Une purge sans précédent frappe l’armée chinoise, révélant des tensions internes au sein du Parti communiste chinois (PCC) et soulevant des questions sur la stratégie de Pékin concernant Taïwan. Plusieurs hauts responsables militaires, dont deux anciens ministres de la Défense, ont été limogés ou exclus du parti au cours des derniers mois, dans le cadre d’une opération d’épuration qui s’intensifie.
Le dernier rebondissement concerne He Weidong, ancien vice-président de la Commission militaire centrale (CMC), l’organe suprême de commandement de l’armée chinoise. Il a été expulsé du PCC et de l’armée pour « graves violations de la discipline du Parti », selon les informations officielles. Cette décision intervient après la destitution en juin 2024 de Li Shangfu, ministre de la Défense, et en octobre 2023 de son prédécesseur, Wei Fenghe.
L’amiral Miao Hua, ancien directeur du département du travail politique du CMC, chargé de l’idéologie et de la politique au sein de l’armée, a également été démis de ses fonctions en juin 2025, puis officiellement exclu du parti. Au total, huit à neuf officiers supérieurs ont été purgés en octobre 2025, parmi lesquels Lin Xiangyang, ancien commandant du commandement du théâtre de l’Est, et Wang Houbin, ancien commandant des Forces de roquettes de l’Armée populaire de libération (APL).
Ces purges ne sont pas un phénomène isolé. L’histoire du PCC est jalonnée de destitutions de hauts responsables, souvent accusés de déviation idéologique ou de corruption. En 1989, Zhao Ziyang, alors secrétaire général du Parti et vice-président du CMC, a été limogé pour son soutien aux étudiants lors des manifestations de la place Tiananmen. Plus tôt, en 1987, Hu Yaobang avait subi le même sort, accusé par Deng Xiaoping de « libéralisation bourgeoise ».
L’affaire la plus spectaculaire remonte à 1971, lorsque Lin Biao, vice-président du PCC, a tenté d’organiser l’assassinat de Mao Zedong afin de prendre le pouvoir. Le complot a été déjoué et Lin Biao est mort dans un accident d’avion en tentant de fuir.
Un point commun relie plusieurs des généraux récemment purgés, dont He Weidong et l’amiral Miao Hua : ils ont tous servi dans le 31e groupe d’armée, stationné dans la province du Fujian dans les années 1970 et 1980. Cette région est stratégique, car elle se trouve en première ligne en cas d’opération militaire contre Taïwan. He Weidong a d’ailleurs occupé le poste de commandant du commandement du théâtre de l’Est de 2019 à 2022, responsable des opérations concernant Taïwan.
L’importance de He Weidong, membre du Politburo et troisième plus haut responsable militaire de Chine, souligne la gravité de cette purge. Les officiers limogés sont accusés de corruption et de « graves violations de la discipline et de la loi ». Il est plausible que ces hauts gradés aient exprimé des désaccords avec la politique de Xi Jinping à l’égard de Taïwan.
Xi Jinping a toujours affirmé qu’il ne renoncerait pas à l’usage de la force pour réunifier Taïwan avec le continent, tout en privilégiant une « réunification pacifique ». Il continue de mener des exercices militaires à proximité de l’île, mais se réserve la possibilité d’intervenir en cas de « forces extérieures » ou d’activités « séparatistes ».
