Wentworth-Nord, dans les Laurentides, se bat pour ouvrir une clinique de santé coopérative, mais se heurte à une pénurie cruciale de personnel médical. Malgré une mobilisation locale de deux ans et la préparation des locaux, la coopérative peine à recruter des médecins ou des infirmières praticiennes spécialisées (IPS).
La future clinique, dont l’ouverture est annoncée par une banderole depuis plusieurs mois, compte déjà 200 membres et un conseil d’administration actif. Un local a été mis à disposition par un donateur, et des travaux d’aménagement ont permis de créer cinq bureaux, l’équipement devant être livré prochainement, selon Richard Daoust, le président de la coopérative.
« Au départ, on cherchait un médecin à temps partiel, quelqu’un qui a son chalet ici, qui souhaite prendre une préretraite, qui en a assez de travailler cinq jours par semaine », explique M. Daoust. « Mais à ce stade, je n’ai pas réussi à en trouver, et je suis désolé de le dire. »
La coopérative aurait pu se tourner vers une infirmière praticienne spécialisée (IPS) ou une infirmière clinicienne, une option qui semblait plus accessible. Cependant, cette alternative s’est également révélée infructueuse.
Pierre Gagné, président de la chambre de commerce de Wentworth-Nord, souligne les difficultés rencontrées. « Les astres sont en train de s’aligner, mais on aimerait que ça s’aligne un peu plus vite », a-t-il déclaré.
David Levine, ancien homme politique et gestionnaire d’établissements de santé, met en évidence un problème plus large au Québec. « Il y a beaucoup de médecins qui prennent leur retraite et il n’y a pas assez de jeunes médecins », constate M. Levine, qui est également vice-président de la coopérative. Il ajoute : « On serait prêt à accueillir une IPS à temps partiel, à raison de deux jours et demi par semaine, et on serait très heureux. » Il explique que les conventions collectives imposent un emploi à temps complet pour l’embauche d’une IPS dans le réseau public.
La coopérative a même proposé au Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) des Laurentides de faire appel à une infirmière bachelière en tant que gestionnaire de cas, pour l’enregistrement et l’orientation de la clientèle après un triage.
M. Levine critique la structure bureaucratique actuelle et le manque de flexibilité des conventions collectives, qui entravent l’innovation et l’adaptation aux besoins locaux.
Karine Dostie, la mairesse de Wentworth-Nord, rappelle que la majorité des résidents n’ont pas de médecin de famille, et que beaucoup sont des personnes âgées. Elle observe que ces aînés ont tendance à repousser leurs consultations, par réticence à parcourir de longues distances pour consulter un médecin.
« L’aîné va attendre que le problème devienne urgent avant d’être pris en charge », déplore-t-elle. « Avoir des services de proximité permettrait probablement de désengorger les urgences. »
Lisa-Marie Tassé, médecin à la coopérative de santé voisine de Saint-Adolphe d’Howard et Morin-Heights, confirme ce constat. « Les gens qui ne peuvent pas se déplacer facilement, comme les personnes âgées, peuvent venir ici en cinq minutes au lieu de se rendre à l’urgence, que ce soit à Sainte-Agathe ou à Saint-Jérôme. »
Cette situation est représentative de la réalité dans l’ensemble des Laurentides, où l’arrivée de nombreux retraités accentue la pression sur le système de santé.
La Fédération québécoise des coopératives de santé (FQCS) réclame 2,1 millions de dollars (environ 1,4 million de dollars américains) annuellement pour soutenir les 40 coopératives de santé du Québec. « Nous demandons au gouvernement de contribuer à hauteur de 15 % des coûts d’opération », indique François Allaire, directeur de la FQCS. Il souligne l’importance de reconnaître le rôle des coopératives dans la lutte contre la désertification médicale. La FQCS déplore l’absence de réponse de Santé Québec à ses demandes de rencontres pour présenter le modèle coopératif.
Le financement des coopératives de santé repose principalement sur les loyers perçus auprès des professionnels de la santé et sur les cotisations des membres. La Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) rémunère les professionnels de la santé.