Le président américain Donald Trump a menacé lundi d’interdire l’accès au marché américain au constructeur d’avions canadien Bombardier, exacerbant un conflit commercial bilatéral marqué par l’entrée en vigueur de surtaxes douanières réciproques et la rupture récente des négociations entre Washington et Ottawa.
La confrontation économique entre les États-Unis et le Canada s’est encore envenimée lorsque le chef de l’État américain a exprimé son hostilité envers le fleuron aéronautique québécois. Les tensions atteignent un sommet inédit dans un contexte de représailles douanières croissantes de part et d’autre de la frontière. Depuis le retour à la Maison-Blanche de Donald Trump en janvier 2025, le Canada est en première ligne de la guerre commerciale lancée par le président républicain, qui répète vouloir faire de son voisin septentrional le « 51e État » américain. Quelques heures avant ses menaces contre Bombardier, il avait d’ailleurs publié sur Truth Social une carte sur laquelle le drapeau américain couvre l’ensemble de l’Amérique du Nord, le Mexique et les Caraïbes, ainsi que le Groenland, territoire autonome danois qu’il souhaite rattacher aux États-Unis, et l’Islande.
Les menaces de Donald Trump contre Bombardier sur le marché américain
Dans un message diffusé sur son réseau Truth Social, le président américain a formulé de nouvelles menaces à l’encontre du fabricant d’appareils d’affaires, affirmant sa volonté de bloquer ses ventes aux États-Unis. Le président américain Donald Trump a menacé lundi d’interdire à l’entreprise canadienne de commercialiser ses aéronefs sur le territoire américain, reprochant à la firme de dépendre largement des clients et des infrastructures des États-Unis. « Finies les ventes de Bombardier aux États-Unis », s’est exclamé le président américain sur son réseau Truth Social, sans préciser comment il entendait atteindre ce résultat. « S’ils veulent notre marché, ils doivent construire ici et arrêter de traiter l’Amérique comme une tirelire », a-t-il ajouté.
« S’ils veulent notre marché, ils doivent construire ici et arrêter de traiter l’Amérique comme une tirelire »
Donald Trump, Président des États-Unis
L’administration américaine justifie en partie cette pression par des différends réglementaires de longue date concernant l’accès au marché canadien. Selon les informations rapportées par l’agence de presse Xinhua, le dirigeant américain a accusé Ottawa de bloquer les banques et les entreprises américaines, citant nommément le constructeur Gulfstream Aerospace. M. Trump a également critiqué les produits de Bombardier, les qualifiant de « pas assez bons », et a accusé l’entreprise de dépendre fortement des clients, des entreprises, des aéroports et des services américains, affirmant que plus de 50% de son chiffre d’affaires provenait des Etats-Unis. « S’ils veulent notre marché, ils doivent fabriquer ici », a souligné le président, tout en exhortant les Américains à acheter des produits fabriqués aux Etats-Unis, à voyager avec des compagnies aériennes américaines et à consommer des boissons alcoolisées et d’autres produits fabriqués aux Etats-Unis.
« S’ils veulent notre marché, ils doivent fabriquer ici »
Donald Trump, Président des États-Unis
Ce bras de fer aéronautique s’inscrit dans la continuité des pressions exercées au début de l’année. En janvier dernier, la Maison-Blanche avait déjà agité la menace de retirer la certification des jets Global Express et d’appliquer des droits de douane de 50 % sur l’ensemble des aéronefs d’origine canadienne vendus aux États-Unis. Le 29 janvier, M. Trump avait annoncé que les Etats-Unis retiraient leur certification aux jets Global Express de Bombardier et à d’autres appareils fabriqués au Canada, et avait menacé d’imposer un droit de douane de 50% sur les avions vendus aux Etats-Unis, à moins que le Canada ne certifie plusieurs jets d’affaires Gulfstream, car il était mécontent que des certifications soient refusées à des avions américains par Ottawa.
Riposte douanière et rupture des négociations entre Ottawa et Washington
Ces annonces surviennent alors que des surtaxes canadiennes ciblent une multitude de produits en provenance des États-Unis. De nouveaux droits de douane canadiens, fixés à 15 %, 25 % ou 50 %, entrent en vigueur pour frapper environ 20 milliards de dollars de marchandises américaines, touchant notamment l’acier, les produits laitiers, l’électronique et la pâte à papier.
Le montant de ces taxes correspond au dollar près, selon le gouvernement canadien, à la valeur des produits canadiens visés depuis le 22 août par des surtaxes américaines de 50 %. Les États-Unis ont en effet imposé des droits de douane de 50% sur environ 20 milliards de dollars de produits canadiens à compter du 22 août, tandis que le Canada a riposté en appliquant des droits de douane équivalents sur des importations américaines d’une valeur équivalente. Cette escalade tarifaire découle directement de la décision prise le 21 août par le Premier ministre canadien Mark Carney de rompre les pourparlers avec la Maison-Blanche. L’ancien dirigeant de banque centrale a publiquement accusé Washington de chercher à imposer un accord inéquitable et de vouloir transformer le Canada en simple filiale industrielle. L’ancien banquier central a accusé les États-Unis d’avoir voulu imposer un accord « injuste » et d’avoir in fine pour objectif de faire du Canada une « filiale » et de « détruire » son industrie, notamment automobile. Le conflit commercial entre les deux voisins a atteint un niveau sans précédent depuis cette rupture des négociations.
La réaction de Québec et le soutien au secteur aérospatial
Face à la montée des tensions, les autorités provinciales ont promptement défendu le fleuron industriel québécois. La première ministre du Québec, Christine Fréchette, a qualifié les déclarations présidentielles de provocation tout en affichant sa volonté de ne pas surenchérir, déclarant à TVA Nouvelles : « Je ne répondrai pas à la provocation par la provocation ». La première ministre du Québec a confirmé s’être entretenue directement avec Éric Martel, PDG de Bombardier, afin de lui témoigner l’appui indéfectible du gouvernement et de lui offrir tout le soutien nécessaire.

« Bombardier est une fierté québécoise, un fleuron de notre économie et un acteur majeur de notre industrie aérospatiale. Derrière cette entreprise, il y a des milliers de travailleurs québécois qui font rayonner notre savoir-faire partout dans le monde. »
Christine Fréchette, Première ministre du Québec
Le gouvernement provincial insiste sur le rôle stratégique de l’entreprise et de ses milliers de salariés. Christine Fréchette a rappelé que derrière cette entreprise se trouvent des milliers de travailleurs québécois faisant rayonner le savoir-faire partout dans le monde, réaffirmant que le Québec ne laissera personne dicter où ses entreprises doivent produire pour avoir accès à un marché et qu’il défendra les entreprises, les travailleurs et l’expertise avec fermeté.
Sur le même sujet
- Donald Trump Menace d’Interdire la Vente des Jets Bombardier aux États-Unis
- La Poste Annonce Jusqu’à 110 Licenciements Administratifs d’Ici Fin 2027
- "Plus question de vendre aux États-Unis!": Donald Trump veut interdire le marché américain au fabricant d’avions Bombardier tant qu’il produit au Canada (lederniereheure.com)