Publié le 18 janvier 2026 à 04h56. Presque la moitié des Suisses ont du mal à mettre de l’argent de côté. Le témoignage de René J., développeur web, illustre les difficultés persistantes à épargner, même avec un revenu confortable, en raison d’un passé marqué par l’insécurité financière.
En Suisse, la capacité à épargner est un défi pour près de 50 % de la population. René J.*, développeur web, en fait partie. Son parcours personnel explique en grande partie cette situation.
Enfant, René se souvient d’une atmosphère particulière à la maison. Ce n’était pas sa série télévisée préférée qui le maintenait éveillé, mais l’attente angoissante des sonneries à la porte, annonçant souvent des recouvrements de créances ou des saisies. « J’ai longtemps pensé que c’était normal », confie-t-il.
Aujourd’hui, René bénéficie d’un salaire moyen, environ 12 000 francs par mois avec sa compagne. Pourtant, il explique :
« Nous avons si peu de marge de manœuvre que nous payons nos impôts en plusieurs fois. »
René J.*
Il représente ainsi la moitié des Suisses qui ne parviennent pas à épargner, une situation qu’il attribue à un manque de ressources structurel hérité du passé.
Une pauvreté vécue
René a grandi dans un logement social. Sa famille travaillait, mais avec des revenus modestes. Enfant, il n’en avait pas conscience. Il n’a jamais manqué de nourriture et a même eu des jouets.
C’est pendant son apprentissage qu’il a pris conscience des inégalités. À l’école professionnelle, il a rencontré des camarades qui disposaient de cartes de crédit pour déjeuner et vivaient dans des villas. Lui, il avait seulement 60 francs par semaine.
C’est à ce moment-là qu’il a pris une décision : terminer sa formation et s’extraire d’une vie où chaque franc devait être dépensé avec précaution. « Je me suis juré de ne plus jamais revivre ça », affirme-t-il.
« Solde insuffisant »
Dès la fin de son apprentissage, René a emménagé et s’est offert ce qu’il désirait depuis longtemps : acheter des biens de consommation. Beaucoup. Ordinateurs, téléviseurs, gadgets, jeux vidéo… Souvent en plusieurs versements. Une phrase apprise de ses parents résonnait dans son esprit, une phrase qu’on ne trouve dans aucun manuel de finances personnelles : Ça ne devient problématique qu’après le troisième rappel.
Cette période a duré quelques années. Plus son salaire augmentait, plus il dépensait. Il lui est même arrivé de vouloir payer à la caisse et de voir sa carte refusée : « Solde insuffisant ».
Je ne voulais plus devoir remettre chaque centime : René J.Image : Watson
Aujourd’hui, il assure que cette période est révolue. Il paie désormais tout comptant, a annulé ses achats à crédit. Pourtant, le schéma de base persiste : tout ce qui entre repart.
Sa compagne partage le même profil, mais pour des raisons différentes. Elle a connu une enfance plus aisée, mais a développé une habitude d’achat compulsive. Ensemble, ils ont presque transformé cela en mode de vie.
Pourquoi épargner ?
Leur budget semble gérable : environ 2200 francs de loyer, 400 francs pour une voiture en leasing et 900 francs de primes d’assurance maladie. Le reste est englouti par les dépenses courantes : sorties, achats impulsifs, ce qui, selon René, « fait plaisir ».
Il précise : « Nous faisons nos courses sans nous poser de questions. » Ce confort a un revers : un manque de sécurité financière.
« Nous achetons sans souci » : René ne recherche pas explicitement des produits bon marché lorsqu’il achète de la nourriture.Image : Watson
D’autres se demandent comment dormir sur leurs deux oreilles sans épargner. René connaît le principe des trois mois de salaire. Mais il échoue à l’appliquer, souvent par manque de volonté. « Bien sûr, nous pourrions nous en passer », reconnaît-il. « Nous pourrions économiser plusieurs milliers de francs par mois et survivre. » Mais le couple se pose une autre question : dans quel but ?
Ils ne souhaitent pas d’enfants. L’acquisition d’une maison ne leur semble pas réaliste. C’est seulement lorsqu’il aborde le sujet de la retraite que René devient plus préoccupé. Il dispose d’un troisième pilier, mais ne le cotise pas à hauteur maximale. « En politique, tout le monde fait comme si l’AVS était sur le point de disparaître », dit-il. L’espoir de maintenir son niveau de vie à la retraite est mince.
René s’attend à bénéficier de prestations complémentaires à la retraite – et considère cela comme une forme de solidarité suisse. Il a même voté pour le financement des crèches, même s’il n’aura jamais d’enfants. « Si je contribue aujourd’hui, je peux aussi recevoir quelque chose demain », explique-t-il. Il ne s’agit pas d’un luxe, mais d’un minimum vital pour la vieillesse.
René fait partie de ces Suisses qui estiment que l’épargne est impossible. Mais pour lui, cela signifie surtout que l’épargne n’a pas de sens. Lorsque les objectifs à long terme semblent hors de portée, il ne reste que le présent – et il doit ressembler à une vie.
* (nom connu de la rédaction)
À lire aussi
