Home MondeUne autre résolution ? Les chrétiens de Jérusalem appellent à une paix juste

Une autre résolution ? Les chrétiens de Jérusalem appellent à une paix juste

by Clara Dubois

Publié le 20 novembre 2023 à 20h53. Une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU, visant à instaurer un cessez-le-feu à Gaza et à préparer une future stabilisation, suscite de vives critiques de la part de responsables religieux et de la société civile chrétienne à Jérusalem, qui dénoncent un manque de vision globale et une conditionnalité inacceptable de l’autodétermination palestinienne.

  • La résolution 2803 du Conseil de sécurité de l’ONU, adoptée lundi 17 novembre, prévoit la création d’un « Conseil de la paix » sous la direction des États-Unis pour superviser une force internationale de stabilisation.
  • Des chefs religieux palestiniens estiment que cette résolution, malgré un cessez-le-feu qui a permis de réduire le nombre de victimes (environ 250 Gazaouis tués et 650 blessés depuis son entrée en vigueur), ne s’attaque pas aux causes profondes du conflit et ignore la situation en Cisjordanie.
  • Les signataires de la déclaration dénoncent une approche coloniale et une conditionnalité de l’autodétermination palestinienne qui, selon eux, perpétuent l’inégalité et l’occupation.

La résolution 2803 du Conseil de sécurité de l’ONU, adoptée par 13 voix sur 15 (la Russie et la Chine s’étant abstenues), a été élaborée sous l’égide de l’administration américaine. Elle vise à établir un mécanisme de stabilisation à Gaza, mais suscite de profondes inquiétudes parmi les acteurs chrétiens de Jérusalem. Ces derniers estiment que, si la résolution peut apporter une amélioration marginale de la situation humanitaire – « moins de génocide, moins de domicides, moins de déplacements et moins de démantèlement des quelques institutions palestiniennes qui subsistent encore » – elle ne répond pas aux aspirations légitimes du peuple palestinien.

La principale critique formulée par les signataires de la déclaration concerne la conditionnalité de l’autodétermination palestinienne. La résolution subordonne en effet l’exercice de ce droit à des « réformes » palestiniennes, dont la nature et les objectifs sont jugés suspects. « Les réformes envisagées visent-elles à mettre fin à la corruption et à la mauvaise administration ou cherchent-elles à imposer l’acceptation des contraintes israéliennes et américaines sur l’autodétermination ? » s’interrogent-ils. Ils insistent sur le fait que le droit à l’autodétermination ne peut être conditionné, en particulier par ceux qui l’ont entravé pendant des décennies, et qu’il doit découler d’un processus démocratique libre de toute ingérence.

Au-delà de cette conditionnalité, les critiques portent sur le caractère même de la gouvernance envisagée pour Gaza. La perspective d’une administration par des étrangers, sous la direction des États-Unis, est perçue comme une forme de néocolonialisme. Les signataires soulignent également le manque de vision globale de la résolution, qui se concentre exclusivement sur la situation à Gaza tout en ignorant les réalités complexes de la Cisjordanie, notamment le démantèlement violent des camps et villages de réfugiés palestiniens, la violence des forces israéliennes et des colons, et les obstacles à la vie quotidienne des Palestiniens. Ils rappellent que le conflit n’a pas commencé le 7 octobre 2023, mais qu’il a des racines profondes dans l’histoire et dans la politique coloniale britannique, notamment avec la Déclaration Balfour de 1917 et le plan de partition de l’ONU de 1947.

La déclaration appelle à une refondation des relations entre Juifs et Palestiniens, basée sur l’égalité, la justice et le respect mutuel. Elle reconnaît le lien des Juifs avec la terre d’Israël, mais souligne que ce lien n’est pas exclusif et ne saurait justifier la dépossession, la répression et l’occupation. Les signataires plaident pour une société multiculturelle et pluraliste, où tous les habitants de la Palestine/Israël pourraient vivre en paix et en sécurité. Ils estiment qu’il n’y a pas d’avenir possible sans une remise en question profonde de la situation actuelle et sans une volonté de justice et de réconciliation.

Les signataires de la déclaration comprennent :

Patriarche latin de Jérusalem Michel Sabbah (émérite),

Mgr Attallah Hanna, archevêque grec orthodoxe,

Évêque luthérien de Terre Sainte Munib Younan (émérite),

David Neuhaus SJ, Institut biblique pontifical, Jérusalem

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