Publié le 13 décembre 2023 03:58:00. Une nouvelle étude chinoise révèle que le jeûne intermittent provoque des changements notables dans le cerveau et le microbiome intestinal, ouvrant des perspectives intéressantes sur la lutte contre l’obésité et la compréhension des mécanismes de la dépendance alimentaire.
- Le jeûne intermittent entraîne une perte de poids moyenne de 7,6 kg (7,8 % du poids corporel) chez les personnes obèses participant à l’étude.
- Des modifications de l’activité cérébrale, notamment dans les zones liées au contrôle de l’appétit et aux comportements addictifs, ont été observées grâce à l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle.
- La composition du microbiome intestinal est également affectée, avec une diminution de certaines bactéries comme Escherichia coli et une augmentation d’autres espèces associées au métabolisme de l’obésité.
Le jeûne intermittent, une pratique alimentaire consistant à alterner des périodes de prise alimentaire normale avec des périodes de jeûne, a gagné en popularité ces dernières années. Promu pour ses bénéfices potentiels sur la perte de poids, la santé métabolique et même la longévité, il suscite néanmoins des interrogations quant à ses effets réels. Une récente recherche menée en Chine apporte de nouveaux éléments de compréhension en explorant le lien complexe entre cette pratique, le cerveau et le microbiome intestinal.
L’étude, publiée dans la revue scientifique Frontières de la microbiologie cellulaire et infectieuse, a suivi 25 volontaires obèses pendant 62 jours. Les participants ont suivi un régime basé sur une Restriction Énergétique Intermittente (REI), un protocole consistant à alterner des jours de restriction calorique avec des jours d’alimentation normale. Au terme de l’étude, les participants ont perdu en moyenne 7,6 kg, soit environ 7,8 % de leur poids corporel.
Mais les effets du jeûne intermittent ne se limitent pas à la balance. L’analyse de l’activité cérébrale par imagerie par résonance magnétique fonctionnelle a révélé des changements significatifs dans les régions du cerveau impliquées dans la régulation de l’appétit et des comportements liés à la dépendance. Le gyrus orbital frontal inférieur, une zone cruciale pour les fonctions exécutives et le contrôle de l’alimentation, a été particulièrement affecté.
Selon Qiang Zeng, chercheur au Centre national de recherche clinique sur les maladies gériatriques, ces modifications cérébrales et intestinales semblent évoluer de concert.
« Nous montrons qu’un régime REI modifie l’axe cerveau-intestin-microbiome humain. Les changements observés dans le microbiome intestinal et l’activité dans les régions cérébrales liées à la dépendance pendant et après la perte de poids sont très dynamiques et couplés dans le temps. »
Qiang Zeng, chercheur au Centre national de recherche clinique sur les maladies gériatriques
Parallèlement, la composition du microbiome intestinal a subi des transformations notables. La quantité de bactéries Escherichia coli a diminué, tandis que d’autres espèces, souvent associées aux processus métaboliques liés à l’obésité, ont proliféré. Les chercheurs ont également identifié des corrélations spécifiques entre certaines bactéries et l’activité de certaines régions du cerveau. Par exemple, des niveaux élevés d’E. coli ont été associés à une activité réduite dans le gyrus orbital frontal inférieur, une zone essentielle pour la maîtrise de soi en matière d’alimentation.
Il est important de souligner que cette étude met en évidence des corrélations et non des relations de cause à effet directes. Les chercheurs eux-mêmes reconnaissent qu’il reste à déterminer si les changements observés dans l’intestin influencent le cerveau, si c’est l’inverse, ou si les deux systèmes évoluent simultanément. Cette recherche constitue néanmoins une avancée significative dans la compréhension des mécanismes complexes impliqués dans le jeûne intermittent et son impact sur l’organisme.
Cette nouvelle étude apporte un élément de réponse à la question de savoir ce qui se passe dans notre corps lorsque nous choisissons de nous abstenir de manger pendant des périodes prolongées, mais elle confirme également la nécessité de poursuivre les recherches pour mieux comprendre les interactions subtiles entre le cerveau, l’intestin et le microbiome.
