Home MondeTrump a déclaré la guerre civilisationnelle à l’Europe. Ce ne sera pas facile – mais voici comment riposter | Paul Taylor

Trump a déclaré la guerre civilisationnelle à l’Europe. Ce ne sera pas facile – mais voici comment riposter | Paul Taylor

by Clara Dubois

Publié le 9 décembre 2025 à 11h23. Trente ans après la proclamation de la « fin de l’histoire » et de l’universalisation de la démocratie libérale, l’Europe et le monde assistent à une montée en puissance des forces illibérales, exacerbée par les tensions géopolitiques et les inégalités socio-économiques.

  • L’administration Trump a adopté une stratégie de sécurité nationale qui s’attaque ouvertement aux valeurs de l’Union européenne.
  • Les démocraties européennes peinent à répondre aux préoccupations sociales de leurs citoyens, alimentant le populisme et l’autoritarisme.
  • La régulation des géants du numérique s’avère complexe, malgré les efforts de l’Union européenne pour faire appliquer ses lois.

La démocratie libérale, autrefois perçue comme le modèle politique final, est aujourd’hui confrontée à des défis majeurs sur plusieurs fronts. Le philosophe politique Francis Fukuyama avait, en 1992, prédit l’avènement d’un monde dominé par la démocratie libérale occidentale. Cependant, cette vision est aujourd’hui remise en question par la montée des populismes, l’affaiblissement de l’État de droit et la polarisation croissante des sociétés.

L’administration américaine actuelle joue un rôle actif dans cette dynamique. Sa Stratégie de sécurité nationale, publiée récemment, est interprétée comme une déclaration de guerre civilisationnelle contre l’Union européenne et ses valeurs. Cette attitude contribue à exacerber les tensions transatlantiques et à fragiliser le soutien à la démocratie libérale.

Parallèlement, les démocraties de marché européennes sont critiquées pour leur incapacité à répondre aux besoins fondamentaux de leurs citoyens. L’accès à un logement abordable, à une éducation de qualité, à des soins de santé universels et à la sécurité de l’emploi sont devenus des enjeux majeurs. L’économiste Joseph Stiglitz dénonce une « urgence en matière d’inégalités », qui éloigne de nombreux jeunes et travailleurs de la démocratie et favorise l’ascension des mouvements illibéraux et autoritaires.

Cette situation est aggravée par la diffusion de politiques identitaires basées sur le ressentiment et par l’émergence d’une forme de « techno-fascisme ». Cette combinaison menace le tissu même des sociétés libérales, en remettant en question les droits des femmes et des minorités sexuelles, et en affaiblissant les protections sociales existantes. Ces reculs affectent le contrat social européen, qui garantit un certain niveau de protection et de solidarité.

Au cours des derniers mois, l’intégrité des processus électoraux a été compromise dans plusieurs pays, notamment en Roumanie. La capacité des gouvernements à mettre en œuvre des politiques fondées sur des preuves scientifiques, notamment en matière de changement climatique et de vaccination, est également remise en question. De plus, le rôle des institutions de contrôle, telles que les tribunaux, les organes de régulation et les autorités anti-corruption, est affaibli.

Malgré une analyse approfondie de ces problèmes, les stratégies pour contrer ces forces restent limitées. Lors d’une conférence organisée par le European Policy Centre (EPC) à Bruxelles, plusieurs pistes ont été proposées, mais elles se heurtent à des obstacles importants. L’une des suggestions est d’accélérer l’application des lois numériques existantes de l’UE, en infligeant des amendes aux géants américains de la technologie qui ne modèrent pas les contenus illégaux, ne divulguent pas leurs algorithmes et ne protègent pas les données personnelles des utilisateurs européens.

Cependant, l’application de ces lois est freinée par le respect de l’État de droit et les procédures légales. Renate Nikolay, directrice adjointe de la communication de la Commission européenne, souligne que

« Il s’agit d’un système de procédure régulière. »

Renate Nikolay, directrice adjointe de la communication de la Commission européenne

Elle réfute les accusations selon lesquelles l’UE déréglemente ou assouplit ses normes, par crainte de représailles commerciales américaines.

La Commission européenne a lancé sept enquêtes préliminaires contre des géants technologiques tels qu’Apple, Meta, Google et TikTok, les accusant de violations des règles technologiques de l’UE. Récemment, une amende de 120 millions d’euros a été infligée à X (anciennement Twitter) pour avoir facturé l’authentification par coche bleue sans vérification adéquate.

L’évolution rapide de la technologie, en particulier de l’intelligence artificielle, dépasse la capacité de la réglementation européenne à s’adapter. L’Irlande, où de nombreuses entreprises technologiques américaines ont leur siège européen, a récemment nommé un ancien lobbyiste de Meta à un poste clé de régulation des données, suscitant des inquiétudes quant à un conflit d’intérêts.

Certains estiment que la clé pour préserver la démocratie libérale réside dans la réponse aux besoins sociaux des citoyens. Ils soutiennent que la montée de l’extrême droite et de la gauche radicale est due à l’incapacité des partis traditionnels à résoudre les problèmes de logement, d’emploi et de services publics. La victoire de Zohran Mamdani à la mairie de New York, avec une plateforme axée sur les transports en commun gratuits, le contrôle des loyers et les épiceries publiques, est citée comme un exemple inspirant. Le succès du gouvernement espagnol, qui a augmenté les prestations sociales et accueilli l’immigration tout en enregistrant une croissance économique rapide, est également mis en avant.

Cependant, la montée du populisme d’extrême droite persiste. En Espagne, le parti Vox a vu son soutien augmenter considérablement, passant de 12,4 % aux élections générales de 2023 à près de 20 % aujourd’hui. Les partis sociaux-démocrates perdent du terrain dans de nombreux pays européens.

Fabian Zuleeg, directeur général de l’EPC, appelle les démocrates libéraux à adopter une attitude plus combative et à dénoncer les faiblesses de leurs adversaires.

« Pourquoi ne faisons-nous rien d’offensant, ne nous attaquons-nous pas aux faiblesses de l’autre camp, à son mépris du peuple ? »

Fabian Zuleeg, directeur général de l’EPC

Exposer les liens financiers passés entre le Rassemblement National français et la Russie, ou condamner les agissements d’un haut responsable du Parti réformiste britannique en tant qu’agent d’influence du Kremlin n’a pas suffi à freiner leur popularité. Les déclarations racistes et les incohérences économiques de leurs programmes n’ont eu qu’un impact limité.

Une autre approche consiste à améliorer les techniques de campagne et à tirer les leçons des succès des mouvements populistes. Lisa Witter, PDG de la Better Politics Foundation, insiste sur l’importance de revenir aux bases de la politique et de former les militants aux techniques modernes de campagne.

Les partis populistes ont su maîtriser les réseaux sociaux tels que TikTok et Instagram. En Hongrie, le parti Fidesz utilise massivement des influenceurs en ligne rémunérés. En Roumanie, l’AUR utilise des applications ludiques pour attirer et récompenser les jeunes militants. Emmanuel Macron a également utilisé l’activisme populaire pour remporter l’élection présidentielle française en 2017, et le parti D66 néerlandais a obtenu une victoire inattendue avec un message positif et pro-européen.

La sauvegarde des démocraties libérales européennes pourrait nécessiter une combinaison de ces différentes approches, mais pour l’instant, la tendance semble défavorable.

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