La Hongrie a porté un coup d’arrêt aux ambitions de l’Union européenne de soutenir financièrement l’Ukraine, en opposant son veto à un plan d’aide de 90 milliards d’euros. Cette décision, prise lors d’une réunion à Bruxelles le 5 décembre, révèle les profondes divisions au sein de l’UE et met en péril l’assistance à Kyiv à un moment critique du conflit.
Le veto budapestois bloque l’émission d’obligations européennes destinées à financer l’Ukraine, une initiative présentée par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, comme une solution de rechange après l’échec des tentatives de mobiliser les avoirs russes gelés. Ce plan prévoyait de combiner les revenus générés par ces actifs avec des emprunts pour atteindre un total de 105 milliards de dollars (environ 97 milliards d’euros).
Le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, justifie cette opposition par une volonté de protéger les intérêts financiers de son pays et dénonce une politique européenne qu’il qualifie de « belliciste ». Budapest s’est déjà distinguée par son scepticisme envers l’aide à l’Ukraine, s’abstenant ou opposant son veto à plusieurs précédents programmes d’assistance, totalisant 50 milliards d’euros, invoquant des risques de corruption et des conséquences économiques néfastes pour l’Europe.
Cette crise intervient alors que l’UE cherchait à mettre en œuvre un mécanisme controversé visant à utiliser les 300 milliards d’euros d’actifs de la banque centrale russe, détenus chez Euroclear, pour financer la reconstruction de l’Ukraine. Ce projet de « prêt de réparation » s’est heurté à des objections juridiques et politiques, notamment de la Belgique, qui craignait des perturbations des marchés financiers et des représailles juridiques de la Russie, qui a déjà déposé une plainte devant les tribunaux internationaux.
L’alignement d’Orban avec l’initiative de paix promue par l’ancien président américain Donald Trump, et son accusation de « chantage » de la part de l’UE, soulignent la complexité de la situation. Les États-Unis, sous la future administration Trump, ont d’ailleurs encouragé les Européens à abandonner l’idée d’un prêt et à privilégier des négociations directes.
Les conséquences de ce blocage pourraient être lourdes pour l’Ukraine, qui se voit confrontée à un déficit budgétaire estimé à 38 milliards d’euros pour l’année prochaine, selon le Fonds monétaire international (FMI). Cela pourrait l’obliger à intensifier la conscription et à mettre en place des mesures de rationnement.
Bruxelles étudie désormais des solutions de contournement, notamment des modifications des règles de vote qui nécessitent actuellement l’unanimité des États membres pour les questions financières. Cependant, ces tentatives se heurtent à la détermination de la Hongrie, qui a déjà retardé les négociations d’adhésion de l’Ukraine à l’UE et bloqué 6,5 milliards d’euros d’aide militaire.
« Nous ne financerons pas la guerre avec l’argent hongrois », a déclaré Viktor Orban devant le Parlement, une phrase qui a suscité des applaudissements de la part des députés de son parti, le Fidesz.
La décision de la Hongrie a provoqué des réactions contrastées. Moscou a salué une « prise de conscience », tandis que Kyiv a dénoncé un acte qui « porte atteinte à la sécurité ». Les réactions à Washington sont plus mesurées, l’envoyé de Trump, Keith Kellogg, proposant un cessez-le-feu de 30 jours.
