Un vaste scandale de fraude boursière ébranle les marchés financiers d’Istanbul et éclabousse les cercles dirigeants turcs, entraînant la liquidation de 131 fonds d’investissement et la démission de Fatma Betül Sayan Kaya de la vice-présidence du parti au pouvoir.
La tempête financière qui secoue la Turquie depuis la fin du mois d’août s’est transformée en une crise politique d’envergure. Tout a commencé le 28 août lorsque l’Autorité des marchés de capitaux de Turquie (SPK) a émis des directives sommant les fonds d’investissement de diversifier leurs portefeuilles et d’abandonner la pratique consistant à concentrer leurs actifs sur une seule action.
En voulant se conformer à ces règles, les gestionnaires ont procédé à des ventes massives tandis que les épargnants retiraient leurs capitaux, révélant des portefeuilles impossibles à liquider rapidement.

Face à cet engorgement, le gendarme boursier a ordonné le 17 septembre la liquidation de 131 fonds détenus par sept sociétés.
Ces structures géraient collectivement les avoirs de plus de 455 000 investisseurs particuliers, représentant des actifs évalués à plus de 826 milliards de livres turques, soit environ 14,8 milliards d’euros selon les calculs de la presse locale.
Fatma Betül Sayan Kaya quitte ses fonctions
L’affaire a rapidement pris une tournure politique lorsque l’opposition a accusé des personnalités proches du pouvoir d’avoir bénéficié d’informations privilégiées pour revendre leurs titres avant l’éclatement de la crise. Le 26 septembre, Fatma Betül Sayan Kaya a démissionné de son poste de vice-présidente du Parti de la justice et du développement (AKP), formation du président Recep Tayyip Erdogan. L’ancienne ministre de la Famille est soupçonnée d’avoir réalisé des profits massifs sur les marchés peu de temps avant le krach.
L’étau judiciaire s’est encore resserré lorsque le parquet général d’Istanbul a ordonné des mesures conservatoires à l’encontre de l’ancienne responsable politique. Le parquet a indiqué dans un communiqué que l’ensemble des biens appartenant à İlyas Kaya et à son épouse avaient été gelés et signalés aux institutions compétentes.
Une lettre concernant le gel de l’ensemble des biens appartenant à İlyas Kaya et à son épouse (…
Le parquet général d’Istanbul, via Boursorama
L’ancienne ministre n’a reconnu aucune infraction. Elle a fait savoir par le biais de son entourage qu’elle souhaitait simplement que l’enquête puisse être menée de manière indépendante, impartiale, et sans la moindre suspicion ni influence indue
.

La justice cible des centaines de suspects
Les investigations menées par la justice turque touchent désormais un nombre croissant de protagonistes. Le ministre de la Justice, Akin Gürlek, a annoncé que 217 suspects étaient ciblés par les investigations. Parmi eux, 56 personnes ont été placées en détention provisoire et 88 autres font l’objet d’un contrôle judiciaire.
Les autorités examinent de près les mouvements boursiers suspects. Le ministre a précisé sur le réseau social X que les mouvements sur 26 actions considérées comme susceptibles d’avoir fait l’objet d’opérations spéculatives et manipulatoires sont examinés en détail
.

Les enquêteurs passent au crible l’historique des transactions, les flux financiers et les (…) comptes ayant réalisé des gains à des taux extraordinairement élevés en peu de temps
. Parmi les personnes recherchées figure également Iskender Balci, membre d’un conseil d’administration et proche de hauts responsables de la régulation bancaire et du ministère du Trésor.
Le gouvernement défend la solidité des institutions
Face à la contestation, le président Recep Tayyip Erdogan a cherché à rassurer sur la solidité des institutions financières du pays à l’issue d’un conseil des ministres à Ankara. Le chef de l’État a affirmé que le système financier de la Turquie ne fait face à aucun risque lié à cette liquidation massive et a promis que le gouvernement veillerait à indemniser les petits épargnants lésés.
sans même regarder leurs propres dossiers, noirs comme du charbon, ils essaient de nous donner des leçons de morale et d’éthique politique.
Recep Tayyip Erdogan, président de la République, via Boursorama
Du côté des opposants, le ton est particulièrement offensif. Özgür Özel, le chef du Parti républicain du peuple (CHP), a qualifié le scandale de sommet de l’iceberg
et de casse du siècle
. Il a annoncé que sa formation politique refuserait de participer au discours d’ouverture de la session parlementaire prononcé par le président et a créé des groupes de travail internes pour faire lumière sur les flux financiers incriminés.