Publié le 4 décembre 2025 à 15h41. Le président russe Vladimir Poutine effectue une visite officielle de deux jours en Inde, renforçant un partenariat stratégique de longue date alors que New Delhi cherche à équilibrer ses relations avec Moscou et Washington dans un contexte géopolitique en mutation.
- Vladimir Poutine rencontrera le Premier ministre indien Narendra Modi pour le 23e sommet annuel Inde-Russie.
- Les discussions porteront sur le commerce bilatéral, les transferts de main-d’œuvre indienne vers la Russie, et les ventes d’armes russes à l’Inde.
- Cette visite intervient dans un contexte de pressions américaines croissantes sur l’Inde pour qu’elle réduise ses liens avec Moscou.
La visite du président Poutine en Inde témoigne de la solidité d’une alliance forgée sur près de huit décennies, débutant peu après l’indépendance de l’Inde en 1947. L’Union soviétique, puis la Russie, ont été des partenaires clés du développement industriel indien et ont apporté un soutien diplomatique constant, notamment lors du conflit avec le Pakistan au sujet du Cachemire. En 1971, Moscou avait ouvertement soutenu New Delhi pendant la guerre avec Islamabad, contrairement aux États-Unis et à la Chine qui soutenaient ce dernier.
L’Inde est de loin le plus gros acheteur d’armes russes au monde, et la Russie fournit actuellement plus de 35 % des importations indiennes de pétrole brut. Les deux pays entretiennent également une coopération dans le domaine spatial, avec un accord signé en 2002 prévoyant une assistance russe pour les lancements spatiaux et la technologie des satellites. Des accords plus récents, notamment sur l’énergie nucléaire et la vente d’uranium, ont été conclus après l’arrivée au pouvoir de Narendra Modi en 2014.
Selon Dmitri Peskov, le secrétaire de presse du Kremlin, l’un des objectifs de cette visite est de « protéger notre commerce des pressions étrangères ».
« Nous devons protéger notre commerce des pressions étrangères. »
Dmitri Peskov, secrétaire de presse du Kremlin
Cette déclaration fait écho aux préoccupations de New Delhi face aux tarifs douaniers américains et à la volonté de diversifier ses partenariats économiques.
L’Inde se trouve dans une position délicate, cherchant à maintenir des relations étroites avec la Russie tout en renforçant son alliance stratégique avec les États-Unis.
« Les États-Unis peuvent faire pression sur l’Inde pour qu’elle réduise son engagement envers Moscou, mais l’Inde accorde trop d’importance à ses liens en matière de défense et d’énergie avec la Russie pour les compromettre. »
Harsh Pant, directeur du programme d’études stratégiques à l’Observer Research Foundation (ORF)
Selon Rajan Kumar, du Centre d’études russes de l’université Jawaharlal Nehru, la politique de l’administration Trump a créé un climat de méfiance envers les États-Unis et a accru l’importance de la Russie pour l’Inde. L’isolement de la Russie pourrait, selon lui, la rapprocher de la Chine, une perspective que New Delhi souhaite éviter.
Moscou, tout en entretenant des liens étroits avec Pékin, se méfie de l’influence croissante de la Chine sur la scène géopolitique. C’est pourquoi, selon Kumar, la Russie encourage activement la participation de l’Inde à des forums multilatéraux tels que l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) et les BRICS (BRICS), afin de contrebalancer l’influence chinoise en Eurasie.
La visite de deux jours de Vladimir Poutine fournira des indications précieuses sur les priorités de politique étrangère de l’Inde et de la Russie, alors que la dynamique du pouvoir mondial continue d’évoluer.
« Les États-Unis ne peuvent pas dicter la politique étrangère de l’Inde. Nous devons nous adapter et résister. »
Kanwal Sibal, ancien ministre indien des Affaires étrangères et ambassadeur en Russie
New Delhi et Washington négocient actuellement un accord commercial visant à réduire les droits de douane et à répondre aux préoccupations américaines concernant le déficit commercial avec l’Inde. Un accord historique de 860 millions d’euros entre la société américaine GE Aerospace et le constructeur indien d’avions de combat Hindustan Aeronautics Limited (HAL) est également en cours de discussion.
Malgré ces développements, l’Inde semble déterminée à poursuivre sa coopération en matière de défense avec les États-Unis tout en maintenant des liens stratégiques forts avec la Russie, démontrant ainsi une politique étrangère pragmatique et axée sur ses propres intérêts.
