La ville de Témiscaming, au Québec, fait face à une menace d’extinction économique après la fermeture indéfinie de son usine de pâtes et papiers. Cette décision fait suite à l’effondrement des négociations commerciales entre le Canada et les États-Unis et à l’imposition par Washington de droits de douane de 50 % sur les produits canadiens.
L’établissement industriel, propriété de l’entreprise américaine RYAM, a prononcé en ce début d’octobre un arrêt économique pour une période indéterminée, laissant sans travail la grande majorité de ses 360 salariés, qui survivent actuellement grâce à des versements partiels d’aide gouvernementale de transition.
Fondée il y a plus d’un siècle autour de sa papeterie et de ses vastes forêts de pins, de bouleaux, d’épinettes et de sapins, la localité québécoise dépend entièrement de ce bassin d’emploi.
Témiscaming fait face à la crise
Les valeurs immobilières se sont effondrées presque instantanément, et les panneaux de vente se multiplient dans les rues des quartiers résidentiels. Pour les habitants, la cessation des activités dépasse la simple perte de revenus.
« On ne peut pas supporter les tarifs. »À Témiscaming, l’usine de pâtes et papier RYAM doit fermer ses portes en octobre. Une conséquence directe de la guerre tarifaire avec les États-Unis. Près de 400 emplois sont menacés.Le reportage d’@OlivierBachand au #tj18h. pic.twitter.com/XA9KYp9Kzv
La population locale craint désormais un exode généralisé qui toucherait aussi les services essentiels, des employés de l’épicerie aux médecins du petit hôpital local.
Ce n’est pas seulement un travail. C’est notre foyer.
Nadine Suley, résidente de Témiscaming
Certains résidents, à l’image de Nadine Suley, soulignent l’attachement viscéral à cette région boisée où la chasse à l’orignal fait partie des traditions locales de survie saisonnière. D’autres, comme Ronnie Raymond dont la famille a toujours travaillé à l’usine, redoutent le pire pour l’avenir de la collectivité si le site reste à l’arrêt.
Si l’usine ferme, elle se transformera en ville fantôme. Il ne restera absolument rien, il n’y a de travail pour personne, vraiment. C’est effrayant.
Washington modifie les tarifs douaniers
Selon les données d’échanges de 2025 rapportées par Global News, les marchandises retirées totalisaient environ 5,1 milliards de dollars, tandis que les nouveaux biens ciblés valaient environ 2,6 milliards de dollars. Une proclamation présidentielle datée du 23 octobre, entrée en vigueur le 30 octobre, a retiré 22 produits de la liste des droits de douane de la section 338 tout en y ajoutant 100 nouveaux articles.
Cela représente une réduction nette de 2,5 milliards de dollars de la valeur des échanges exposés à cette surtaxe de 50 %.
Toutefois, ce réajustement ne supprime pas le protectionnisme et engendre des gagnants et des perdants sectoriels. L’allègement profite notamment aux emballages, aux équipements agricoles et à certains produits papetiers, tandis que les tapis, le shampooing et les produits à base de cacao se trouvent frappés par les nouvelles taxes. Les mesures de la section 338 s’appliquent en outre en sus des tarifs de la section 232, et le gouvernement américain rappelle que les critères d’origine de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique, connu aux États-Unis sous le sigle USMCA et au Canada sous le nom de CUSMA, ne garantissent pas une exemption automatique de ces droits additionnels.
L’escalade des représailles douanières
En riposte, Ottawa a mis en place le 8 septembre des contre-tarifs d’une valeur équivalente, ciblant des secteurs clés tels que l’acier, les produits laitiers, les appareils ménagers, les équipements agricoles, les pâtes et papiers, les plastiques et l’électronique avec des taux oscillant entre 15 %, 25 % et 50%.
La tension découle d’un conflit commercial plus vaste amorcé en août, lorsque Washington a imposé des droits de douane de 50 % au titre de la section 338 sur 27,6 milliards de dollars de marchandises canadiennes.
Les chaînes d’approvisionnement transfrontalières, ancrées dans la proximité géographique et des équipements spécialisés difficiles à substituer à court terme, continuent de subir des perturbations profondes qui pèsent sur les décisions d’investissement et de main-d’œuvre à travers le pays.