Publié le 17 octobre 2024 14h30. L’ancien Premier ministre japonais Tomiichi Murayama, figure clé de la reconnaissance par le Japon de son rôle durant la Seconde Guerre mondiale, est décédé à l’âge de 101 ans. Son héritage est indissociable de la « Déclaration de Murayama » de 1995, un texte historique exprimant les remords du Japon pour son passé colonial et ses actions guerrières.
- Tomiichi Murayama est décédé le 17 octobre 2024 dans un hôpital de sa ville natale, Oita, préfecture d’Oita, au Japon.
- Il est surtout connu pour avoir prononcé la « Déclaration de Murayama » en 1995, qui reconnaissait la responsabilité du Japon dans la guerre et exprimait des excuses aux pays victimes de l’expansionnisme japonais.
- Son parcours politique atypique, issu d’un milieu modeste, l’a mené à diriger un gouvernement de coalition et à prendre des décisions marquantes, notamment sur la constitutionnalité des Forces d’autodéfense.
Né en 1924 dans une famille de pêcheurs, Tomiichi Murayama a débuté son engagement politique au sein du mouvement syndical. Élu à la Chambre des représentants en 1972 sous les couleurs du Parti socialiste, il y siégea pendant huit mandats. Son ascension au poste de Premier ministre en 1994 fut le fruit d’une coalition inédite entre le Parti libéral-démocrate (PLD), le parti Sakigake et le Parti socialiste, une configuration politique rare dans l’histoire du Japon.
Son mandat, bien que court, fut marqué par des choix audacieux et controversés. Murayama reconnut la constitutionnalité des Forces d’autodéfense, rompant ainsi avec la ligne traditionnelle du Parti socialiste, et confirma son attachement à l’alliance de sécurité américano-japonaise. Mais c’est surtout la « Déclaration de Murayama », publiée le 15 août 1995, à l’occasion du 50e anniversaire de la fin de la guerre, qui a durablement gravé son nom dans l’histoire.
« La domination coloniale et l’invasion ont causé de grands dommages et souffrances à de nombreux pays, en particulier aux empires asiatiques. Afin d’éviter de futures erreurs, j’accepte humblement ce fait incontestable de l’histoire et j’exprime ici une fois de plus mes plus profonds regrets et mes sincères excuses à toutes les victimes, tant internes qu’externes, de cette histoire. J’offre mes plus sincères condoléances. »
Tomiichi Murayama, Déclaration du 15 août 1995
Cette déclaration, première du genre émanant d’un gouvernement japonais, reconnaissait explicitement la responsabilité du Japon dans la guerre et exprimait des « profonds remords et des excuses » aux peuples des pays touchés. Elle devint rapidement une référence en matière de reconnaissance historique et fut citée dans la déclaration conjointe Kim Dae-jung-Obuchi de 1998, marquant une étape importante dans les relations entre la Corée et le Japon.
Les gouvernements japonais successifs, dont ceux de Ryutaro Hashimoto, Keizo Obuchi, Junichiro Koizumi et Shinzo Abe, ont réaffirmé leur attachement à l’esprit de la Déclaration de Murayama. Cependant, l’interprétation et l’application de ce texte ont parfois été sujettes à controverse. En 2015, Shinzo Abe fut critiqué pour avoir atténué le ton de la déclaration, en utilisant un langage plus évasif et en évitant les termes clés tels que « domination coloniale » et « invasion ».
Au-delà de la question historique, Tomiichi Murayama s’est également distingué par son engagement en faveur des populations vulnérables. Il promulgua notamment une loi sur la protection contre l’exposition aux radiations et apporta une aide aux victimes de la maladie de Minamata. Son mandat fut toutefois ébranlé par une série de catastrophes, dont le tremblement de terre de Hanshin-Awaji en janvier 1995, l’attentat au gaz sarin perpétré par Aum Shinrikyo dans le métro de Tokyo et le détournement du vol 857 d’All Nippon Airways (ANA).
Après une défaite cuisante du Parti socialiste aux élections à la Chambre des conseillers en juillet 1995, Murayama démissionna de son poste de Premier ministre en janvier 1996. Il continua ensuite à s’impliquer dans la vie politique, devenant le premier chef du Parti social-démocrate et effectuant un voyage en Corée du Nord en 1999 avant de se retirer définitivement de la scène politique l’année suivante.
Surnommé « Ton-jjang » en raison de ses sourcils épais et de sa personnalité affable, Tomiichi Murayama restera dans les mémoires comme un Premier ministre proche du peuple et un artisan de la paix en Asie de l’Est.
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