Home DivertissementUne chanteuse iranienne s’affiche sans voile: 74 coups de fouet

Une chanteuse iranienne s’affiche sans voile: 74 coups de fouet

by Antoine Girard
Les détails de la condamnation à Qom

Un tribunal de la province de Qom a condamné la chanteuse iranienne Parastoo Ahmadi et huit membres de son équipe à 74 coups de fouet chacun, selon des rapports de juin 2026. Cette sentence sanctionne la diffusion d’un concert sur YouTube en décembre 2024 où l’artiste s’était produite sans porter le hijab.

Les détails de la condamnation à Qom

La sentence prononcée par le tribunal pénal de la province de Qom ne se limite pas aux châtiments corporels. Vietnam.vn rapporte que Parastoo Ahmadi et son équipe sont également frappés d’une interdiction de voyager et d’une suspension de toute activité artistique pour une durée de deux ans.

Les détails de la condamnation à Qom

Le nombre exact de condamnés varie selon les sources. Si Watson.ch mentionne la chanteuse et sept autres artistes, d’autres rapports font état de neuf personnes au total. Tous ont été initialement placés en détention provisoire peu après la diffusion de la vidéo avant d’être libérés sous caution.

La ville de Qom, centre névralgique des études théologiques chiites et pôle religieux majeur de l’Iran, est connue pour l’application rigoureuse des lois basées sur la charia. Le verdict rendu dans cette juridiction reflète une volonté de maintenir un contrôle strict sur les mœurs, particulièrement dans une région où l’influence du clergé est prédominante.

Un concert YouTube devenu acte criminel

L’affaire trouve son origine le 11 décembre 2024. Ce jour-là, la chanteuse de 29 ans a diffusé en direct un concert solo sur sa chaîne YouTube, qui rassemble plus de 67 700 abonnés. La performance, enregistrée dans un caravansérail traditionnel sur une scène décorée d’un tapis persan, a été visionnée entre 2,9 et 3 millions de fois.

Le choix du lieu, le caravansérail — ancienne auberge servant de relais aux caravanes sur la route de la soie —, souligne un contraste entre l’héritage culturel historique de l’Iran et les restrictions contemporaines. L’utilisation de YouTube, plateforme officiellement bloquée en Iran et accessible uniquement via des outils de contournement comme les VPN, a amplifié la portée internationale de la performance et, par extension, la visibilité de la transgression aux yeux des autorités.

Un concert YouTube devenu acte criminel
Photo: JForum

L’esthétique du concert a été au cœur des reproches. Vêtue d’une robe noire bustier, les cheveux lâchés et les lèvres maquillées en rouge, Ahmadi a interprété la chanson patriotique As Khoone Javane Vatan (« Du sang des jeunes de la patrie »). Elle était accompagnée de quatre musiciens vêtus de noir.

Pour les autorités iraniennes, cette mise en scène constitue un outrage à la morale publique. La diffusion de contenus jugés « vulgaires et immoraux » a conduit à l’inculpation de l’ensemble de l’équipe de production, incluant les techniciens et les musiciens ayant participé à l’enregistrement.

Les fondements juridiques contestés

Le verdict s’appuie sur plusieurs piliers du droit iranien. Selon JForum, les artistes ont été inculpés sous l’article 638 du Code pénal islamique, sanctionnant les actes contraires à la décence publique, ainsi que l’article 743 de la loi sur les crimes informatiques, qui interdit la promotion de contenus immoraux via les réseaux numériques.

En Iran, la chanteuse Parastoo Ahmadi se produit sans voile lors d’un concert et défie le régime

L’application de la loi sur les crimes informatiques permet au système judiciaire iranien d’étendre sa compétence au-delà du territoire physique, sanctionnant la production et la diffusion de contenus numériques qui seraient jugés contraires aux valeurs islamiques. Cette approche transforme l’acte de publication sur Internet en un délit pénal distinct de l’acte physique de ne pas porter le voile.

La défense, menée par l’avocat Mohammad Hadi Jafarpour, conteste fermement cette qualification. Jafarpour soutient que le chant féminin n’est pas explicitement criminalisé par la loi iranienne et que les interprétations actuelles sont sans fondement.

« Le fait pour une femme de chanter, d’interpréter de la musique , de composer ou de diffuser des œuvres musicales n’est pas considéré comme un crime en vertu du droit pénal iranien. Par conséquent, ces activités ne peuvent être qualifiées de “production, distribution ou diffusion de contenu obscène”. »

Moein Khazaeli, avocat spécialisé dans les droits de l’homme au sein de Dadban

La réaction des défenseurs des droits humains

Cette condamnation est perçue par les observateurs internationaux comme un signal de durcissement du contrôle gouvernemental sur le secteur culturel. Bahar Ghandehari, directrice du plaidoyer au Centre pour les droits de l’homme en Iran, estime que cette sanction rappelle que la situation des droits humains dans le pays reste inchangée, malgré les efforts de communication de Téhéran.

La réaction des défenseurs des droits humains

L’affaire s’inscrit dans un contexte de tensions persistantes concernant le port obligatoire du hijab, exacerbées depuis les mouvements de contestation sociale. Les sanctions corporelles, comme les coups de fouet, font partie des peines prévues par le Code pénal pour les infractions liées à la moralité et à la religion. Ces peines visent non seulement à punir l’individu, mais aussi à dissuader d’autres artistes de remettre en cause les normes vestimentaires imposées.

L’affaire souligne la précarité des artistes en Iran, particulièrement les femmes, pour qui toute transgression vestimentaire peut entraîner des sanctions corporelles. La rigidité des lois sur la moralité transforme ici une œuvre artistique en un délit pénal grave.

L’exécution des 74 coups de fouet et l’application des interdictions professionnelles marquent une nouvelle étape dans la répression des expressions artistiques non conformes aux normes religieuses et sociales en vigueur.

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