Publié le 26 octobre 2023. Les marchés financiers sont à un tournant, tiraillés entre des signaux contradictoires et l’incertitude politique. Gianluca Lobefalo, analyste chez Varenne Capital, décrypte les tendances clés et les indicateurs à surveiller pour anticiper les prochains mouvements.
- La faiblesse inattendue du dollar américain contraste avec la performance de la bourse américaine.
- La « pentification » de la courbe des taux pourrait signaler des doutes sur la soutenabilité de la politique fiscale américaine.
- Les tarifs douaniers de Donald Trump ont pour l’instant été absorbés par les importateurs, mais leur impact réel reste à évaluer.
À l’approche de la fin de l’année, les investisseurs s’efforcent de décrypter un rééquilibrage macroéconomique complexe. Parmi les phénomènes les plus notables, la dépréciation du dollar a surpris de nombreux observateurs. Selon Gianluca Lobefalo, depuis le début de l’année, le dollar a perdu 10 % par rapport à un panier de devises de référence.
« Si on regarde depuis le début de l’année, le dollar a perdu 10% par rapport à un panier de devises de référence. Ce n’est sans doute pas un hasard si, dans le même temps, la Bourse américaine (indice S&P 500) a progressé d’environ 10%. »
Gianluca Lobefalo, analyste senior chez Varenne Capital
Cependant, l’analyste nuance cette observation : une fois ajustée des taux de change, la performance des actions américaines s’avère quasiment nulle. Cette situation profite principalement à l’or, dont le cours a bondi de 38 % depuis le début de l’année, notamment grâce aux achats des banques centrales. Les entreprises minières aurifères affichent même un gain de près de 100 %.
Un autre signal à surveiller est la « pentification » de la courbe des taux, c’est-à-dire l’écart croissant entre les taux longs (10 à 30 ans) et les taux courts. Traditionnellement, ce phénomène est interprété comme un signe favorable pour la croissance économique et/ou l’inflation. Toutefois, M. Lobefalo souligne que la pentification actuelle se concentre sur la fin de la courbe, ce qui pourrait indiquer que les marchés doutent de la viabilité de la politique fiscale américaine.
Les mesures protectionnistes de Donald Trump, qui ont multiplié par six les droits de douane moyens applicables aux importations aux États-Unis, constituent également un enjeu majeur. Pour l’instant, les importateurs américains ont anticipé ces tarifs et avancé leurs achats en début d’année, absorbant ainsi le coût supplémentaire sans que cela se traduise par une forte inflation pour les consommateurs. Il faudra attendre encore six mois pour évaluer pleinement l’impact de ces mesures.
L’inflation américaine reste un indicateur clé pour les marchés. Selon le modèle Mood Indicator développé par le Financial Times, elle devrait légèrement accélérer pour atteindre 3,3 % à la fin de l’année. Un niveau qui ne justifie pas, selon Gianluca Lobefalo, une politique de baisse des taux d’intérêt.
« Selon le Mood Indicator, un modèle développé par le Financial Times, elle devrait légèrement accélérer autour de 3,3% à la fin de l’année. Un niveau qui n’est pas considéré comme dangereux, mais ne justifie pas non plus une politique dynamique de réduction des taux.»
Gianluca Lobefalo, analyste senior chez Varenne Capital
Toute nouvelle pression inflationniste pourrait contraindre la Réserve fédérale américaine à choisir entre le plein emploi (baisse des taux) et la stabilité des prix (hausse des taux). Enfin, l’analyste met en garde contre un risque géopolitique majeur : la remise en question de la domination du dollar, un sujet central dans de nombreuses tensions internationales actuelles. Varenne Capital se protège contre ce risque extrême grâce à son modèle de « Tail Risk Hedging », qui permet de couvrir certains portefeuilles contre des chocs extrêmes avec un budget annuel limité à 1,5 %.
Ce commentaire a été réalisé dans un but d’information uniquement et ne constitue en aucune manière une offre, une recommandation ou une sollicitation. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.