Le nouveau film de Richard Linklater, « Nouvelle Vague », ne se contente pas de raconter l’histoire de la création de « À bout de souffle » de Jean-Luc Godard ; il décortique les coulisses de la révolution cinématographique française, révélant les défis et les compromis derrière l’émergence de la Nouvelle Vague.
L’absence du terme « auteur », pourtant emblématique du mouvement, est frappante dans le film de Linklater. Ce n’est pas une omission anodine, mais une prise de position forte : le réalisateur choisit de mettre en lumière les aspects pragmatiques et souvent chaotiques de la réalisation cinématographique, plutôt que de se concentrer sur la figure romantique du cinéaste-créateur.
Dans les années 1950, les critiques des Cahiers du Cinéma, dont Jean-Luc Godard et François Truffaut, ont popularisé le concept d’« auteur » pour désigner les réalisateurs dont le travail portait une empreinte personnelle forte. Ils estimaient que le cinéma, bien qu’étant un art collaboratif et coûteux, pouvait être l’expression d’une vision artistique individuelle. Cette idée, paradoxale en elle-même, reflétait à la fois leur admiration pour certains cinéastes et leur propre ambition de devenir réalisateurs.
Truffaut, figure de proue de ce courant critique, a joué un rôle déterminant dans sa diffusion. Grâce à son travail prolifique au sein du magazine Arts, il a pu développer en profondeur sa théorie de l’auteur et influencer un large public. Il insistait sur le fait que l’être « auteur » impliquait une implication totale dans tous les aspects de la production, y compris les questions financières et administratives.
« Nouvelle Vague » explore précisément cette dimension souvent négligée. Le film ne se limite pas à présenter les idées esthétiques de Godard et de ses contemporains ; il montre les difficultés concrètes rencontrées lors du tournage de « À bout de souffle ». Linklater relate notamment les tensions entre Godard et le producteur Georges de Beauregard (interprété par Bruno Dreyfürst), qui a failli abandonner le projet, ainsi que les doutes de la comédienne Jean Seberg (Zoey Deutch), qui a envisagé de quitter le film en cours de route.
Le film ne montre que très peu de séquences du film finalisé. Cette approche permet de toucher un public varié : ceux qui connaissent « À bout de souffle » peuvent apprécier les coulisses de sa création, tandis que ceux qui ne l’ont pas vu peuvent imaginer à quoi ressemblait le film en se basant sur les difficultés rencontrées pendant le tournage.
Pour beaucoup, « À bout de souffle » a marqué une rupture avec le cinéma traditionnel. Un spectateur de 17 ans, comme l’était Linklater lors de sa première vision, pouvait ressentir cette singularité sans forcément comprendre les aspects techniques de sa réalisation. Le film semblait improvisé, spontané, comme une sorte de jam session jazzistique.
Cependant, la méthode de travail de Godard était particulièrement singulière, voire déconcertante. Les autres réalisateurs de la Nouvelle Vague, bien que talentueux, n’ont pas adopté une approche aussi radicale. C’est cette originalité qui a fait de Godard un modèle pour les jeunes cinéastes.
La Nouvelle Vague a eu un impact considérable sur l’histoire du cinéma, mais son influence s’est également étendue à la manière dont les films sont réalisés. Le mouvement a montré qu’il était possible de devenir cinéaste sans passer par les écoles de cinéma, en se formant en regardant attentivement des films et en apprenant par la pratique. C’était une sorte de revanche des autodidactes, une opportunité pour les passionnés de cinéma de réaliser leurs propres films.
Linklater souligne l’importance de l’amitié et de la collaboration dans l’histoire de la Nouvelle Vague. Le film met en lumière les figures moins connues, comme Suzanne Schiffman (interprétée par Jodie Ruth-Forest), qui a joué un rôle essentiel dans le soutien et l’accompagnement des réalisateurs du mouvement. Amie de Godard et Truffaut depuis la fin des années 1940, elle a travaillé comme script supervisor sur leurs films et a même collaboré à l’écriture de « Un jour à la fois » de Truffaut, pour lequel elle a été nommée aux Oscars.
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