Publié le 24 décembre 2025 08:04:00. Un Allemand a été condamné à plus de huit ans de prison pour avoir drogué et violé sa femme pendant des années, puis diffusé des vidéos de ses crimes en ligne, une affaire qui résonne avec des scandales similaires récemment révélés en France et ailleurs.
- Fernando P., un concierge d’école de 61 ans, a été reconnu coupable de multiples agressions sexuelles et de diffusion de contenu illégal.
- L’affaire met en lumière les lacunes des législations allemande et française en matière de consentement et de lutte contre la diffusion de contenus abusifs en ligne.
- Des militantes féministes appellent à une évolution des lois pour mieux protéger les victimes et sanctionner les auteurs de violences sexuelles.
Le tribunal régional d’Aix-la-Chapelle a condamné vendredi Fernando P. à huit ans et six mois de prison pour avoir abusé sexuellement de sa femme entre 2018 et 2024. L’homme avait secrètement administré des sédatifs à sa victime avant de l’agresser, puis avait filmé ces actes et diffusé les enregistrements sur internet, sans son consentement.
Selon le tribunal, l’accusé a « porté atteinte à la sphère la plus intime de la vie privée et aux droits de la personne en réalisant des enregistrements vidéo dans 34 cas, dont quatre impliquant des viols aggravés accompagnés de violences ». Il a également été reconnu coupable de contrainte sexuelle aggravée et d’agression sexuelle.
Cette condamnation intervient un an après le verdict prononcé en France dans l’affaire impliquant Dominique Pélicot, qui avait sollicité des hommes sur un forum en ligne pour violer sa femme, Gisèle. Pélicot avait été reconnu coupable de viol aggravé, et 49 autres hommes impliqués dans cette affaire ont également été condamnés pour viol ou agression sexuelle. L’affaire Pélicot avait suscité une vive émotion en France et avait mis en évidence les problématiques de la violence sexiste et de la misogynie.
« Un cas très significatif »
L’affaire d’Aix-la-Chapelle est la première de ce type à être jugée par les tribunaux allemands, selon l’association Nur Ja Heisst Ja (« Seulement oui signifie oui »), qui milite pour une définition légale plus claire du consentement. Jill S., une militante de l’association, a déclaré à CNN que cette affaire met en évidence les failles du système juridique allemand. CNN a choisi de ne pas divulguer son nom de famille afin de la protéger contre les abus en ligne.
« C’est une affaire qui montre où se situent les lacunes de notre système juridique », a-t-elle affirmé avant le verdict. En Allemagne, le consentement est traditionnellement défini par le principe du « non », ce qui, selon les militantes, ne permet pas aux victimes d’exprimer clairement leur accord à un acte sexuel.
Nur Ja Heisst Ja plaide pour l’adoption du principe du « oui signifie oui », estimant que la loi actuelle impose aux victimes la charge de résister verbalement aux agressions sexuelles. L’association dénonce également le fait que la possession de contenus pédopornographiques est actuellement légale en Allemagne, et espère que cette situation évoluera prochainement grâce à une initiative lancée par Kathrin Wahlmann, ministre de la Justice du Land de Basse-Saxe.
De l’autre côté de la frontière, en France, la députée Sandrine Josso estime également qu’une adaptation des lois est nécessaire pour mieux protéger les femmes contre ce type d’abus. Elle a elle-même porté plainte en novembre 2023 après avoir été, selon ses dires, droguée par le sénateur Joël Guerriau lors d’une soirée. Le procès s’est ouvert en janvier, et M. Guerriau nie les accusations.
« Je pense que les lois actuelles ne sont pas suffisamment ancrées dans la réalité », a déclaré Sandrine Josso à CNN, estimant qu’elles ne tiennent pas compte de la manière dont internet favorise l’émergence d’écosystèmes d’abus spécifiques.
Sandrine Josso, députée française
Elle dénonce l’existence de ce qu’elle qualifie de « université en ligne de la violence », où les hommes échangent des conseils sur la manière de droguer leurs partenaires et de partager des images de leurs crimes. Fernando P. et Dominique Pélicot ont tous deux diffusé leur contenu abusif en ligne.
Pour Jill S. en Allemagne, les plateformes en ligne et les gouvernements ont une responsabilité importante dans la lutte contre la diffusion de ce type de contenu. Elle espère que le verdict de vendredi contribuera à briser l’illusion de sécurité dont bénéficient les agresseurs et à encourager d’autres victimes à se manifester.