Le gouvernement taliban a publié, le 14 mai 2026, un décret encadrant la séparation judiciaire des époux qui légalise de facto le mariage des enfants. Ce texte, composé de 31 articles, restreint drastiquement les possibilités de divorce pour les jeunes filles et instaure une présomption de consentement basée sur le silence.
L’Afghanistan franchit un nouveau palier dans l’érosion des droits humains. Le document, intitulé « Sur la séparation judiciaire des époux » et paru au Journal officiel, ne se contente pas d’organiser les divorces ; il ancre juridiquement des pratiques jusqu’ici informelles et brutales. Pour les observateurs, ce texte est une offensive contre la dignité des femmes, transformant des coutumes tribales en obligations légales.
Le décret n°18 et la présomption de consentement par le silence
Au cœur de ce nouveau cadre juridique, le décret n°18 introduit une disposition particulièrement alarmante : le silence d’une mineure est désormais interprété comme un accord. Lorsqu’un père ou un grand-père conclut un contrat de mariage pour une fille mineure, l’absence d’opposition explicite de l’enfant vaut consentement.

Cette règle crée une discrimination systémique flagrante. Selon les détails rapportés par TF1 Info, cette présomption de consentement s’applique spécifiquement à la « fille vierge » ayant atteint la puberté. Elle ne s’applique ni aux garçons, ni aux femmes déjà mariées, qui conservent une capacité juridique plus étendue pour contester une union.
Dans un contexte où les filles sont placées sous l’autorité absolue de leur père ou de leur famille, l’idée d’une « opposition explicite » relève de l’utopie. Le silence n’est pas ici un choix, mais la conséquence directe d’une emprise sociale et familiale totale.
De la coutume tribale à la « pédophilie légale »
Le mariage des mineures n’est pas une invention des talibans, mais sa codification change la nature du problème. Les unions arrangées ont toujours existé en Afghanistan, alimentées par des coutumes tribales, notamment chez les Pashtuns, et par une pauvreté endémique. Dans les zones les plus démunies, les familles « vendent » parfois leurs filles pour apurer des dettes ou réduire le nombre de bouches à nourrir.
Fondatrice du Centre d’études de la coopération internationale et du développement, via La Libre
En transformant ces pratiques en loi, le régime taliban ne se contente plus de tolérer le patriarcat ; il l’institutionnalise. Le passage d’une tradition locale à un décret national signifie que l’État devient le garant de ces unions, rendant toute contestation non seulement socialement risquée, mais juridiquement complexe.
Le piège judiciaire de l’article 5
L’article 5 du décret est le point le plus contesté par les organisations de défense des droits humains. S’il prévoit théoriquement qu’une personne mariée mineure peut demander l’annulation de l’union une fois la puberté atteinte, il assortit ce droit d’une condition majeure : l’annulation doit être validée par un tribunal.
Comme le souligne Valeurs actuelles, cette procédure rend l’obtention d’un divorce quasi impossible si l’époux s’y oppose. La Mission d’assistance des Nations unies en Afghanistan (MANUA) estime que ce texte légitime implicitement le mariage des enfants tout en verrouillant les issues de secours pour les victimes.
Pour obtenir gain de cause devant un juge, une jeune fille doit invoquer des motifs précis, tels que :
- L’éloignement prolongé du mari.
- La tromperie de l’époux.
- L’apostasie.
Ces preuves sont extrêmement difficiles à rapporter pour une adolescente isolée, et le mari dispose de tous les leviers pour s’opposer à la séparation.
Un effacement systémique des droits depuis 2021
Ce tour de vis juridique marque une rupture brutale avec le code en vigueur avant le retour des talibans au pouvoir en 2021, lequel interdisait le mariage des filles avant l’âge de 16 ans. En supprimant cet âge minimum et en se basant sur la seule notion de puberté — dont le ministère de la Justice refuse de préciser l’âge exact — le régime plonge les mineures dans une insécurité juridique totale.

Cette offensive s’inscrit dans une stratégie globale d’effacement des femmes de l’espace public. L’interdiction de l’enseignement secondaire pour les filles, soulignée par Amnesty International, complète ce dispositif : une fille privée d’école est bien plus vulnérable au mariage forcé et dispose de moins de ressources intellectuelles et sociales pour contester son sort.
L’Afghanistan devient ainsi une prison à ciel ouvert où le droit ne sert plus à protéger le citoyen, mais à codifier sa soumission. Le décret du 14 mai n’est pas une simple régulation administrative, c’est l’acte officiel qui transforme des fillettes en propriétés légales, verrouillant leur avenir derrière des portes de tribunaux dont les juges partagent l’idéologie des oppresseurs.
