Publié le 24 septembre 2025 06:00:00. La disparition de la société de livraison Fastway a relancé le débat sur la concurrence déloyale potentielle exercée par An Post, l’opérateur postal irlandais, grâce à son statut public et aux subventions qu’elle reçoit.
- La perte de contrats importants avec ASOS et Sports Direct a précipité la faillite de Fastway, laissant des livreurs et des clients dans l’incertitude.
- An Post, bien qu’étant une entreprise publique commerciale, bénéficie de financements publics et d’une garantie implicite de l’État, lui conférant un avantage concurrentiel.
- Le volume des colis livrés par An Post a augmenté de 12,6 % tandis que le volume du courrier traditionnel a diminué de 7,6 %, suggérant un recentrage de l’entreprise sur la livraison de colis.
L’effondrement de Fastway, survenu la semaine dernière, a mis en lumière les difficultés rencontrées par les entreprises privées de livraison de colis face à la concurrence d’An Post. La perte de contrats avec des détaillants en ligne majeurs comme ASOS et Sports Direct a été un coup dur pour Fastway, laissant ses employés, ses livreurs contractuels et ses clients dans une situation précaire.
Cette situation a ravivé les interrogations sur l’utilisation par An Post de son réseau de distribution de courrier, financé par l’État, pour concurrencer les acteurs privés du secteur. Bien qu’An Post ne reçoive pas de subventions directes au sens strict, elle bénéficie de sommes considérables allouées à des fins spécifiques, comme le maintien du réseau postal. Récemment, une enveloppe de 75 millions d’euros a été promise sur les cinq prochaines années à cet effet.
Au-delà de ces subventions ciblées, An Post bénéficie d’une garantie implicite de l’État, qui influence favorablement ses conditions de crédit et ses coûts d’emprunt. De plus, elle détient un monopole sur le service postal et l’émission de timbres, assorti d’une obligation de service universel garantissant des livraisons et des collectes quotidiennes dans tout le pays, une obligation réglementée par ComReg.
An Post n’est pas tenue de séparer ses activités de livraison de colis et de courrier, ce qui lui permet de regrouper les résultats des deux dans ses comptes annuels. Cependant, les chiffres publiés pour 2024 révèlent une tendance claire : le chiffre d’affaires de la division lettres et colis a augmenté de 631 millions d’euros à 720 millions d’euros, représentant désormais 70 % du chiffre d’affaires total, avec une contribution supplémentaire de 65 millions d’euros liée aux élections législatives.
L’entreprise a affirmé avoir livré 2,4 million de colis par semaine pendant la haute saison de novembre et décembre, soit un total de 54 millions de colis sur l’année, représentant 23 colis par adresse. Le reste de son chiffre d’affaires d’un milliard d’euros provient des services offerts par les bureaux de poste et de sa branche financière, An Post Money.
La rentabilité de ces différentes activités reste opaque. Dans l’ensemble, An Post atteint à peine le seuil de rentabilité à moyen terme. Le secteur de la livraison de colis est intrinsèquement peu rentable, en particulier pour le « dernier kilomètre », qui nécessite une main-d’œuvre importante. L’exemple d’UPS, qui a supprimé 34 000 emplois aux États-Unis cette année pour économiser 2,2 milliards de dollars, illustre les difficultés rencontrées par les entreprises de livraison de colis à maintenir leur rentabilité face à la baisse des marges sur les petits envois.
UPS se tourne désormais vers des livreurs contractuels pour réduire les coûts du « dernier kilomètre ». Il est intéressant de noter que Fastway, qui reposait déjà sur un modèle de livreurs sous contrat, n’a pas pu rivaliser avec An Post, qui utilise ses propres employés et véhicules pour cette étape cruciale de la livraison. La question de savoir si An Post a pu remporter des contrats grâce à des avantages liés à son statut public et à son monopole réglementé est légitime, mais difficile à trancher.
Néanmoins, An Post bénéficie d’une réputation de fiabilité, se classant régulièrement parmi les institutions irlandaises les plus dignes de confiance. À l’inverse, la réputation de Fastway était plus mitigée. Il est également possible que Fastway ait été fragilisée par une dette importante accumulée suite à des acquisitions par des fonds de capital-investissement basées sur des prévisions optimistes concernant la croissance du commerce en ligne.
Il est probable qu’un concurrent majeur d’An Post cherche à obtenir des éclaircissements sur la question des subventions croisées dans son activité de livraison de colis. Pour l’instant, le PSO (Obligation de Service Public) semble solide et ne sera pas renouvelé avant août 2029. Cependant, la possibilité d’une contestation juridique ne peut être exclue. La question centrale est de savoir si le gouvernement peut continuer à ignorer les problèmes de concurrence soulevés par la faillite de Fastway, au risque de compromettre la capacité d’An Post à assurer la distribution quotidienne du courrier dans tout le pays sans un soutien financier public substantiel. La réponse à cette question semble évidente.
