Publié le 11 janvier 2026 20h19. La couverture médiatique des protestations en Iran, particulièrement par les chaînes publiques allemandes ARD et ZDF, est vivement critiquée pour son manque de réactivité initiale et le choix de ses experts.
- Des personnalités politiques et des experts des médias dénoncent une couverture tardive et biaisée des manifestations en Iran par les chaînes publiques allemandes.
- La sélection des intervenants invités par ZDF est remise en question, notamment concernant une experte accusée de proximité avec le régime iranien.
- ARD et ZDF se défendent en affirmant avoir commencé à couvrir les événements peu après leur déclenchement et en justifiant leurs choix éditoriaux.
La couverture médiatique des protestations qui secouent l’Iran suscite de vives critiques en Allemagne, notamment à l’égard des chaînes publiques ARD et ZDF. Politiques et observateurs des médias pointent du doigt un démarrage tardif de la couverture, une évaluation initiale jugée erronée des événements et un manque d’objectivité dans le choix des personnes interrogées.
Le journal Jüdische Allgemeine a récemment publié un article particulièrement sévère, titrant : « Les protestations en Iran et la couverture honteuse d’ARD et ZDF ». L’article souligne un certain décalage : « Le régime des mollahs doit tomber, le chah doit revenir : la gauche n’a actuellement aucune réponse à cela – tout comme les rédactions de la radiodiffusion publique, à tendance progressiste. » L’article établit une comparaison frappante : « Imaginez que le mur de Berlin tombe et que rares sont les médias pertinents dans le monde à en rendre compte. » En Allemagne, ARD et ZDF auraient notamment hésité à s’investir pleinement dans la couverture des événements, une attitude contrastant avec celle de la BBC britannique.
Les critiques se concentrent de plus en plus sur ZDF. L’exilé iranien et député au Bundestag, Reza Asghari (64 ans, CDU), qui a fui l’Iran en 1987 après avoir été torturé et emprisonné, a déclaré à Bild :
« La radiodiffusion publique, et en particulier ZDF, réagit depuis des jours de manière tiède aux protestations en Iran. Pendant la guerre de Gaza, il y avait des reportages quotidiens sur le prétendu génocide des Palestiniens. Mais les protestations à Téhéran et les manifestations des Iraniens exilés dans le monde entier sont largement ignorées. ZDF semble manifestement appliquer deux poids, deux mesures ! »
Reza Asghari, député au Bundestag (CDU)
Le député Reza Asghari (67 ans, CDU) a dû fuir l’Iran en 1987. Il est également professeur à l’Université technique de Braunschweig et membre du Bundestag depuis mai 2026.
Nathanael Liminski (40 ans, CDU), ministre des Médias de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, a également exprimé ses réserves à Bild :
« Compte tenu de l’ampleur des protestations en Iran, j’ai été réellement surpris par la couverture initialement hésitante, voire inexistante, d’ARD et de ZDF. Il est bon, bien qu’il soit tardif, que les chaînes publiques accordent désormais l’attention méritée aux manifestations massives et qu’elles rendent compte des événements en Iran en direct via des tickers en ligne. »
Nathanael Liminski, ministre des Médias de Rhénanie-du-Nord-Westphalie (CDU)
Le ministre des Médias de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Nathanael Liminski (40 ans, CDU), ne manque pas non plus de critiquer la couverture médiatique.
Intervenants controversés
Le choix des experts iraniens interrogés par ZDF sur la situation actuelle est également sujet à débat. Parmi eux figure Azadeh Zamirirad, accusée par la communauté iranienne, dans une lettre ouverte en 2023, d’être trop proche du régime des mollahs. Selon ses détracteurs, elle ne connaîtrait l’Iran que par les livres et serait une « figure préférée du régime iranien ». La Stiftung Wissenschaft und Politik (SWP), son employeur, a fermement rejeté ces accusations, les qualifiant de « diffamation et de campagne de dénigrement ».
ZDF réfute les accusations
Interrogé par Bild, ZDF se défend de ces critiques : « ZDF a commencé à couvrir les événements dès le 31 décembre 2025, peu après le début des protestations en Iran, et informe en permanence de la situation. »
Le premier reportage diffusé dans le journal télévisé principal « heute » à 19h00 le 31 décembre 2025 soulignait déjà que les protestations, initialement menées par des commerçants, s’étendaient à d’autres segments de la population.
Bild a également demandé si la couverture des événements était déséquilibrée par rapport à celle de Gaza. ZDF a répondu : « La guerre à Gaza et les protestations en Iran n’ont aucun lien thématique. La couverture de ces deux sujets se fait indépendamment l’un de l’autre et en fonction de leur pertinence respective. » Le choix des intervenants se base « sur leur expertise professionnelle et vise à fournir une analyse journalistique des événements ».
