Une énigme macabre plonge un village suédois au XIXe siècle dans la tourmente : la disparition d’une jeune femme relance un débat ancestral sur la nature humaine et la confiance, tandis qu’une série de secrets enfouis menacent de refaire surface.
La série dramatique en six épisodes, To Cook a Bear, adaptée du roman éponyme de l’auteur suédois Mikael Niemi (publié en 2018 et traduit en anglais en 2020 par Deborah Bragan-Turner), suit les tribulations du pasteur Samuel (interprété par Gustaf Skarsgård) et de sa famille, arrivés en 1852 à Kengis, un village isolé du nord de la Suède. Loin de susciter l’enthousiasme, leur approche puritaine de la vie, notamment en matière de danse et de consommation d’alcool, irrite les habitants.
C’est son engagement envers les plus démunis – en particulier les membres de la communauté Sami, dont son fils adoptif Jussi (Emil Karlsen) – et sa défense de la justice sociale qui le mettent en conflit avec les notables de Kengis. Parmi eux figurent le shérif Brahe (Magnus Krepper) et la redoutable propriétaire de la scierie, Madame Sjödahl (Pernilla August), qui renvoie un ouvrier grièvement blessé avec une simple indemnité mensuelle, alors que celui-ci est encore en état de choc. Le commerçant Lindmark (Jonas Karlsson), dont le commerce de whisky douteux contribue à maintenir la population sous contrôle, se joint également à l’opposition. Mais l’arrivée de l’artiste Beronius (Simon J Berger), dont la présence dérangeante éclipse rapidement celle de Lindmark, ajoute une nouvelle dimension à l’atmosphère pesante du village.
L’intrigue s’épaissit avec la disparition de Hilda, la servante de la maison du médecin. Des traces de fuite et des marques d’ours sont découvertes dans les bois, mais la jeune femme reste introuvable. La rumeur d’un ours anthropophage se répand, semant la peur parmi les villageois. Le pasteur, cependant, émet une autre hypothèse, qu’il s’attache à prouver avec l’aide de Jussi.
To Cook a Bear explore avec finesse l’atmosphère de suspicion et de préjugés qui règne dans ce milieu isolé, où les légendes ancestrales sur le pouvoir des ours et leur lien avec les âmes humaines prospèrent. La série ne romantise pas la vie rude des villageois, où la violence, qu’elle émane de la nature ou des hommes, guette à chaque instant. Cependant, les personnages restent souvent des figures caricaturales, voire des symboles dans une fable sur les luttes entre justice et vengeance, raison et religion, bien et mal.
Le style de la série, parfois inégal, peut déconcerter. Le pasteur, dans sa quête de vérité, se transforme en un détective à la Sherlock Holmes, déduisant des indices à partir de pots de lait brisés et de touffes de cheveux, parfois de manière excessive. Il arrive même à sortir un corps d’un marais après avoir analysé un mélange d’éclaboussures de sang et de salive du patron.
Les notables du village cherchent à faire croire que Hilda a été tuée par un ours, peut-être pour préserver la paix, peut-être pour protéger l’un des leurs. Le pasteur, lui, est convaincu du contraire, et les preuves s’accumulent rapidement en sa faveur, mettant à l’épreuve la crédibilité de l’intrigue et la patience du spectateur. À son meilleur, To Cook a Bear rappelle l’adaptation du roman The Essex Serpent de Sarah Perry, par son exploration des tensions entre science et religion. À son plus faible, elle se rapproche d’une enquête policière centrée sur un ours.
La série semble néanmoins apporter une réponse à la question qui a récemment enflammé les réseaux sociaux : « Mesdames, choisissez l’ours. »