conversation

Ce mouvement, relayé par La Crème Du Gaming, rassemble des figures telles que les auteurs Annie Ernaux et Hervé Le Tellier, les dessinateurs Jul et Enki Bilal, ou encore le scientifique Marc-André Selosse. Ces signataires dénoncent un projet de société qui mènerait à une déshumanisation des échanges.

« Sans attendre que le législateur bâtisse des digues, nous appelons au boycott de l’IA générative tous ceux qui ne sont pas contraints à l’utiliser ».

Les signataires de la tribune, via La Crème Du Gaming Les préoccupations des signataires s’articulent autour de trois axes principaux :
  • **L’affaiblissement cognitif :** La délégation de tâches intellectuelles (devoirs, réflexions) à des robots pourrait nuire à la mémoire et à l’esprit critique, notamment chez les jeunes.
  • **L’érosion du lien social :** Le remplacement de l’empathie humaine par des agents virtuels paramétrés pour rassurer pourrait dégrader la qualité des relations interpersonnelles.
  • **L’impact écologique :** La consommation massive d’électricité et d’eau par les centres de données est perçue comme un renoncement aux objectifs climatiques.
Face à cette montée de l’« adoption-répulsion », où l’usage explose chez les 15-24 ans malgré une inquiétude croissante du reste de la population, des alternatives émergent. Plus de 1 100 professionnels de la culture soutiennent désormais un label « Sans-IAg », garantissant que les contenus produits sont issus exclusivement de la création humaine.

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