Publié le 25 octobre 2025 à 22h18. Les actifs numériques, autrefois considérés comme un phénomène marginal, s’invitent désormais dans les stratégies d’investissement des grandes institutions financières, qui évaluent l’opportunité d’y allouer une part de leurs portefeuilles.
- 64 % des investisseurs institutionnels en cryptomonnaies prévoient d’accroître leur exposition dans les trois prochaines années.
- 45 % de ceux qui n’investissent pas encore dans ce secteur envisagent de le faire à l’horizon de la même période.
- Une allocation de 1 % à 5 % du portefeuille aux actifs numériques est souvent évoquée comme une approche prudente et équilibrée.
L’intérêt pour les actifs numériques a connu une croissance spectaculaire ces dernières années. Ce qui débuta comme un engouement de la part des investisseurs particuliers attire aujourd’hui l’attention des acteurs institutionnels, confrontés à la question de savoir quelle place accorder aux cryptomonnaies, et notamment au Bitcoin, au sein d’une stratégie de diversification.
Selon Pierre Debru, responsable de la recherche quantitative et des solutions multi-actifs chez WisdomTree, le marché entre dans une nouvelle phase. « Les grandes institutions financières évaluent attentivement le montant qu’elles devraient investir dans cette nouvelle classe d’actifs », explique-t-il dans une récente analyse.
Cette évolution est également favorisée par un contexte réglementaire plus favorable. L’approbation des ETF spot Bitcoin aux États-Unis a permis aux investisseurs d’accéder à cet actif de manière plus sûre, réglementée et transparente, sans avoir à recourir à des plateformes non surveillées.
Avantages et risques : un potentiel de rendement élevé, mais une volatilité persistante
Parmi les principaux avantages de l’intégration d’actifs numériques dans un portefeuille diversifié, Pierre Debru souligne leur potentiel de revalorisation, leur faible corrélation avec les actifs traditionnels et leur possible rôle de protection contre l’inflation.
Cependant, la volatilité demeure un obstacle majeur. Des études menées par Fidelity et Coinbase révèlent que les investisseurs institutionnels restent prudents en raison du manque de fondamentaux solides, des préoccupations liées à la sécurité de la conservation, de l’évolution de la réglementation et des critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance).
Néanmoins, la volatilité du Bitcoin, bien que toujours élevée, ne dépasse plus significativement celle de grandes entreprises technologiques comme Tesla ou Nvidia, selon une analyse récente de Fidelity, ce qui renforce l’idée d’une stabilisation du marché des cryptomonnaies.
Quel niveau d’investissement ? Une recommandation comprise entre 1 % et 5 %
Bien qu’il n’y ait pas de consensus clair, les études convergent vers une exposition modérée aux actifs numériques.
- Selon EY, 76 % des institutions qui investissent déjà allouent entre 1 % et 5 % de leur portefeuille aux cryptomonnaies.
- SharesPost, après le lancement des ETF aux États-Unis, estime que la moyenne se situe autour de 3 %.
- Fidelity et Franklin Templeton estiment qu’une allocation comprise entre 2 % et 5 % pourrait améliorer la rentabilité à long terme sans augmenter significativement le risque.
Même BlackRock, le plus grand gestionnaire d’actifs au monde, a indiqué qu’une allocation de 2 % au Bitcoin, financée par des revenus variables, pourrait augmenter le rendement annualisé de 25 % avec un risque accru minime.
La vision de Pierre Debru : 1 % comme position « neutre »
Pour Pierre Debru, une exposition de 1 % aux actifs numériques représente une position prudente et logique en l’absence d’une thèse d’investissement plus solide ou d’une opinion clairement négative sur l’avenir de l’écosystème crypto.
« 1 % est une option rationnelle : elle permet de profiter de la croissance du secteur dans les scénarios positifs et de limiter les pertes dans les scénarios négatifs »
Pierre Debru, Responsable de la recherche quantitative et des solutions multi-actifs de WisdomTree
Pierre Debru souligne que les cryptomonnaies représentent déjà environ 1 % de la capitalisation totale des actifs financiers mondiaux, une taille comparable à celle des obligations à haut rendement ou des petites capitalisations des marchés émergents. Par conséquent, ne pas s’y exposer équivaut en réalité à prendre une position active contre cette classe d’actifs.
Sa collègue, Dovile Silenskyte, directrice de la recherche sur les actifs numériques chez WisdomTree, renforce cette idée : une allocation de 2 % au Bitcoin au sein d’un portefeuille 60/40 pourrait augmenter la rentabilité annuelle de 1,3 % avec une augmentation de la volatilité de seulement 0,19 %, grâce à la faible corrélation de cet actif avec les revenus fixes et variables.
En résumé, les experts s’accordent à dire que les actifs numériques ne sont plus une simple tendance passagère, mais une catégorie d’investissement à part entière. Leur inclusion dans des portefeuilles diversifiés peut améliorer les rendements ajustés au risque, à condition d’adopter une gestion prudente, une compréhension approfondie du marché et, surtout, une vision à long terme.
Comme le conclut Pierre Debru,
« Ne pas investir dans la cryptographie est, en soi, une décision d’investissement. »
Le défi pour les grands investisseurs n’est désormais plus de savoir s’ils doivent y entrer, mais quand et comment le faire.
