Publié le 26 décembre 2023 06:02:00. Une simple marque de gentillesse envers un patient irlandais a permis à une ancienne infirmière, aujourd’hui aux Philippines, de recevoir un héritage inattendu de 25 000 € (environ 26 500 $). Cette histoire illustre le travail méconnu des généalogistes spécialisés dans les successions, qui traquent les héritiers à travers le monde.
- Une infirmière philippine a reçu un legs de 25 000 € d’un ancien patient irlandais.
- La société Finders International Ireland (FII) est souvent sollicitée pour retrouver des héritiers, parfois dans des circonstances complexes.
- Les recherches généalogiques pour les successions sont de plus en plus difficiles en raison de l’évolution des structures familiales.
Maeve Mullin, directrice de Finders International Ireland (FII), se souvient d’une recherche particulièrement délicate. Une infirmière, ayant soigné un homme d’affaires dublinois gravement malade, a été retrouvée des années plus tard aux Philippines grâce à la persévérance de son équipe. L’homme d’affaires, reconnaissant pour les soins prodigués, lui avait laissé un legs substantiel dans son testament. « Il a fallu du temps pour retrouver l’infirmière, son nom étant aussi courant ici qu’il l’était pour ‘Mary Murphy’ en Irlande », explique Mme Mullin.
L’identification de la bonne personne n’a pas été simple. Une autre femme portant le même nom s’était initialement présentée, mais a été démasquée lorsqu’on lui a demandé de préciser l’hôpital où elle aurait travaillé. Finalement, l’infirmière a été retrouvée et s’est souvenue avec émotion de son ancien patient.
Ce type de situation est loin d’être isolé. FII est régulièrement sollicitée par des cabinets d’avocats pour retrouver des héritiers dans des successions parfois considérables. Récemment, l’entreprise a été confrontée à un cas où une femme s’est présentée aux funérailles d’un riche homme d’affaires, affirmant être sa fille. L’enquête a révélé qu’elle était née à l’étranger et que son acte de naissance ne mentionnait pas le défunt comme son père.
Le travail quotidien de Mme Mullin et de son équipe de 13 personnes, basée à Dublin, consiste principalement à rechercher les bénéficiaires de successions à la demande d’avocats, d’exécuteurs testamentaires ou d’administrateurs. Ils sont également sollicités par les autorités locales pour identifier les propriétaires de biens abandonnés susceptibles d’être saisis.
Pour reconstituer les arbres généalogiques et identifier les personnes concernées, ils exploitent tous les documents accessibles au public. « Nous avons beaucoup de chance d’avoir www.irishgenealogy.ie », souligne Mme Mullin. Ce site web permet d’accéder aux actes de naissance, de mariage et de décès. D’autres sources incluent les inscriptions sur les pierres tombales, les registres paroissiaux et les archives de journaux.
Les hommes sont généralement plus faciles à retrouver, car leur nom de famille ne change pas. En revanche, les femmes adoptent souvent le nom de leur mari après le mariage, ce qui complique les recherches. Une grande partie des investigations menées à l’étranger se concentre sur le Royaume-Uni, les États-Unis, le Canada et l’Australie, mais l’équipe de FII a également été amenée à mener des recherches dans des pays plus inattendus, comme le Botswana.
En l’absence de testament et de descendants directs, une succession revient à la famille élargie si le défunt est décédé célibataire. Cependant, si des indices suggèrent l’existence d’un enfant, celui-ci hérite de la totalité des biens. L’avocat doit alors s’assurer qu’il n’y a pas d’autres enfants potentiels avant de procéder à la distribution de l’héritage.
La plupart des successions gérées par FII sont estimées entre 200 000 et 300 000 € (environ 215 000 à 320 000 $), et impliquent souvent un grand nombre de bénéficiaires, témoignant d’une époque où les familles irlandaises étaient nombreuses. « Nous avons eu des dossiers avec plus de 100 bénéficiaires », précise Mme Mullin.

Même si les familles irlandaises modernes sont généralement plus petites, l’augmentation des familles recomposées et des unions non maritales pose de nouveaux défis en matière de recherche d’héritiers. « Il est plus difficile de prouver l’absence d’enfants dans une relation que dans un mariage », explique Mme Mullin.
« Nous assistons également à une évolution de l’histoire de l’Irlande », ajoute-t-elle. « Nous rencontrons des personnes décédées en Pologne dont les héritiers se trouvent en Irlande, ou inversement. »
Lorsqu’elle présente son travail aux avocats, Mme Mullin insiste sur l’importance d’avoir une « vision globale » des dossiers de succession.
De nombreux cas traités par l’entreprise concernent des successions ab intestat, c’est-à-dire en l’absence de testament ou lorsque celui-ci est introuvable. Ces situations peuvent être complexes, longues et nécessitent une grande rigueur.
Sa liste de contrôle pour minimiser les risques pour les avocats comprend la vérification de l’absence d’héritiers inconnus, l’exclusion des bénéficiaires non admissibles et la confirmation des informations relatives au défunt et à sa famille.
Une cliente avait informé son avocat que son oncle décédé sans testament avait laissé deux frères et sœurs. Il s’est avéré qu’il en avait en réalité neuf, ce qui portait le nombre potentiel de bénéficiaires à plus de 20, et non trois. Le fait que les frères et sœurs, dont l’identité n’avait pas été divulguée, n’aient pas rendu visite à leur oncle pendant sa maladie ne constituait pas, en soi, un motif légal pour les exclure de la succession.
Les omissions peuvent être involontaires, souvent dues à des informations erronées sur l’arbre généalogique du client.
Lorsque les informations correctes sont établies, cela peut être un véritable « choc ». L’équipe de Mme Mullin a ainsi mis longtemps à retrouver l’acte de naissance du père d’un client, pour finalement découvrir qu’il était le fils, et non le frère, de l’aînée de la famille. Ses parents avaient alors fait passer son enfant pour le leur, une pratique courante en Irlande il y a plusieurs décennies. Cette découverte a obligé l’avocat du client à l’informer que ses droits légaux étaient affectés.
À l’heure des escroqueries en ligne, il peut être difficile de convaincre les héritiers potentiels de la légitimité de la démarche. Mme Mullin privilégie l’envoi de courriers, mais parfois les seules coordonnées disponibles sont une adresse e-mail ou un profil sur des réseaux professionnels comme LinkedIn.
Les Américains sont généralement « très méfiants », constate-t-elle. « Ils ont souvent déjà été victimes d’une arnaque. Nous persévérons, nous les renvoyons vers notre site web, notre équipe, et nous leur fournissons un maximum d’informations. »
Malgré tous les efforts déployés, la piste peut parfois s’éteindre. « Il arrive que quelqu’un soit parti aux États-Unis en 1910, qu’il ait utilisé un nom irlandais très courant, qu’il n’ait pas indiqué sa véritable date de naissance, et qu’il ait ensuite disparu sans laisser de trace de mariage ou de décès », explique-t-elle.
Dans ces cas, une assurance peut être souscrite pour couvrir le risque que cette personne ou ses descendants se manifestent ultérieurement pour réclamer leur part de l’héritage, protégeant ainsi le client de l’avocat et l’exécuteur testamentaire ou l’administrateur.
Mme Mullin insiste sur le fait que son entreprise fournit « un service essentiel ».
« Beaucoup de gens ont pu recevoir des héritages qu’ils n’auraient jamais perçus sans notre travail. En Angleterre, les Irlandais ne veulent pas que quelques livres sterling reviennent à l’État. Ils auraient dû faire un testament, mais ils ne l’ont pas fait. Heureusement, notre travail permet de garantir que ces fonds reviennent à leur famille en Irlande. Il est vraiment important que les gens fassent un testament et décident eux-mêmes de l’utilisation de leur argent. »
