Publié le 24 octobre 2024 14h30. L’idée d’un système d’exploitation entièrement basé sur le navigateur web, un rêve des pionniers de l’internet, refait surface grâce à une nouvelle génération de développeurs qui constatent que le web est devenu, pour beaucoup, le principal environnement de travail.
- Le navigateur Arc, créé par The Browser Company, vise à transformer l’expérience utilisateur en intégrant applications et fichiers directement dans l’interface du navigateur.
- Cette approche est rendue possible par la migration massive des données et des applications vers le cloud, un phénomène qui a pris de l’ampleur ces dernières années.
- L’acquisition imminente de The Browser Company par Atlassian témoigne de l’intérêt croissant pour cette nouvelle vision du travail en ligne.
Dans les années 1990, alors que l’on installait encore des logiciels à partir de disquettes, certains visionnaires imaginaient déjà un avenir où les applications s’exécuteraient directement sur internet, accessibles via un simple navigateur. Des startups comme Desktop.com et myWebOS.com ont tenté de concrétiser cette idée, mais les limitations techniques de l’époque – navigateurs rudimentaires et connexions internet lentes – les ont contraintes à l’abandon. Leur ambition était de reproduire l’environnement de travail familier de Windows ou MacOS directement sur le web, transformant le navigateur en véritable système d’exploitation.
Deux décennies plus tard, Josh Miller, fondateur de The Browser Company, a observé le fonctionnement de sa femme, nouvellement embauchée, sur un ordinateur performant. Il a été frappé par le fait qu’elle utilisait exclusivement son navigateur Chrome pour toutes ses tâches, y compris l’ouverture de fichiers PDF et la création de présentations.
« J’ai remarqué qu’elle n’a jamais quitté Chrome. Elle travaille dans le monde de l’art, un secteur plutôt traditionnel, mais même les fichiers PDF qu’elle recevait s’ouvraient sous forme d’URL. Ce n’étaient plus vraiment des PDF, mais des liens web. Et elle faisait ses présentations directement dans son navigateur, dans un simple onglet. »
Josh Miller, fondateur de The Browser Company
Le rêve des pionniers s’est finalement réalisé, mais d’une manière inattendue. Plutôt que d’être le fruit d’une conception intentionnelle, il s’agit d’une conséquence de la migration progressive des applications et des contenus vers le web. Cette évolution a rendu l’expérience de navigation inadaptée aux besoins des utilisateurs, qui n’avaient pas été pris en compte lors de la conception initiale des navigateurs. Miller poursuit :
« En observant ma femme, j’ai réalisé que les navigateurs n’avaient pas été conçus pour être utilisés de cette manière, comme un véritable système d’exploitation. Ce n’est pas une définition technique, mais c’est là que se trouvaient ses applications et ses fichiers. Tout était devenu une question d’URL, et les navigateurs n’étaient pas préparés à ça. »
Josh Miller, fondateur de The Browser Company
C’est cette observation qui a conduit Miller à fonder The Browser Company et à lancer Arc, un navigateur qui se veut adapté aux usages modernes. L’objectif est de créer un navigateur qui ne se contente pas de naviguer sur le web, mais qui permet aux utilisateurs de travailler efficacement en intégrant leurs applications et leurs fichiers. Il explique :
« Notre objectif principal était de concevoir un navigateur qui rende ma femme heureuse lorsqu’elle ouvre son ordinateur et qui corresponde à la manière dont elle travaille. »
Josh Miller, fondateur de The Browser Company
L’idée centrale d’Arc est de centraliser les applications et les fichiers dans le navigateur. Pour faciliter l’organisation, Arc propose notamment des rappels automatiques cinq minutes avant le début d’une réunion web, avec un bouton permettant de rejoindre la réunion directement depuis le navigateur, sans avoir à consulter son calendrier. De plus, si l’utilisateur ouvre un autre onglet pendant une réunion Google Meet, Arc affiche automatiquement la réunion dans une fenêtre flottante, afin qu’elle reste visible en permanence.
Miller est conscient de l’histoire et des tentatives antérieures de créer un système d’exploitation basé sur le web. Il estime cependant que le contexte actuel est plus favorable. Il souligne notamment que la migration des données et des applications vers le cloud a atteint un niveau sans précédent :
« Ce n’est pas une idée nouvelle. Notre théorie est que le moment est venu. Auparavant, les applications et les fichiers n’étaient pas encore hébergés sur des URL. Aujourd’hui, le graphique de l’utilisation du cloud est en constante augmentation depuis 20 ans. Cela signifie que de plus en plus de contenus sont stockés en ligne. C’est donc la première raison pour laquelle nous pensons que le moment est propice. »
Josh Miller, fondateur de The Browser Company
Il insiste également sur l’importance de s’adapter aux habitudes des utilisateurs plutôt que de leur imposer de nouveaux comportements. Il explique :
« Beaucoup d’entreprises, comme celles qui proposent des Chromebooks, demandent aux utilisateurs de changer radicalement leur façon de travailler, sans justification technique claire. Nous, avec Arc et maintenant Dia, nous voulons faire les choses différemment. Nous ne demandons pas aux utilisateurs de changer leurs habitudes. Nous pensons qu’il est un peu fou, en 2025, d’avoir autant d’onglets ouverts qui ne communiquent pas entre eux. Nous avons désormais la technologie pour résoudre ce problème. Il s’agit donc d’intégrer le navigateur à vos flux de travail existants pour qu’il ressemble davantage à un système d’exploitation, sans pour autant changer la façon dont vous effectuez vos tâches. »
Josh Miller, fondateur de The Browser Company
L’histoire de l’informatique est jalonnée de prédictions audacieuses qui ne se sont pas réalisées. L’idée d’un passage massif au web dès les années 1990 a été freinée par le krach internet et une évolution plus progressive des technologies. Cependant, les travaux de pionniers comme l’équipe de myWebOS.com, qui a contribué au développement d’Ajax, une technologie clé pour les applications web interactives, n’ont pas été vains. De nombreuses autres innovations ont permis de créer les applications web modernes que nous connaissons aujourd’hui, telles que Canva et Figma.
Aujourd’hui, l’informatique a bel et bien migré vers le web, mais pas de la manière envisagée. C’est à une nouvelle génération de développeurs qu’il revient de donner un sens à ce nouveau paysage numérique.
L’acquisition de The Browser Company par Atlassian, prévue prochainement, confirme l’intérêt croissant pour cette nouvelle approche du travail en ligne.
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