Publié le 18 novembre 2025 à 00:20. Une déclaration du Premier ministre japonais Sanae Takaichi concernant une possible intervention militaire en cas d’attaque chinoise contre Taïwan a provoqué une crise diplomatique avec Pékin, qui a appelé ses citoyens à éviter de voyager au Japon. Tokyo tente de désamorcer la tension par le dialogue.
- Le Japon a envoyé un émissaire à Pékin pour tenter d’apaiser les tensions après des déclarations sur Taïwan.
- La Chine a convoqué l’ambassadeur du Japon et a menacé de représailles économiques en cas d’intervention à Taïwan.
- Les marchés japonais ont réagi négativement à la crise diplomatique, notamment les secteurs du tourisme et de l’aviation.
Le différend a éclaté suite aux propos de Sanae Takaichi, qui a affirmé que le Japon pourrait être amené à intervenir militairement si une attaque chinoise contre Taïwan mettait en péril sa propre survie. Cette déclaration, rompant avec la tradition de prudence observée par les gouvernements précédents, a suscité l’ire de Pékin, qui considère Taïwan comme une province rebelle.
Masaaki Kanai, responsable du ministère japonais des Affaires étrangères chargé des affaires d’Asie et d’Océanie, s’est rendu lundi à Pékin pour rencontrer son homologue chinois, Liu Jinsong. Il devrait y réaffirmer la politique de sécurité du Japon et appeler la Chine à la retenue, afin d’éviter une escalade des tensions. Selon les médias japonais, M. Kanai cherchera à clarifier que la position de Tokyo n’a pas changé.
La situation est d’autant plus sensible que Taïwan se trouve à environ 110 kilomètres de l’île de Yonaguni, la plus occidentale du Japon, et à proximité des routes maritimes vitales pour l’approvisionnement énergétique du pays. Le Japon abrite également la plus importante concentration de forces militaires américaines en dehors des États-Unis.
Le secrétaire en chef du cabinet japonais a indiqué que « divers canaux de communication sont ouverts » avec la Chine et a souligné que Tokyo avait demandé à Pékin de prendre des mesures pour apaiser la situation. Il a également critiqué l’avertissement lancé aux voyageurs chinois, le jugeant incompatible avec les efforts visant à promouvoir des relations stratégiques et mutuellement bénéfiques.
Le Premier ministre chinois Li Qiang ne devrait pas rencontrer Sanae Takaichi en marge du sommet du G20 qui se tiendra cette semaine en Afrique du Sud, a annoncé le ministère chinois des Affaires étrangères. Pékin exige plutôt que le Japon retire ses « remarques injustifiées », selon la porte-parole du ministère, Mao Ning.
Le président taïwanais Lai Ching-te a dénoncé une « attaque multiforme » de la Chine contre le Japon, appelant la communauté internationale à rester vigilante et à exhorter Pékin à faire preuve de retenue.
« J’appelle la communauté internationale à continuer d’y prêter une attention particulière et j’exhorte également la Chine à faire preuve de retenue et à adopter une conduite digne d’une grande puissance, plutôt que de devenir un fauteur de troubles pour la paix et la stabilité régionales »,
Lai Ching-te, président taïwanais
Selon Kenji Minemura, chercheur principal au Canon Institute for Global Studies, la tension pourrait persister pendant des mois. « La Chine sait que Sanae Takaichi ne peut pas revenir sur ses déclarations, son appel n’a donc pas pour but de trouver une solution, mais d’accroître la pression sur le Japon », a-t-il expliqué.
Les marchés japonais ont ressenti les effets de la crise diplomatique. Les actions des entreprises liées au tourisme ont chuté, notamment Isetan Mitsukoshi (-11,3 %) et Japan Airlines (-3,7 %) lundi. Cette baisse s’explique par la crainte d’une diminution du nombre de touristes chinois, comme cela s’était produit en 2012 lors d’un conflit territorial avec Pékin, où le nombre de visiteurs avait baissé d’environ 25 %. Une telle diminution pourrait avoir un impact significatif sur la croissance économique du Japon, selon l’économiste Takahide Kiuchi de l’Institut de recherche Nomura.
« Une baisse du nombre de visiteurs de cette ampleur aurait un effet modérateur supérieur à la moitié de la croissance annuelle du Japon »
Takahide Kiuchi, économiste exécutif à l’Institut de recherche Nomura
La Chine a également intensifié ses démonstrations de force. Dimanche, des navires des garde-côtes chinois ont pénétré dans les eaux entourant les îles Senkaku (Diaoyu pour la Chine), contrôlées par le Japon, mais revendiquées par Pékin. Les garde-côtes japonais ont affirmé avoir repoussé les navires chinois. Samedi, le Japon a également envoyé des avions de combat après qu’un drone chinois a survolé la zone entre Taïwan et Yonaguni.
L’ambassadeur américain au Japon, George Glass, s’est également exprimé sur la situation, critiquant sur X le consul général de Chine à Osaka, Xue Jian, qui avait qualifié Sanae Takaichi de « méchante sorcière ». Le compte X de George Glass.
Les médias chinois liés à l’État ont également ciblé Mme Takaichi lundi. Le Quotidien du Peuple, organe officiel du Parti communiste chinois, a publié un éditorial dénonçant ses « remarques dangereuses » comme une « imprudence stratégique » et une « provocation délibérée ».
La situation reste donc tendue et l’issue de cette crise diplomatique est incertaine.
