Bangkok, Thaïlande – Face à une montée des inégalités, un autoritarisme grandissant et les risques liés à l’intelligence artificielle, Amitabh Behar, directeur exécutif d’Oxfam International, a appelé à un réveil de la société civile et à un engagement renouvelé des jeunes pour défendre la démocratie et la justice sociale.
S’exprimant en marge de la Semaine internationale de la société civile (ICSW2025) qui se tient à Bangkok du 1er au 5 novembre, M. Behar a souligné le rôle crucial des organisations de la société civile (OSC) pour contrer les forces qui menacent les libertés fondamentales. Il a insisté sur le fait que la société civile est bien plus qu’une simple formalité démocratique, mais un véritable moteur de changement.
« À une époque d’inégalités mondiales grotesques et croissantes, la société civile est composée de gens ordinaires qui défient les élites et les gouvernements élus pour les servir », a-t-il déclaré. « C’est le moteur qui empêche la démocratie de n’être qu’une simple formalité qui se produit dans les urnes tous les quatre ans. »
M. Behar a rappelé que, durant les périodes de croissance économique en Asie, les gouvernements avaient investi dans les services publics, tandis que la société civile travaillait aux côtés des syndicats pour protéger les droits des travailleurs. Aujourd’hui, face à l’austérité et à la montée de l’autoritarisme, les OSC assument un rôle de plus en plus important, palliant les lacunes des gouvernements en fournissant une aide alimentaire, en créant des réseaux de soutien locaux et en défendant les droits des citoyens.
Le plus grand défi auquel la société civile est confrontée, selon M. Behar, est la concentration du pouvoir et des ressources entre les mains d’une petite élite qui influence les politiques économiques à l’échelle mondiale. Les inégalités croissantes, les crises de la dette et les catastrophes climatiques rendent la vie de plus en plus difficile pour les populations, tandis que les gouvernements répressifs tentent de museler les voix dissidentes.
« Les gouvernements autoritaires écrasent la dissidence et les protestations avec des lois, la surveillance et l’intimidation », a-t-il averti. « L’IA et les outils numériques sont désormais utilisés comme armes pour traquer, cibler et détenir illégalement les manifestants, aggraver les inégalités et accélérer la dégradation du climat. »
Malgré ces obstacles, M. Behar se montre optimiste, soulignant le rôle moteur des jeunes dans les mouvements de changement à travers l’Asie. « Des manifestations de Katmandou à Jakarta, de Dili à Manille, un thème encourageant émerge : le courage, l’inspiration et le défi des jeunes », a-t-il affirmé. « Les mouvements dirigés par la génération Z, les réseaux communautaires et les campagnes populaires obtiennent de véritables changements, en augmentant les salaires, en défendant les droits des travailleurs et en améliorant les services. »
Il a également insisté sur l’importance des partenariats entre les différents acteurs de la société civile, en particulier ceux qui placent les personnes les plus touchées au centre de leurs actions. « Les partenariats fonctionnent lorsque les groupes de la société civile se font confiance et mettent les personnes les plus touchées au centre », a-t-il expliqué. « Lorsque les réseaux locaux, les groupes de jeunes et les bénévoles se coordonnent autour des dirigeants communautaires, les décisions sont plus rapides, les ressources parviennent aux bonnes personnes et le travail fait réellement la différence. »
Enfin, M. Behar a appelé à une action stratégique de la société civile pour défendre l’espace civique, soutenir les mouvements populaires et concentrer les ressources là où elles sont le plus nécessaires. « Lorsque les gouvernements érodent les droits à tous les niveaux, la société civile ne peut pas rester en retrait », a-t-il conclu. « Elle doit lutter de manière stratégique, en s’attaquant directement à la racine de presque toutes les formes d’injustice : l’inégalité. »
