Home MondeUn malaise en toile de fond avant la visite de Poutine en Inde

Un malaise en toile de fond avant la visite de Poutine en Inde

by Clara Dubois

Publié le 3 juin 2024 10:00:00. Malgré le contexte international tendu lié à la guerre en Ukraine, la Russie et l’Inde maintiennent un partenariat économique et stratégique solide, mais des nuages apparaissent à l’horizon avec l’évolution de la politique américaine.

  • Le président russe Vladimir Poutine effectue une visite en Inde les 27 et 28 juin pour le 23e sommet annuel Inde-Russie.
  • Les échanges commerciaux entre les deux pays ont plus que quadruplé depuis le début de la guerre en Ukraine, atteignant près de 70 milliards de dollars.
  • L’élection potentielle de Donald Trump à la Maison Blanche pourrait remettre en question cet équilibre, notamment en raison de menaces tarifaires et d’une approche diplomatique moins favorable à l’Inde.

Vladimir Poutine se rendra en Inde cette semaine pour un sommet annuel qui témoigne de la résilience des relations entre Moscou et New Delhi, même au plus fort des tensions internationales liées à la guerre en Ukraine. Cette visite, la première du président russe dans le pays depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine, vise à consolider le commerce et la coopération, en particulier dans les domaines du matériel militaire et de l’énergie.

Depuis 75 ans, l’Union soviétique puis la Russie ont été des partenaires fiables pour l’Inde, tant sur le plan politique que commercial, pendant et après la Guerre froide. En 2024, le Premier ministre indien Narendra Modi a qualifié la Russie d’« ami de tous les temps » lors d’une visite à Kazan. L’invasion de l’Ukraine n’a pas fondamentalement modifié cette donne. L’Inde a régulièrement appelé à une solution pacifique au conflit, tout en s’abstenant de condamner explicitement la Russie et en votant contre les résolutions et sanctions onusiennes à l’encontre de Moscou.

Ces dernières années, l’Inde a réussi à naviguer avec habileté entre ses relations avec la Russie et ses liens avec les États-Unis et l’Europe. L’administration Biden a exprimé son soutien à l’Ukraine et a exercé une pression diplomatique sur New Delhi pour qu’elle prenne ses distances avec Moscou. Cependant, Washington et ses alliés européens ont considéré l’Inde comme un partenaire géopolitique et stratégique essentiel en Asie, un contrepoids à l’influence croissante de la Chine, qu’ils ne souhaitaient pas pousser dans les bras de la Russie.

La guerre en Ukraine a paradoxalement profité au commerce russo-indien. En 2021-2022, les échanges commerciaux s’élevaient à environ 13 milliards de dollars (USD). En 2024-2025, ce chiffre a grimpé à près de 70 milliards de dollars (USD), soit une augmentation de plus de 400 % en trois ans. Lors du sommet, les deux parties devraient discuter d’un plan visant à atteindre 100 milliards de dollars (USD) d’échanges commerciaux annuels dans un avenir proche.

L’Inde est un important importateur d’équipements militaires russes de pointe, et une coopération accrue dans ce domaine est un sujet central des discussions. De même, les importations indiennes de pétrole russe ont considérablement augmenté, atteignant jusqu’à 35 % du total des importations de pétrole de l’Inde. Les sanctions occidentales imposées à la Russie ont permis à Moscou de trouver de nouveaux débouchés pour son pétrole brut, et l’Inde en a largement profité, en réexportant une partie de ce pétrole vers les pays européens.

Cependant, l’élection présidentielle américaine de novembre pourrait changer la donne. Donald Trump a déjà exprimé son scepticisme quant à l’aide apportée à l’Ukraine et a adopté une attitude plus ferme envers la Russie. Il a également menacé d’imposer des droits de douane punitifs sur les importations en provenance de l’Inde, ce qui pourrait nuire à l’économie indienne. En juillet 2023, il a même qualifié l’économie indienne de « morte ».

Les relations entre l’Inde et les États-Unis se sont considérablement détériorées sous la présidence Trump, sans qu’un accord commercial puisse être conclu. Les restrictions américaines en matière d’immigration ont également affecté la migration de main-d’œuvre indienne vers les États-Unis. De plus, Trump a exigé l’arrêt du commerce pétrolier russo-indien, accusant l’Inde de « blanchir de l’argent pétrolier du Kremlin » et de financer la guerre de Poutine. Cette rhétorique a été perçue en Inde comme hypocrite et condescendante.

La menace de nouvelles sanctions américaines et européennes pourrait inciter l’Inde à réduire ses importations de pétrole russe, ce qui compromettrait l’objectif de 100 milliards de dollars (USD) d’échanges commerciaux. Le sujet du pétrole et de l’énergie sera donc au cœur des discussions entre Poutine et Modi, d’autant plus que l’Inde augmente désormais ses importations de pétrole et de gaz naturel liquéfié (GNL) en provenance des États-Unis.

Le sommet Inde-Russie se déroulera dans un contexte de tensions géopolitiques majeures, mais le ton restera probablement bon, amical et respectueux, comme toujours lorsque les deux pays se rencontrent.

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