Publié le 6 novembre 2025 à 16h16. La concurrence s’intensifie sur le marché des prêts hypothécaires en Argentine, avec une nouvelle baisse des taux d’intérêt annoncée par la banque ICBC, après une initiative similaire de BBVA, dans un contexte de reprise progressive du secteur immobilier.
- La banque ICBC réduit ses taux d’intérêt de 2 points à partir du 7 novembre.
- C’est la deuxième baisse de taux cette année, après celle de BBVA.
- Le nombre de prêts hypothécaires a atteint des niveaux inégalés depuis plus de sept ans.
La banque ICBC va abaisser ses taux d’intérêt de 2 points à compter de ce vendredi 7 novembre, dans une stratégie visant à attirer de nouveaux emprunteurs et à soutenir la reprise du marché immobilier argentin. Cette décision fait suite à une première baisse de taux initiée par BBVA il y a quelques semaines, signalant une intensification de la concurrence dans le secteur.
Selon les données de la Fondation Tejido Urbano, le marché des prêts au logement montre des signes d’amélioration. Entre janvier et septembre, 31 500 prêts hypothécaires ont été accordés, portant le nombre total d’opérations à 42 500 depuis mars 2024 – un chiffre qui n’avait pas été atteint depuis plus de sept ans.
Les nouvelles conditions proposées par ICBC sont les suivantes : un taux d’intérêt annuel de 11 % pour les clients justifiant de revenus versés sur leur compte auprès de l’établissement, et de 12 % pour les autres (contre 13 % et 14 % auparavant). Le financement proposé peut atteindre jusqu’à 75 % de la valeur du bien, pour des durées de 15 et 20 ans, avec un montant maximum de 360 millions de pesos. Ces prêts sont destinés à l’achat d’une maison individuelle, à la construction ou à la rénovation, et sont ajustés par UVA (Unidades de Valor Adquisitivo), pouvant être gérés en personne ou en ligne.
Selon des sources internes à la banque, cette réduction vise à « accompagner la tendance à la baisse observée sur le marché financier et à élargir l’accès au crédit hypothécaire ».
Cette initiative d’ICBC s’inscrit dans la continuité de la démarche initiée par BBVA, qui a été la première banque privée à réduire ses taux hypothécaires après les élections. Dans le cas de BBVA, l’intérêt est passé de 10,5 % à 7,5 % par an pour les clients percevant leur salaire dans l’établissement.
À l’inverse, la Banque Nationale a procédé à une augmentation de ses taux il y a quelques semaines. Son Taux Nominal Annuel (TNA) est passé de 4,5 % à 6 % pour les clients justifiant de revenus, et de 8 % à 12 % pour les autres. Malgré cet ajustement, la Banque Nationale reste le leader du marché, avec 40 % des prêts immobiliers accordés depuis le relancement du programme en 2024.
Un prêt de 100 000 dollars américains sur 30 ans est ainsi passé d’un coût initial d’environ 650 dollars à environ 710 dollars, illustrant l’impact de cette augmentation.
Selon Andrés Salinas, économiste et professeur à l’Université Nationale de La Matanza (Unlam), la réduction des taux par ICBC « est une manœuvre visant à gagner des parts de marché dans un secteur en expansion, où les banques privées tentent de concurrencer les leaders du marché, notamment la Banque Nationale ».
« On observe un effet de contagion : si une entité baisse ses taux, les autres sont incitées à revoir leurs conditions. Mais il reste à voir si cette tendance pourra être maintenue sans une plus grande stabilité des indicateurs financiers. »
Andrés Salinas, économiste et professeur à l’Université Nationale de La Matanza (Unlam)
Salinas ajoute que « les banques privées semblent disposées à prendre des risques pour attirer de nouveaux clients, en particulier ceux de la classe moyenne, dans un contexte où le crédit est redevenu un outil d’investissement visible ».
Il nuance toutefois cette tendance en soulignant que « ces baisses de taux sont tactiques et non structurelles ; elles reflètent davantage une concurrence commerciale qu’une amélioration fondamentale du coût de l’argent ».
« Le défi est de savoir si le système financier pourra soutenir cette politique dans la durée et si les crédits ne dépendront pas de décisions marketing ou économiques ponctuelles », a-t-il déclaré. « Sinon, la reprise pourrait ralentir si les banques resserrent à nouveau les conditions ou si l’inflation s’accélère dans les mois à venir. »
Selon le Moniteur de crédit hypothécaire de la Fondation Tejido Urbano, le marché reste dynamique, bien que les banques fassent preuve de prudence. En septembre, les opérations se sont élevées à 345,5 millions de dollars américains, portant le cumul annuel à 2 263 millions de dollars américains.
« Le crédit hypothécaire en Argentine continue d’afficher des niveaux d’activité élevés, supérieurs à ceux de 2024, même si les dernières statistiques reflètent un resserrement progressif des conditions financières », explique Fernando Álvarez de Celis, directeur exécutif de la fondation.
L’enquête révèle que le taux moyen du système s’établit à 6,39 %, avec une durée moyenne de 24 ans, et que le montant moyen des prêts s’élève à 92 015 dollars américains pour la ville de Buenos Aires et à 99 156 dollars américains pour la province, en accord avec les opérations portant sur des logements de moindre valeur.
Álvarez de Celis précise que « le marché maintient un flux d’opérations stable, avec un léger ajustement des montants et une plus grande diversification des destinations de crédit, qui incluent aujourd’hui des extensions et des améliorations de logements en plus de l’achat de nouveaux logements ».
Selon le rapport, jusqu’à présent cette année, 17 157 actes avec hypothèque ont été enregistrés dans la province de Buenos Aires et 10 827 dans la ville, pour un total de 27 984 opérations, représentant respectivement 16,9 % et 21 % du total des ventes.
« Le crédit hypothécaire s’est consolidé comme un outil clé pour stimuler la construction et soutenir le marché immobilier, même s’il dépend encore de l’évolution macroéconomique et de la confiance dans la monnaie locale », conclut Álvarez de Celis.