Publié le 9 octobre 2025 à 20h00. Une étude danoise remet en question l’efficacité du tramadol, un antalgique opioïde couramment prescrit pour les douleurs chroniques, en soulignant que ses bénéfices pourraient être surpassés par des risques accrus d’effets indésirables graves.
- Le tramadol, bien qu’associé à une légère amélioration de la douleur chronique, n’atteint pas le seuil d’une amélioration cliniquement significative.
- L’étude révèle un risque accru d’événements indésirables graves, notamment cardiaques et tumoraux, chez les patients traités au tramadol.
- Les chercheurs suggèrent de reconsidérer l’utilisation du tramadol pour la douleur chronique et de privilégier des alternatives plus sûres.
Longtemps considéré comme une option opioïde plus douce, le tramadol est désormais l’objet d’un examen plus approfondi. Une récente méta-analyse, menée par des chercheurs du Centre de recherche sur les interventions cliniques du Rigshospitalet à Copenhague, au Danemark, suggère que les avantages de ce médicament dans le traitement de la douleur chronique pourraient ne pas justifier les risques potentiels.
L’étude, publiée le 7 octobre 2025, a analysé les données de 19 essais cliniques randomisés et contrôlés par placebo, impliquant un total de 6 506 participants. Les résultats indiquent que le tramadol entraîne une amélioration statistiquement significative des scores de douleur chronique (différence moyenne sur l’échelle d’évaluation numérique, ou ENR, de -0,93 point ; intervalle de confiance à 97,5 %, de -1,26 à -0,60 ; P < 0,0001). Cependant, les chercheurs soulignent que cette amélioration est faible et inférieure à la différence minimale importante prédéfinie de 1,0 point sur l'ENR, ce qui remet en question sa pertinence clinique.
L’analyse a également révélé un effet nocif du tramadol sur les événements indésirables graves, avec un rapport de cotes de 2,13 (intervalle de confiance à 97,5 %, de 1,29 à 3,51 ; P = 0,001). Cette constatation est principalement liée à une incidence plus élevée d’événements cardiaques et de néoplasmes chez les patients recevant du tramadol.
« Le tramadol peut avoir un léger effet sur la réduction de la douleur chronique (faible certitude des preuves) tout en augmentant probablement le risque d’événements indésirables graves (certaine des preuves) et non graves (très faible certitude des preuves) », ont écrit les auteurs de l’étude.
Barakji JA et al.
L’étude s’inscrit dans un contexte d’augmentation significative de la consommation de tramadol à l’échelle mondiale. Entre 1990 et 2009, 11 758 millions de doses quotidiennes définies (DDD) de tramadol (1 DDD = 300 mg) ont été consommées dans le monde. Cette augmentation est attribuée à la perception d’avantages, notamment un profil d’effets indésirables jugé favorable et la croyance que le tramadol est moins addictif que d’autres opioïdes à courte durée d’action.
Cependant, les chercheurs mettent en garde contre cette perception, soulignant que les preuves suggèrent que le tramadol présente un risque comparable, voire plus élevé, de transition d’une utilisation aiguë à une utilisation prolongée par rapport aux autres opioïdes à courte durée d’action.
En conclusion, les auteurs de l’étude recommandent de reconsidérer l’utilisation du tramadol pour le traitement de la douleur chronique, en privilégiant des alternatives plus sûres et en menant des essais de haute qualité pour mieux évaluer son profil risque-bénéfice.
