Home AffairesUn curieux genre de cycle

Un curieux genre de cycle

by Amélie Bernard

Le marché du travail américain présente un paradoxe : une croissance de l’emploi ralentie, mais un chômage qui reste étonnamment bas. Cette situation inhabituelle, qualifiée de « curieux équilibre » par le président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, suscite des interrogations sur la solidité de l’économie et le risque d’une récession.

Depuis l’été dernier, Jerome Powell a souligné cette particularité. Lors de son discours de Jackson Hole en août, il a expliqué que cet équilibre résulte d’un ralentissement simultané de l’offre et de la demande de main-d’œuvre. « Dans l’ensemble, même si le marché du travail semble équilibré, il s’agit d’un curieux type d’équilibre qui résulte d’un ralentissement marqué de l’offre et de la demande de travailleurs », a-t-il déclaré. Cette situation, selon lui, pourrait entraîner une augmentation rapide des licenciements et du chômage si les risques baissiers se concrétisent.

Les chiffres confirment cette analyse. La création d’emplois a considérablement ralenti, mais le taux de chômage n’a augmenté que légèrement au cours de la dernière année. Ce contraste suggère que la diminution de la demande de main-d’œuvre a été compensée par une réduction de l’offre de travailleurs disponibles.

Un autre indicateur notable est la faiblesse des taux d’embauche et de démission, qui restent bas depuis plus d’un an. Parallèlement, la croissance des salaires ralentit, ce qui est cohérent avec une demande de main-d’œuvre qui peine à dépasser une offre limitée.

Ce « curieux équilibre » n’est pas sans précédent. L’économie américaine a connu plusieurs situations atypiques depuis le début de la pandémie de Covid-19. On peut citer une reprise de l’emploi sans précédent depuis les années 1980, une augmentation des salaires pour les travailleurs les moins bien rémunérés accompagnée d’un taux de démission élevé, et la tentative actuelle de ramener l’inflation à un niveau acceptable sans provoquer de récession.

En analysant ces différentes particularités, plusieurs conclusions se dégagent. Premièrement, il est essentiel d’évaluer la situation actuelle du marché du travail dans le contexte d’un cycle économique inhabituel, où la normalisation est un facteur clé. Deuxièmement, les modifications imprévues de l’offre de main-d’œuvre, d’abord en raison de la pandémie, puis en raison des évolutions de l’immigration, ont rendu les indicateurs traditionnels moins fiables. Enfin, une meilleure mesure de l’offre de main-d’œuvre pourrait aider à évaluer plus précisément les risques de récession.

Il est important de replacer le ralentissement actuel de la création d’emplois dans une perspective historique. Après une reprise rapide au début du cycle économique, la croissance de l’emploi au cours des cinq dernières années et demie est plus importante qu’elle ne l’était après les récessions de 2001 et de 2008. Cette reprise rapide s’est produite malgré des pertes d’emplois historiques pendant la pandémie.

De même, le marché du travail actuel, caractérisé par de faibles taux d’embauche et de démission, fait suite à une période de forte rotation de la main-d’œuvre. Les taux d’embauche et de démission ont été élevés au début de la reprise, puis ont diminué progressivement. En comparaison, après la crise financière de 2008, ces taux ont d’abord diminué, puis ont augmenté lentement au fur et à mesure que l’économie se redressait. Après la récession de 2001, ils sont restés relativement stables.

Claudia Sahm, économiste en chef de New Century Advisors, souligne que les annonces de licenciements peuvent donner une indication de la situation du marché du travail, mais ne permettent pas d’en mesurer l’ampleur. « Les annonces de licenciements concernent avant tout les entreprises », explique-t-elle. « Ce sont des décisions commerciales. Amazon est donc une très grande entreprise, mais ce n’est pas le marché du travail américain. »

You may also like

Leave a Comment