Publié le 1er novembre 2025 à 12h42. Le fabricant allemand de machines-outils Trumpf affiche une forte baisse de son chiffre d’affaires et de ses bénéfices, confronté à une conjoncture internationale difficile et à une concurrence accrue, notamment chinoise. Son directeur général, Björn Dymke, expose les défis et les stratégies de l’entreprise pour surmonter cette crise.
- Le chiffre d’affaires de Trumpf a chuté de plus de 16 %, passant d’environ 5,2 milliards d’euros à 4,3 milliards d’euros.
- Le bénéfice avant intérêts et impôts a connu une baisse spectaculaire, passant d’un demi-milliard d’euros à seulement 50 millions d’euros.
- L’entreprise mise sur la flexibilité, l’innovation et le maintien de son avantage concurrentiel en termes de précision et de service pour faire face à la crise.
Des temps difficiles s’annoncent pour le groupe Trumpf, fleuron de l’industrie allemande. Lors de sa dernière conférence de presse, Nicola Leibinger-Kammüller, directrice générale de l’entreprise basée à Ditzingen, a annoncé une baisse significative de son chiffre d’affaires. Les ventes ont reculé de plus de 16 %, s’établissant à 4,3 milliards d’euros contre 5,2 milliards d’euros l’année précédente. Cette baisse s’accompagne d’une chute drastique du bénéfice avant intérêts et impôts, qui est passé d’un demi-milliard d’euros à seulement 50 millions d’euros.
Si la division laser a mieux résisté, avec une baisse des ventes de moins de 10 %, l’ensemble du groupe est impacté par un contexte mondial complexe. Les guerres, les droits de douane, les difficultés d’approvisionnement et les restrictions à l’exportation créent une incertitude généralisée, rendant la planification à long terme quasiment impossible.
Björn Dymke, directeur général de la filiale de Schramberg, explique que l’entreprise est contrainte d’adopter une approche pragmatique.
« Nous travaillons avec des scénarios. Et si ? »
Björn Dymke, directeur général de Trumpf Laser
La planification à long terme, sur un, trois ou cinq ans, est désormais chose du passé. L’impératif est de rester flexible et de s’adapter rapidement aux besoins des clients.
Malgré cette incertitude, Trumpf conserve une « feuille de route », mais l’écoute du marché et la capacité à proposer des solutions adaptées sont devenues primordiales. Après trois années de baisse des ventes et de réductions de personnel à Schramberg, Björn Dymke estime que l’entreprise a « touché le fond », même si le niveau reste bas. Il anticipe donc une période de stagnation plutôt qu’une reprise immédiate.
La situation est d’autant plus préoccupante qu’elle dure depuis longtemps et qu’elle est multifactorielle. La pandémie de Covid-19, la guerre en Ukraine, la flambée des prix de l’énergie, la politique commerciale américaine et les restrictions chinoises à l’exportation se cumulent pour créer un environnement défavorable aux investissements.
« Cela enlève également la sécurité des investissements à nos clients. »
Björn Dymke, directeur général de Trumpf Laser
Les entreprises sont ainsi incitées à prolonger la durée de vie de leurs équipements existants ou à se tourner vers d’autres fournisseurs avant d’investir dans de nouvelles machines.
La politique tarifaire du président américain est également pointée du doigt.
« Le libre-échange est en déclin dans le monde entier. »
Björn Dymke, directeur général de Trumpf Laser
Les droits de douane, en faussant la concurrence, sont considérés comme néfastes, même si Trumpf, qui dispose d’une usine aux États-Unis, est moins directement touché que d’autres entreprises. Cependant, l’entreprise subit indirectement les conséquences de ces mesures, notamment une diminution des fonds disponibles pour les investissements.
La concurrence chinoise est un autre défi majeur. Les entreprises allemandes de construction mécanique sont de plus en plus confrontées à la pression des constructeurs chinois, qui bénéficient du soutien financier de leur gouvernement.
« Mais ça ne sert à rien, les entreprises sont sur le marché. »
Björn Dymke, directeur général de Trumpf Laser
Malgré ces difficultés, Björn Dymke reste confiant dans la capacité des fabricants allemands de machines-outils à maintenir leur avantage concurrentiel, notamment en termes de précision et de service après-vente. Le réseau de services mondial de Trumpf, bien que coûteux, est un atout majeur, que de nombreux concurrents asiatiques ne peuvent égaler. L’entreprise propose des solutions complètes, incluant la documentation des résultats de production et l’utilisation de l’intelligence artificielle.
L’entreprise investit massivement dans la recherche et le développement, avec une moyenne d’un brevet déposé par jour au niveau du groupe et un brevet par semaine à Schramberg.
« Nous ne pouvons pas nous permettre de nous reposer, nous devons rester affamés, curieux et rapides. »
Björn Dymke, directeur général de Trumpf Laser
Une deuxième partie de ce reportage, qui sera publiée dimanche, abordera les nouveaux produits destinés à l’industrie automobile ainsi que la question sensible de la défense contre les drones. Björn Dymke y expliquera également les perspectives d’avenir pour l’usine de Dunningen.