Home SantéUn examen clinique des lignes directrices 2025 sur le syndrome des jambes sans repos | NeurologieLive

Un examen clinique des lignes directrices 2025 sur le syndrome des jambes sans repos | NeurologieLive

by Sophie Martin

Mis à jour le 16 décembre 2025 à 18h09. De nouvelles recommandations de l’American Academy of Sleep Medicine (AASM) marquent un tournant majeur dans la prise en charge du syndrome des jambes sans repos (SJSR), en privilégiant désormais la supplémentation en fer et les médicaments gabapentinoïdes au détriment des agonistes dopaminergiques.

  • Les agonistes dopaminergiques, autrefois considérés comme un traitement de première intention, ne sont plus recommandés sauf dans des cas exceptionnels.
  • L’évaluation et la gestion des taux de fer deviennent centrales dans la prise en charge du SJSR.
  • Ces nouvelles directives représentent un changement de paradigme complet par rapport aux recommandations de 2012.

Le syndrome des jambes sans repos (SJSR) et les troubles du mouvement périodique des membres (TMPM), qui touchent entre 5 et 10 % de la population adulte, sont des affections courantes aux conséquences significatives sur la qualité du sommeil, le bien-être quotidien et la qualité de vie en général. L’AASM a récemment publié une mise à jour de ses directives de pratique clinique concernant le traitement du SJSR et des TMPM chez les adultes et les enfants. Ces recommandations, basées sur une revue systématique de la littérature, visent à guider les professionnels de santé dans leurs décisions thérapeutiques.

Pour élaborer ces directives, un groupe d’experts en médecine du sommeil a été mandaté par l’AASM. Ils ont évalué les preuves disponibles en utilisant la méthodologie GRADE (Grading of Recommendations Assessment, Development, and Evaluation), en tenant compte de la certitude des données, des bénéfices et des risques potentiels, des préférences des patients et des contraintes liées aux ressources. Les recommandations finales ont ensuite été approuvées par le conseil d’administration de l’AASM, intégrant les nouvelles études et données pertinentes parues depuis la révision de 2012.

Les nouvelles directives couvrent l’ensemble de la prise en charge du SJSR, depuis les tests diagnostiques et les stratégies de traitement jusqu’à la gestion des symptômes, en mettant en évidence les populations particulièrement touchées. Elles proposent des recommandations spécifiques pour le traitement du SJSR chez les adultes, les populations adultes spécialisées et les enfants, ainsi que pour les adultes atteints de TMPM.

Andy Berkowski, MD, PhD, certifié par l’American Board of Psychiatry and Neurology in Sleep Medicine, a participé activement à la révision de ces directives. Dans le cadre d’une série d’articles consacrés à ce sujet, NeurologieLive® a interrogé le Dr Berkowski sur les points clés de ces nouvelles recommandations et leur importance clinique. Fondateur de ReLACS Health, il a également souligné les questions en suspens et les lacunes potentielles des directives, tout en partageant sa vision de l’avenir des soins du SJSR.

Les directives de 2025 marquent une évolution significative par rapport aux approches thérapeutiques antérieures. L’attention se déporte des agonistes dopaminergiques, traditionnellement utilisés en première intention, vers la supplémentation en fer et les médicaments gabapentinoïdes. Cette transition reflète l’accumulation de preuves scientifiques et une meilleure compréhension de la physiopathologie du SJSR. Si les agonistes dopaminergiques peuvent encore être envisagés dans des cas rares, ils ne sont plus généralement recommandés.

Implications cliniques pour la prise en charge des patients : Les nouvelles directives mettent l’accent sur une approche préventive et personnalisée. Les cliniciens sont encouragés à optimiser l’hygiène du sommeil et à minimiser les facteurs aggravants avant d’envisager un traitement médicamenteux. L’évaluation et la gestion des taux de fer sont au cœur de la prise en charge, avec des objectifs spécifiques recommandés pour la supplémentation orale et intraveineuse. Cette approche vise à stabiliser les symptômes, à ralentir la progression de la maladie et à limiter les effets secondaires liés aux médicaments.

Points clés à retenir :

  • Priorité aux soins préventifs : hygiène du sommeil, habitudes de sommeil régulières et éviction des substances aggravantes (alcool, certains antidépresseurs, antiémétiques, antipsychotiques).
  • Évaluation du fer : surveillance régulière de la ferritine et de la saturation de la transferrine.
    • Fer oral : ferritine <75 ou saturation de la transferrine <20 %
    • Fer IV : ferritine jusqu’à 100
  • Planification d’un traitement individualisé au-delà des recommandations générales.
  • Accent sur l’intervention précoce et la prévention des symptômes plutôt que sur un traitement réactif.

Bien que les directives de 2025 fournissent des recommandations solides pour le traitement de première intention, le Dr Berkowski a souligné qu’elles laissaient certaines questions sans réponse, notamment concernant les thérapies de deuxième ou troisième intention. Les cliniciens doivent donc faire preuve de discernement dans la prise en charge des patients qui ne répondent pas aux traitements initiaux. Les opioïdes et les agonistes dopaminergiques restent des domaines d’incertitude clinique, les opioïdes étant recommandés sous certaines conditions et les agonistes dopaminergiques généralement déconseillés. Les directives servent de cadre général plutôt que d’algorithme rigide pour les cas complexes.

Points clés à retenir :

  • Les directives se concentrent sur le traitement de première intention, laissant moins de directives pour les patients qui échouent à plusieurs traitements.
  • Agonistes dopaminergiques : généralement déconseillés, bien qu’une utilisation à court terme ou spécifique puisse être envisagée.
  • Opioïdes : recommandés sous certaines conditions, mais nécessitent un jugement clinique rigoureux.
  • Fournissent un cadre général plutôt qu’une hiérarchie détaillée pour les thérapies de deuxième et troisième intention.

En conclusion, le Dr Berkowski a souligné que les directives de 2025 marquent un changement de paradigme dans la gestion du SJSR. En limitant l’utilisation des agonistes dopaminergiques, les cliniciens devraient privilégier une stratégie préventive axée sur la correction des carences en fer. Ce changement pourrait conduire à une diminution des cas d’augmentation (aggravation des symptômes due à l’utilisation d’agonistes dopaminergiques) et à une amélioration des résultats à long terme pour les patients. Cette nouvelle approche vise à transformer le SJSR, souvent perçu comme une maladie chronique et évolutive, en une affection gérable et stable pour de nombreux patients, au bénéfice des médecins généralistes, des neurologues et des spécialistes du sommeil.

Points clés à retenir :

  • Changement de paradigme majeur : les agonistes dopaminergiques sont largement retirés des soins de routine.
  • L’accent est mis sur les soins préventifs et la gestion des facteurs aggravants.
  • La supplémentation en fer et les médicaments gabapentinoïdes sont désormais les traitements de base.
  • Résultats attendus : symptômes plus stables, augmentation réduite et prise en charge améliorée à long terme.
  • Potentiel de changer la perception du SJSR d’une condition dégénérative à un trouble gérable.

Transcription modifiée pour plus de clarté.

RÉFÉRENCE
1. Winkelman JW, Berkowski JA, DelRosso LM et al. Treatment of restless legs syndrome and periodic limb movement disorder: a clinical practice guideline from the American Academy of Sleep Medicine. J Clin Sleep Med. 2025;21(1):137-152. doi:10.5664/jcsm.11390

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