Publié le 15 janvier 2026 à 20h11. Des chercheurs norvégiens ont mis au point un test rapide capable d’identifier les bactéries et leur résistance aux antibiotiques en seulement quelques heures, une avancée prometteuse dans la lutte contre l’antibiorésistance, un enjeu majeur de santé publique mondiale.
- Un test rapide développé par l’Université de l’Intérieur en Norvège permet d’identifier les bactéries et leur résistance aux antibiotiques en 3 à 4 heures, contre 2 à 4 jours avec les méthodes actuelles.
- Le test affiche une précision de 99 % et pourrait réduire l’utilisation d’antibiotiques à large spectre.
- Des essais concluants ont été menés sur des échantillons d’urine en Allemagne et en Norvège, et des tests sur des échantillons sanguins sont prévus.
Une équipe de recherche de l’Université de l’Intérieur a franchi une étape importante dans la lutte contre l’antibiorésistance en développant un outil de diagnostic rapide et précis. Ce test, capable d’identifier les bactéries pathogènes et leur sensibilité aux antibiotiques en un temps record, pourrait révolutionner la prise en charge des infections bactériennes.
« Nous avons désormais une méthode qui fonctionne très bien et qui nous donne une réponse en quatre heures. Elle nous indique quelles bactéries sont présentes et, surtout, quel type d’antibiotiques un médecin peut utiliser », explique le professeur Rafi Ahmad, de l’université Innlandet de Hamar.
L’objectif de cette recherche, menée depuis plusieurs années, est de fournir des réponses plus rapides et un traitement adapté le plus tôt possible. La résistance aux antibiotiques est en effet considérée comme l’une des plus grandes menaces pour la santé mondiale, rendant de plus en plus nombreuses les infections difficiles à traiter.
L’année dernière, l’Université de l’Intérieur a mené des tests sur des échantillons d’urine prélevés sur des patients d’un hôpital allemand. Des essais plus approfondis sont actuellement en cours à l’hôpital Innlandet de Hamar.

Des échantillons d’urine sont préparés pour des tests rapides à l’Université de Hamar. Les chercheurs ont réussi à réduire le délai d’obtention des résultats à quatre heures pour identifier le type de bactérie responsable de l’infection.
Photo : Knut Røsrud / NRK
« Totalement révolutionnaire »
Les premiers résultats sont très encourageants, selon le professeur Ahmad. La méthode traditionnelle de culture des bactéries avant de les tester prend en effet entre deux et quatre jours, retardant ainsi la mise en place d’un traitement adapté. En attendant, les médecins sont souvent contraints de prescrire des antibiotiques à large spectre, ce qui contribue à l’augmentation de la résistance bactérienne.

Le chef de section Nabeel Yousaf Khan de l’hôpital Innlandet de Hamar estime qu’une réponse plus rapide aux échantillons bactériens pourrait être révolutionnaire.
Photo : Knut Røsrud / NRK
« Être capable d’obtenir une réponse à un test en 3 à 4 heures changera complètement la façon dont nous traitons les patients », affirme le chef de section Nabeel Yousaf Khan à l’hôpital Innlandet de Hamar. « Cela nous permettra de prescrire le traitement adapté au type de bactérie et d’éviter l’utilisation systématique d’antibiotiques à large spectre. Ce serait une véritable révolution. »
Le développement de ce test a nécessité huit ans de recherche et a impliqué la création d’un logiciel capable d’analyser l’ADN bactérien.

L’hôpital Innlandet est situé à quelques mètres de l’université d’Innlandet à Hamar, facilitant les échanges d’échantillons d’urine pour la recherche.
Photo : Knut Røsrud / NRK
Une avancée prometteuse pour la santé publique
Bien que le test doive encore être automatisé pour être utilisé de manière systématique dans les hôpitaux, les chercheurs sont optimistes quant à son potentiel pour devenir une solution mondiale à l’antibiorésistance. De nombreux autres laboratoires de recherche dans le monde travaillent également sur des tests rapides de détection bactérienne.
Le professeur Truls E. Bjerklund Johansen, de l’Université d’Oslo, souligne l’importance de cette avancée : « Il ne s’agit pas seulement de la rapidité avec laquelle les bactéries peuvent être identifiées, mais aussi de la quantité d’informations que nous en apprenons sur leurs mécanismes de défense. La méthode développée à Hamar fournit des informations plus complètes que les autres tests rapides. »
Il ajoute que l’expertise de Rafi Ahmad, recruté en provenance d’Inde, a été déterminante pour le succès de ce projet. « En étant parmi les meilleurs dans un pays de 1,5 milliard d’habitants, on est forcément compétent. Il a également su tisser un vaste réseau national et international. »
Le Conseil norvégien de la recherche a apporté un soutien financier significatif à ce projet.

De nouveaux échantillons d’urine de l’hôpital Innlandet de Hamar doivent être testés.
Photo : Knut Røsrud / NRK
L’Université d’Innlandet prévoit désormais d’étendre les tests aux échantillons de sang, notamment à l’hôpital universitaire du Nord de Norvège à Tromsø. Cependant, l’analyse des échantillons sanguins est plus complexe que celle des échantillons d’urine.
« Le test nécessite actuellement une quantité disproportionnée de travail manuel en laboratoire. Pour qu’il puisse être utilisé de manière systématique, les analyses doivent être automatisées. C’est tout à fait possible, mais cela demande du travail et des investissements. Cela pourrait prendre de deux à cinq ans », explique le professeur Ahmad.
Il souligne que leur méthode présente l’avantage d’être à la fois rapide et moins coûteuse que les alternatives existantes. Il espère que les recherches menées à Hamar contribueront à trouver une solution à ce défi mondial majeur.
« Cette recherche peut permettre à la petite ville de Hamar de se faire connaître sur la scène internationale du diagnostic des infections. Nous pouvons en être fiers », conclut Rafi Ahmad.