Pour décrypter l’Espagne contemporaine, mieux vaut se plonger dans son humour satirique que de se limiter aux faits bruts. Entre émissions télévisées acerbes et publications impertinentes, la satire espagnole offre un regard unique sur la société et la politique du pays.
Le journalisme satirique a une longue histoire en Espagne, résistant même à la censure pendant les 40 années de la dictature franquiste, bien qu’avec une diffusion limitée. C’est avec la transition démocratique, à la fin des années 1970, que la satire a véritablement prospéré, repoussant sans cesse les limites de l’acceptable.
Pour les étrangers, ces médias représentent un outil précieux pour comprendre les mentalités espagnoles, perfectionner leur maîtrise de la langue et saisir les nuances de l’humour local.
El Intermedio : la politique sous le prisme de la dérision
Diffusée sur La Sexta, El Intermedio est une émission satirique incontournable, particulièrement après 21 heures. Lancée en 2006 par Miguel Sánchez Romero, elle décortique l’actualité politique avec un regard résolument de gauche. Animée depuis ses débuts par El Gran Wyoming, figure emblématique de la télévision espagnole reconnaissable à sa tenue vestimentaire singulière (chemise, cravate et bretelles), l’émission se distingue par ses reportages incisifs, ses interviews de terrain et ses parodies mordantes.
El Mundo Today : l’art du faux qui dénonce le vrai
El Mundo Today, site web satirique en ligne depuis 2009, se rapproche de l’esprit et du sarcasme que l’on retrouve dans la presse satirique britannique. Le site publie des titres aussi hilarants qu’éclairants sur les absurdités de la vie politique espagnole et au-delà. Parmi les exemples récents, on peut citer : « La liste Forbes et la liste Epstein sont identiques », « L’humanité accepte d’envoyer Elon Musk sur Mars dès que possible » ou encore « Les socialistes espagnols talonnent le PP en tant que parti le plus corrompu ».
Les auteurs de El Mundo Today soignent particulièrement la présentation de leur site, en adoptant le format d’un journal en ligne traditionnel. Cette attention au détail a parfois conduit à des quiproquos, comme lorsqu’une chaîne d’information colombienne a tenté d’interviewer l’un des rédacteurs du site, prenant ses articles pour des informations réelles.
El Jueves : une satire sans concession, parfois au-delà de la loi
Fondé en 1977, El Jueves est un magazine satirique barcelonais qui a vu le jour à une époque où la liberté d’expression était encore fragile en Espagne. Le magazine, qui se décrit désormais comme « le magazine le plus redouté », a longtemps affiché en première page le slogan « Le magazine qui sort le mercredi », jouant sur l’ironie de son nom (Jueves signifiant jeudi en espagnol).
Sa satire acerbe et ses couvertures provocatrices ont souvent valu à El Jueves des ennuis judiciaires. Le magazine a notamment été poursuivi pour des caricatures représentant le roi Felipe VI en train de coucher avec sa femme Letizia, ou des policiers consommant de la cocaïne. Son humour, parfois jugé trop extrême, le rapproche du magazine français Charlie Hebdo.
Mongolia : l’influence des Monty Python et les limites de l’humour
Créé en 2012, Mongolia est un autre magazine satirique espagnol. Ses auteurs s’inspirent ouvertement de l’humour des Monty Python. Bien que principalement axé sur la satire, le magazine consacre également une section à l’actualité sérieuse, abordant de véritables questions politiques et sociales. Son style visuel se distingue par des montages photographiques et des illustrations pop art, contrairement aux dessins plus classiques d’El Jueves.
En octobre 2025, Mongolia a échappé à des poursuites judiciaires intentées par le groupe ultra-catholique Hazte Oír, qui l’accusait de « crime de haine » pour avoir représenté l’enfant Jésus sous la forme d’une excrément.
Polonia : la Catalogne se moque de l’Espagne
Polonia est une émission télévisée comique catalane, diffusée sur TV3 et suivie par plus d’un million de téléspectateurs. Elle se moque de l’actualité, à travers des imitations et des parodies de personnalités politiques et de célébrités. Les sketchs sont généralement en catalan, mais ceux qui mettent en scène des personnages espagnols sont en espagnol.
Le nom de l’émission, Polonia, est une référence à l’insulte espagnole « polaco », utilisée pour dénigrer les Catalans.
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