Home MondeTremblement de terre géopolitique : ce que dit la nouvelle doctrine de Trump

Tremblement de terre géopolitique : ce que dit la nouvelle doctrine de Trump

by Clara Dubois

Publié le 21 novembre 2025 à 05h13. L’ancien président américain Donald Trump esquisse une nouvelle stratégie pour le Moyen-Orient, privilégiant un renforcement des liens avec l’Arabie saoudite et remettant en question l’engagement américain envers l’Ukraine et l’équilibre sécuritaire régional.

  • Donald Trump envisage une réorientation de la politique américaine au Moyen-Orient, avec un accent sur la sécurité de l’Arabie saoudite.
  • Une rencontre récente avec le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a débouché sur des discussions concernant des contrats d’armement et une possible coopération nucléaire civile.
  • Cette approche pourrait avoir des conséquences sur les relations avec Israël et l’Iran, ainsi que sur la dynamique régionale globale.

Donald Trump semble vouloir marquer son retour sur la scène internationale en proposant une refonte des alliances et des priorités stratégiques des États-Unis. Après avoir temporairement mis de côté son projet d’opération contre le Venezuela, baptisée “Southern Spear”, l’ancien président s’est concentré sur les enjeux européens et, plus particulièrement, sur la question du soutien financier à l’Ukraine. Il interroge ouvertement le coût de cet engagement et le rôle que l’Europe devrait assumer.

Cependant, c’est sa rencontre avec le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane qui a suscité le plus d’attention. Cette visite, la première du prince à la Maison Blanche depuis sept ans – sa dernière datant d’avant le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi – a été l’occasion d’aborder des sujets sensibles. Accompagné de Cristiano Ronaldo, star du football saoudien, le prince héritier a présenté des dossiers concernant l’acquisition d’avions de combat F-35 et le développement d’une centrale nucléaire, tout en cherchant à consolider le statut de l’Arabie saoudite comme allié majeur des États-Unis en dehors de l’OTAN.

Trump a assuré à son homologue saoudien que son pays n’a jamais été aussi sûr, une affirmation qui soulève des questions quant à l’impact de cette nouvelle alliance sur la sécurité régionale. L’Iran, principal rival de l’Arabie saoudite, pourrait être le premier à en subir les conséquences. Depuis la révolution islamique de 1979, les relations entre les deux pays sont tendues, l’Iran étant perçu par Riyad comme une menace pour sa stabilité et son influence.

L’Arabie saoudite entretient des liens étroits avec les États-Unis depuis l’accord conclu en 1945 entre le président Franklin Roosevelt et le roi Abdulaziz, qui prévoyait un échange de pétrole contre sécurité. Cet accord a permis aux États-Unis de sécuriser leur approvisionnement en pétrole tout en garantissant la protection du royaume saoudien contre ses rivaux, notamment la Russie. Historiquement, Moscou a toujours été perçue à Riyad comme une source de troubles et de révolutions dans le monde islamique.

Ces dernières années, l’Arabie saoudite a commencé à remettre en question sa dépendance à l’égard des États-Unis, notamment après le refus de Washington d’intervenir militairement en Syrie en 2013. Ce revirement a conduit à un rapprochement avec la Chine et la Russie, qui ont toutes deux manifesté leur intérêt pour une réconciliation entre l’Arabie saoudite et l’Iran. La médiation chinoise a d’ailleurs permis, au printemps 2023, la reprise des relations diplomatiques entre Riyad et Téhéran.

La politique israélienne, axée sur la diabolisation de l’Iran, a également joué un rôle dans cette évolution. Selon certains analystes, Israël cherchait à rapprocher l’Arabie saoudite de son camp en exploitant la crainte d’une menace iranienne. Des propositions ont même été avancées pour créer une “OTAN du Moyen-Orient” incluant Israël et l’Arabie saoudite, mais cet accord semble désormais compromis, notamment après les événements récents à Gaza.

L’attaque du Hamas contre Israël en octobre 2023 a compliqué davantage la situation. Si certains suggèrent que cette attaque visait à faire dérailler un éventuel accord de normalisation entre l’Arabie saoudite et Israël, il n’existe aucune preuve tangible de tels projets de la part de Riyad. Le génocide commis par Israël à Gaza rend également une telle perspective improbable.

L’avenir de Gaza, qui devrait être divisé entre une zone occupée par Israël et une autre administrée par des forces islamiques sous supervision américaine, pourrait retarder davantage les projets de reconnaissance d’Israël par l’Arabie saoudite. Parallèlement, les États-Unis semblent réévaluer leur politique à l’égard d’Israël, Trump cherchant à convaincre Mohammed ben Salmane que les États-Unis redeviendront le garant de la sécurité du royaume, à l’instar de Roosevelt et Abdulaziz il y a quatre-vingts ans.

Cela se traduirait par la vente d’avions de combat F-35 à l’Arabie saoudite et un transfert de technologie nucléaire civile, ouvrant la voie à une possible acquisition d’armes nucléaires par Riyad. L’Arabie saoudite, qui a déjà conclu un pacte de défense avec le Pakistan, un pays doté de l’arme nucléaire, ne renoncerait à aucune garantie de sécurité, y compris de la part des États-Unis. Trump semble ainsi vouloir réécrire l’histoire, transformant l’Arabie saoudite en “épouse préférée” de Washington au Moyen-Orient, au détriment peut-être d’Israël.

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