Publié le 14 novembre 2025 à 14h31. Des chercheurs ont identifié des indices potentiels permettant de distinguer les dinosaures mâles des femelles en analysant des blessures spécifiques observées sur les vertèbres de la queue des hadrosaures, des herbivores à bec de canard ayant vécu il y a des millions d’années.
- Des fractures répétées à la base de la queue des hadrosaures pourraient être liées à l’accouplement.
- L’étude, basée sur l’analyse de près de 500 vertèbres, révèle un schéma de blessure constant.
- Cette découverte pourrait ouvrir de nouvelles perspectives en paléontologie pour mieux comprendre le dimorphisme sexuel chez les dinosaures.
L’identification du sexe chez les dinosaures est un défi majeur pour les paléontologues, en raison de la rareté des tissus mous conservés dans les fossiles. Les différences anatomiques observées sont souvent interprétées comme des variations liées à l’âge ou à l’espèce, rendant difficile la distinction entre mâles et femelles. Une nouvelle étude, publiée dans la revue iScience, propose une piste prometteuse : l’analyse des blessures à la queue des hadrosaures.
Depuis des décennies, les paléontologues observent des marques de lésions sur les fossiles d’hadrosaures. Ces blessures se manifestent par des fractures, des os asymétriques et un gonflement à l’arrière de la base de la queue. Ce qui frappe, c’est la régularité de ce schéma de fracture, retrouvé sur de nombreux spécimens provenant de différents sites et espèces.
Selon le Dr Filippo Bertozzo, de l’Institut royal des Sciences naturelles de Belgique, ces lésions pourraient être la conséquence de l’accouplement. Il suppose que le mâle, lors de la copulation, se positionnait sur le dos de la femelle de manière oblique, exerçant une pression sur la base de sa queue et provoquant ainsi la blessure.
Pour étayer cette hypothèse, les chercheurs ont analysé près de 500 vertèbres caudales provenant de musées d’Amérique du Nord, d’Europe et de Russie. Les résultats confirment la présence constante de ce motif de fracture spécifique au milieu de la base de la queue. De plus, la majorité de ces fractures ne sont pas mortelles, les os présentant des signes de guérison, et certains étant même fracturés à nouveau après la première guérison, suggérant que les femelles étaient capables de survivre à ces blessures répétées.
Le Dr Albert Prieto-Márquez, de l’Université autonome de Barcelone, qualifie ce type de blessure de « véritable signal biologique », tout en soulignant la nécessité de preuves supplémentaires pour confirmer cette hypothèse. Les scientifiques continuent de rechercher d’autres indicateurs, tels que la présence de tissu osseux médullaire, un tissu temporaire qui apparaît chez les femelles juste avant la ponte. Une découverte de ce type avait été faite sur un fossile de Tyrannosaurus rex en 2016, mais de tels cas restent rares.
Si cette hypothèse est validée, elle pourrait révolutionner la paléontologie. Les chercheurs pourraient alors distinguer les fossiles d’hadrosaures mâles des femelles, ce qui permettrait d’évaluer plus précisément les variations de forme des crêtes ou des huppes, potentiellement liées au sexe. Il est même possible que certaines espèces considérées jusqu’à présent comme distinctes ne soient en réalité que des variations sexuelles d’une même espèce.
L’équipe de recherche prévoit d’étendre son étude aux fossiles de Chine et d’Amérique du Sud. Elle utilisera également des simulations informatiques avancées pour modéliser les mouvements de la queue et le volume des muscles impliqués lors de l’accouplement. L’objectif est de déterminer si des schémas de blessures similaires se retrouvent chez d’autres groupes de dinosaures, comme les sauropodes à long cou.
Le Dr Yoshitsugu Kobayashi, du Musée de l’Université d’Hokkaido, salue cette recherche comme une avancée majeure en paléobiologie. Il estime que les blessures osseuses peuvent enregistrer des « traces de la vie privée » des dinosaures, révélant des aspects intimes de leur comportement. Source originale
Steve Brusatte, de l’Université d’Édimbourg, reconnaît la solidité de la recherche, tout en soulignant les incertitudes inhérentes à l’interprétation du comportement des dinosaures à partir de fossiles. Cependant, il conclut que, si elle est confirmée, cette découverte permettrait de reconstituer une histoire d’amour perdue dans le mystère du passé. Plus d’informations sur Suara.com
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