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TikTok Entre le corps et le Christ

Publié le 2024-05-10 14:52:00. Une enquête du Wall Street Journal a révélé que l'algorithme de TikTok expose les jeunes utilisateurs à des contenus potentiellement dangereux liés aux troubles alimentaires et à l'image corporelle, soulevant des questions sur la…

TikTok Entre le corps et le Christ

Publié le 2024-05-10 14:52:00. Une enquête du Wall Street Journal a révélé que l’algorithme de TikTok expose les jeunes utilisateurs à des contenus potentiellement dangereux liés aux troubles alimentaires et à l’image corporelle, soulevant des questions sur la responsabilité des plateformes numériques et leur impact sur la santé mentale.

  • L’algorithme de TikTok a rapidement promu des vidéos encourageant des comportements à risque, comme des régimes extrêmement restrictifs et l’utilisation de laxatifs.
  • Cette exposition précoce à des contenus nocifs met en lumière une tendance à l’homogénéisation imposée par les logiques technocratiques.
  • Un retour à une appréciation de l’incarnation et de la singularité de chaque individu pourrait constituer une réponse à cette pression.

En juin 2021, le Wall Street Journal a mené une expérience révélatrice : la création de dizaines de faux comptes TikTok représentant des adolescents de treize ans. L’objectif était simple : observer le type de contenu que l’algorithme de la plateforme leur proposerait. Les résultats se sont avérés alarmants. En quelques semaines seulement, les comptes virtuels ont été inondés de milliers de vidéos traitant de troubles alimentaires, de complexes liés à l’image corporelle et de pratiques potentiellement dangereuses pour la santé. Parmi ces contenus, on trouvait des conseils encourageant à consommer moins de 300 calories par jour, à ne boire que de l’eau pendant plusieurs jours, ou à recourir à des laxatifs après un repas copieux.

Cette découverte a été largement perçue comme une illustration frappante des dangers des réseaux sociaux, en particulier pour les jeunes. Cependant, certains experts estiment qu’il ne s’agit pas d’un simple dysfonctionnement isolé, mais d’une conséquence inhérente à la logique même des plateformes technologiques. Selon eux, cette situation révèle une tendance plus profonde à l’homogénéisation et au contrôle, où la singularité et la diversité sont sacrifiées au nom de l’efficacité et de la prévisibilité.

Ceux qui défendent les normes culturelles d’une technocratie ont tendance à rejeter ce qui est différent. L’esprit technocratique aspire, par-dessus tout, à l’uniformisation. Il y a, selon certains, une séduction intrinsèque dans l’universel au détriment du particulier, car les technocrates croient à tort que les « résultats » sont principalement obtenus à grande échelle. Ceux qui exercent le pouvoir dans une technocratie aiment que tout soit pareil, car la similitude est le terrain de l’efficacité et du contrôle – une idée que Theodor Adorno avait déjà explorée dans L’Industrie culturelle, et que le pape François a également soulignée dans son encyclique Laudato Si’.

La technocratie recherche et récompense le prévisible, car c’est sur cette surface prévisible que la technologie peut évoluer vers le plus grand profit. Dans une société dominée par la technologie, nos vêtements, nos maisons, nos parcours professionnels et même la conception de nos villes tendent à se ressembler. Aujourd’hui, le corps humain est devenu la principale frontière du contrôle technocratique. Après avoir homogénéisé notre environnement, la tentation est de nous homogénéiser nous-mêmes. Le corps, en tant que manifestation matérielle de notre personne, est particulièrement vulnérable aux instruments de contrôle technologique, qu’il s’agisse de technologies comme CRISPR et Neuralink, ou d’autres formes d’intervention.

Le paradoxe est que ce contrôle ne vise qu’à atteindre une valeur « standard » ou « normale » prédéfinie : l’édition génétique promet d’éliminer les maladies évitables, Neuralink d’améliorer les capacités cognitives des personnes handicapées. Seuls les transhumanistes les plus radicaux souhaitent que la technologie élargisse radicalement les capacités humaines, et même dans ce cas, le résultat le plus probable reste l’homogénéisation, même si elle correspond à une nouvelle norme.

La particularité de l’incarnation représente donc un défi pour l’esprit technocratique. Notre corps nous offre une frontière entre nous-mêmes et le reste du monde, une limite qui échappe à la logique de la numérisation. Notre existence concrète, faite de chair et d’os, n’est pas aussi malléable que notre existence numérique. Saint Thomas d’Aquin soutenait que si chaque ange constitue une espèce unique, l’incarnation humaine est le mécanisme par lequel notre espèce est divisée en individus. Être incarné, c’est être non fongible, être solide dans un monde autrement liquide. Pour le technocrate, qui recherche l’uniformité, ce défi ne fait que s’amplifier lorsqu’il réalise à quel point la conception originale de notre corps échappe à notre contrôle.

Aujourd’hui, les limites du corps s’effondrent de l’intérieur. La pression sociale pour que le corps d’une personne « ait une certaine apparence » a toujours existé. Mais pour une jeune fille de treize ans en 2025, les canaux par lesquels la vanité détruit l’âme se sont radicalement élargis. Faire défiler TikTok, c’est être constamment exposé à des « normes de beauté », même si elles se présentent comme une expression de soi individuelle.

De plus, les corps présentés à titre de comparaison sur TikTok ne sont pas de simples mortels, mais des constructions artificielles. Les influenceurs TikTok ont une certaine apparence parce qu’ils savent que cela générera des abonnés, car ils opèrent dans un monde obsédé par les images uniformes. Ils croient que s’ils ont des hanches courbées, un nez petit et une silhouette mince – tout cela peut être rendu artificiellement en quelques balayages – ils seront aimés. Malheureusement, la consommation de ces images se fait souvent en privé, et tard dans la nuit. Il n’a jamais été facile de naître dans un corps, mais pour les filles de septième année en 2025, c’est particulièrement difficile.

La santé du corps, selon la sagesse ancienne, repose sur l’intégrité et l’équilibre – deux choses que les technocraties ne peuvent pas supporter. La technologie ne tend pas vers des moyennes, mais vers des extrêmes. C’est la moyenne – le commun, l’ordinaire – qui ne rapporte rien. C’est pourquoi une société totalement technocratique pousse les femmes à être anormalement minces et les hommes à être anormalement forts. Ces deux extrêmes sont en réalité des formes de maladie, souvent provoquées par la même force sous-jacente. Contrairement à l’unité entre les différentes parties, chacune correspondant à sa vocation, le monde technocratique aspire à l’uniformité par une désintégration déformée. Et lorsque le corps est ainsi défiguré, la douleur, le chagrin et la maladie en sont les conséquences inévitables. Il n’est pas surprenant que les visites aux urgences pour troubles de l’alimentation chez les adolescents aient triplé pendant la pandémie de COVID-19.

Alors, que pouvons-nous faire ? Un retour au don de notre corps – l’œuvre essentielle de guérison – doit être un retour au Christ. Devenir disciple du Christ nécessite d’apprécier notre propre incarnation. Nous devrions adopter des habitudes qui nous permettent de prendre soin des corps qui nous ont été donnés, comme la génuflexion devant le Saint-Sacrement, la contemplation d’un crucifix, ou le soin apporté aux autres. L’approche du Christ en matière de guérison physique a toujours été particulière. Il a guéri Bartimée, la femme hémorragique, la belle-mère de Pierre, individuellement, même s’il aurait pu le faire en une seule fois.

Avant de passer plus de temps en ligne, il convient de se demander si les images qui défilent sur nos écrans nous dirigent vers l’humanité et le pouvoir de guérison du Christ, ou vers une version déformée du corps que la culture technocratique souhaite que nous ayons. Si cette image nous incite à des tentatives encore plus désespérées pour conformer notre corps à un idéal artificiel, il est temps de nous « débrancher » de la machine.

La réponse est la même hier, aujourd’hui et demain : regardez vers le Christ.

(Et désinstallez TikTok.)

Image sous licence via Adobe Stock.

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À propos de l’auteur: Thomas Caron

Thomas Caron couvre les technologies, les sciences, l’intelligence artificielle et l’innovation. Il explique les nouveautés sans jargon inutile et distingue les annonces spectaculaires des avancées réellement établies.