Publié le 29 septembre 2025 15:03:00. L’Équateur est secoué par une vague de protestations contre la hausse des prix du carburant, qui ont dégénéré en affrontements violents entre manifestants autochtones et forces de l’ordre, faisant au moins un mort et de nombreux blessés. La Confédération des nationalités autochtones de l’Équateur (Conaie) a décrété une grève nationale indéfinie.
- Un manifestant autochtone, Efraín Fuerez, a été tué par des tirs lors d’affrontements à Cotacachi, dans la province d’Imbabura.
- Les forces armées équatoriennes rapportent 17 de leurs troupes retenues et 12 blessées lors d’une embuscade.
- Le gouvernement accuse des groupes criminels, dont le Train de Aragua, d’être à l’origine des troubles et menace de poursuites pour terrorisme.
La mort d’Efraín Fuerez, survenue ce dimanche, a déclenché une escalade de la violence dans le cadre des manifestations contre l’augmentation des prix de l’essence et du diesel. Selon la Conaie, la victime aurait été “criblée de trois coups” tirés par des membres des forces armées. L’organisation exige une enquête immédiate et que justice soit rendue.
« Nous tenons Daniel Noboa responsable. Nous exigeons une enquête immédiate et une justice pour Efraín et sa communauté. »
Conaie
Des images diffusées sur les réseaux sociaux montrent des hommes en uniforme agressant des manifestants au sol, suscitant l’indignation. Parallèlement, les forces armées ont publié des vidéos de soldats blessés et pris en otage, dénonçant une “embuscade violente” menée par des “groupes terroristes infiltrés”. Le ministre du gouvernement, Zaida Rovira, a qualifié ces événements d'”embuscade lâche exécutée par des structures criminelles terroristes”.
Le gouvernement équatorien impute une partie de la responsabilité de la violence au groupe criminel vénézuélien Train de Aragua, que le président Daniel Noboa a désigné comme un facteur clé des mobilisations. Il a averti que les responsables de troubles à l’ordre public risquent jusqu’à 30 ans de prison pour terrorisme.
Les manifestations ont débuté mardi dernier, en réaction à une nouvelle augmentation des prix des carburants et à la suppression des subventions. Des mesures similaires avaient déjà provoqué des soulèvements en 2019 et 2022. La Conaie, qui a par le passé contribué à la chute de plusieurs présidents entre 1997 et 2005, dispose d’une forte capacité de mobilisation.
Pour tenter de maîtriser la crise, l’exécutif a décrété l’état d’exception dans huit des 24 provinces du pays et instauré des couvre-feux nocturnes dans cinq d’entre elles. Ces mesures n’ont cependant pas suffi à calmer le mécontentement. Les manifestants bloquent les routes avec des barricades et se heurtent directement aux forces de l’ordre dans différentes régions du pays.
La Conaie accuse le gouvernement de mener une “chasse sanglante contre le peuple”, dénonçant l’utilisation de “balles réelles, de dynamite et d’armes mortelles” contre les communautés autochtones. Elle a lancé un appel urgent aux Nations Unies et à la Commission interaméricaine des droits de l’homme pour qu’elles surveillent la situation.
L’organisation dénonce également des interruptions du signal téléphonique et de l’accès à Internet dans les zones de protestation, qu’elle considère comme une tentative de museler les voix dissidentes.
L’Organisation Alliance for Human Rights Equator signale au moins 48 blessés et 100 arrestations depuis le début des manifestations. Elle met en garde contre le risque de graves violations des droits de l’homme, notamment dans la province d’Imbabura où Efraín Fuerez a perdu la vie.
Le bureau du procureur équatorien a annoncé l’ouverture d’une enquête sur la mort du membre de la communauté autochtone. Les autorités judiciaires cherchent à recueillir des preuves et à déterminer les responsabilités dans l’utilisation d’armes à feu lors des affrontements.
Les communautés autochtones représentent environ 8 % de la population équatorienne, estimée à 17 millions d’habitants selon le dernier recensement, bien que certains chefs de mouvement avancent un chiffre de 25 % sur la base d’études anthropologiques.
La tension reste vive, avec la grève nationale en cours et une réponse gouvernementale axée sur la répression et le contrôle. L’issue de ce nouveau cycle de protestations pourrait avoir des conséquences importantes sur les politiques de subvention et les stratégies de dialogue entre l’État et les mouvements sociaux en Équateur.
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