L’éditeur canadien de C’était ça ou mourir de Thélyson Orélien a annoncé l’usage d’intelligence artificielle générative en octobre 2026, bouleversant la réception littéraire. Des expériences récentes en psychologie montrent que l’origine supposée d’un texte modifie profondément le jugement des lecteurs, révélant un attachement persistant à la présence d’un esprit humain derrière les œuvres.
Thélyson Orélien bouleverse la rentrée littéraire 2026
Le premier roman de Thélyson Orélien, C’était ça ou mourir, s’est imposé comme l’un des grands phénomènes de la rentrée littéraire 2026.
Déjà récompensé par plusieurs prix, l’ouvrage figurait en bonne place dans les premières sélections de prestigieuses distinctions telles que les prix Goncourt, Renaudot, Femina et Médicis. Les critiques louaient alors la profondeur et la beauté de son écriture.
Pourtant, le jour même où le prix Fnac lui a été attribué, des soupçons d’utilisation d’intelligence artificielle générative ont éclaté sur les réseaux sociaux. L’éditeur canadien du roman a par la suite annoncé l’usage de cette technologie, plongeant la critique et les lecteurs dans l’incertitude.
Dans le journal Le Monde, l’écrivain Thomas B. Reverdy a exprimé son trouble face à cette révélation, illustrant le bouleversement de la réception publique.
La psychologie expérimentale éclaire la lecture
Plusieurs travaux récents démontrent qu’un même texte est évalué différemment selon ce que le lecteur croit savoir de sa source.
Une étude menée par Maja Stanko-Kaczmarek, psychologue à l’Université Adam-Mickiewicz de Poznań en Pologne, illustre ce phénomène avec 123 participants confrontés à un même poème présenté comme humain, artificiel ou d’origine non précisée.

Les résultats publiés dans The Journal of Creative Behavior en 2025 indiquent que lorsqu’un texte est attribué à une machine, il est jugé moins original, moins réussi esthétiquement et moins engageant sur le plan émotionnel.
D’autres recherches ont été menées en 2024 par Brian Porter.
Edouard Machery, de l’Université de Pittsburgh, aboutit à un constat complémentaire.
Des lecteurs non spécialistes éprouvent des difficultés à distinguer des poèmes de ChatGPT-3.5 de textes de poètes reconnus, allant même jusqu’à attribuer une origine humaine aux productions algorithmiques lorsqu’ils ignorent leur provenance.
La création littéraire affronte les machines
L’irruption de l’intelligence artificielle dans la littérature bouscule la figure traditionnelle de l’auteur, établie depuis l’essor de l’imprimerie et de la propriété littéraire.
Alors que la théorie littéraire a relativisé l’intention de l’écrivain au profit de l’acte de lecture depuis le XXe siècle, les lecteurs du XXIe siècle découvrent à quel point ils restent attachés à l’idée d’une conscience humaine singulière.

Cette situation rappelle la nouvelle de Jorge Luis Borges, La Bibliothèque de Babel, publiée en 1941, où tous les livres possibles existent déjà sans pour autant posséder d’auteur.
Peggy Lafargue est professeure agrégée de lettres modernes.
Comme le soulignent Peggy Lafargue, le problème n’est plus de produire des textes, mais de savoir quel esprit ou quelle âme se cache derrière une œuvre façonnée avec l’aide d’une machine.