Home SantéTest salivaire pour le cœur : comment détecter une insuffisance cardiaque précoce, avant même l’apparition des symptômes |

Test salivaire pour le cœur : comment détecter une insuffisance cardiaque précoce, avant même l’apparition des symptômes |

by Sophie Martin

Publié le 24 novembre 2025 à 22h30. Une simple analyse salivaire pourrait bientôt permettre de détecter une insuffisance cardiaque à un stade précoce, avant même l’apparition des symptômes, grâce à des recherches prometteuses menées à l’échelle internationale.

  • Des scientifiques ont identifié plusieurs biomarqueurs présents dans la salive qui sont liés à l’insuffisance cardiaque.
  • Des recherches menées en Australie ont démontré la fiabilité de la mesure du NT-proBNP dans la salive, avec une sensibilité de 82 % et une spécificité de 100 %.
  • Un prototype de dispositif de diagnostic, appelé eCaDI, est en cours de développement pour permettre aux patients de réaliser des tests à domicile.

L’insuffisance cardiaque est traditionnellement diagnostiquée grâce à des analyses sanguines, notamment en mesurant le taux de NT-proBNP, un peptide libéré par le cœur en situation de stress. Cependant, ces analyses nécessitent un environnement médicalisé et du personnel qualifié. Des chercheurs explorent désormais le potentiel de la salive, un fluide biologique facilement accessible, comme alternative pour le dépistage de cette maladie.

Une revue systématique publiée en 2021 dans PubMed Central, regroupant les données de 15 études, a révélé l’existence de 18 biomarqueurs salivaires différents associés à l’insuffisance cardiaque. Parmi ces marqueurs, on retrouve des peptides natriurétiques, des cytokines inflammatoires et des protéines liées à la modification des tissus cardiaques, qui sont souvent présents en concentrations plus élevées dans la salive des patients atteints d’insuffisance cardiaque que chez les personnes en bonne santé. Ces résultats soulignent le potentiel de la salive comme indicateur de la santé cardiaque.

L’une des recherches les plus avancées est menée par le professeur Chamindie Punyadeera, biotechnologue à l’Université Griffith et à l’Université de technologie du Queensland en Australie. Dès 2012, son équipe a démontré la possibilité de mesurer de manière fiable le NT-proBNP dans la salive. Leurs travaux ont révélé une sensibilité de 82 % et une spécificité de 100 % pour distinguer les patients atteints d’insuffisance cardiaque des personnes en bonne santé. Des analyses plus poussées, utilisant le profilage multiprotéique et la spectrométrie de masse, ont permis d’identifier un panel de quatre protéines salivaires capables de détecter une insuffisance cardiaque à un stade précoce avec une sensibilité d’environ 83 %.

En 2019, l’équipe du professeur Punyadeera a publié une étude portant sur le diagnostic de l’insuffisance cardiaque systolique, identifiant un panel de trois protéines – dont la S100-A7 et la Cathelicidine – permettant un diagnostic avec une précision d’environ 81,6 %. Par ailleurs, la Galectine-3, une protéine salivaire liée aux processus d’inflammation et de fibrose, a montré une valeur pronostique : une étude portant sur plus de 100 patients a révélé que des niveaux élevés de ce biomarqueur dans la salive étaient corrélés à un risque accru d’hospitalisation ou de décès cardiovasculaire, comme le rapporte PubMed Central.

Pour faciliter l’utilisation pratique des tests salivaires, des chercheurs de l’Université d’État du Colorado, dirigés par le chimiste Charles Henry et l’étudiant Trey Pittman, ont collaboré avec l’équipe du professeur Punyadeera pour développer un dispositif d’analyse au point de service, utilisable à domicile. Le prototype, baptisé eCaDI (dosage immunologique électrochimique par capillaire), fonctionne de la manière suivante : une goutte de salive est déposée dans une entrée, puis s’écoule à travers des microcanaux grâce à l’action capillaire. Des tampons réactifs imprégnés d’anticorps détectent deux biomarqueurs clés : la Galectine-3 et la S100A7. Des électrodes sérigraphiées en bas du dispositif détectent électrochimiquement ces protéines, et la tension mesurée est corrélée à leur concentration. Les premiers tests en laboratoire avec de la salive humaine enrichie ont démontré la fiabilité du dispositif. Les détails scientifiques ont été publiés dans la revue Theranostics.

En 2025, le Centre d’excellence ARC en biologie synthétique de QUT a annoncé une nouvelle avancée : un biocapteur capable de détecter sélectivement la S100A7 dans la salive grâce à des méthodes de biologie synthétique. Lors de tests pilotes, les résultats du biocapteur ont concordé avec les diagnostics standards dans environ 81 % des cas, ce qui constitue une preuve de concept prometteuse pour un dépistage non invasif et accessible.

L’accessibilité est un atout majeur de ces tests : contrairement aux analyses sanguines traditionnelles, elles ne nécessitent pas de prise de sang ni d’infrastructure de laboratoire. La possibilité d’une alerte précoce est également cruciale, car les symptômes de l’insuffisance cardiaque peuvent être subtils et progresser lentement. Enfin, la facilité de collecte de la salive permettrait un suivi régulier et personnalisé, sur des semaines ou des mois, plutôt qu’une seule analyse ponctuelle en laboratoire. L’équipe de l’État du Colorado estime que son dispositif eCaDI pourrait particulièrement bénéficier aux populations rurales et défavorisées, pour lesquelles l’accès aux tests sanguins réguliers peut être difficile.

Les tests salivaires ne sont donc plus une simple curiosité scientifique, mais une frontière prometteuse et conviviale pour les patients. Si ces innovations franchissent avec succès les étapes des essais cliniques et de l’approbation réglementaire, elles pourraient transformer la manière dont nous détectons et gérons l’insuffisance cardiaque.

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