Home SantéUne nouvelle étude établit un lien entre un édulcorant courant et une augmentation immédiate et significative du risque de crise cardiaque et d’accident vasculaire cérébral

Une nouvelle étude établit un lien entre un édulcorant courant et une augmentation immédiate et significative du risque de crise cardiaque et d’accident vasculaire cérébral

by Sophie Martin

Publié le 31 décembre 2025 à 16h54. Une seule boisson gazeuse contenant de l’érythritol pourrait altérer le fonctionnement des vaisseaux sanguins cérébraux et augmenter le risque de complications cardiovasculaires, selon une nouvelle étude.

  • L’érythritol, un édulcorant courant, est associé à un stress oxydatif dans les cellules des vaisseaux sanguins.
  • La consommation d’érythritol peut réduire la production d’oxyde nitrique, essentiel à la relaxation des vaisseaux sanguins.
  • L’étude révèle une diminution de la capacité du corps à dissoudre les caillots sanguins après exposition à l’érythritol.

Longtemps présenté comme une alternative saine au sucre, l’érythritol est désormais au centre d’interrogations. Présent dans de nombreux produits « sans sucre » – boissons gazeuses, barres énergétiques, chewing-gums, desserts protéinés et même dentifrices – cet édulcorant est vanté pour son absence de calories et son impact minimal sur la glycémie, le rendant populaire auprès des personnes suivant un régime cétogène ou diabétiques. Cependant, une recherche récente de l’Université du Colorado à Boulder remet en question cette perception de sécurité.

L’étude ne se concentre pas sur la prise de poids ou la santé dentaire, mais sur un aspect plus préoccupant : l’influence de l’érythritol sur les vaisseaux sanguins du cerveau, un facteur clé dans le risque de crises cardiaques et d’accidents vasculaires cérébraux (AVC).

« Ces travaux confirment que les édulcorants non nutritifs, considérés comme sûrs depuis des années, pourraient avoir des conséquences négatives sur la santé. »

Christopher DeSouza, professeur et chercheur principal de l’étude

Les édulcorants artificiels et non caloriques sont devenus des outils courants pour réduire la consommation de sucre. L’érythritol, un polyalcool, est particulièrement prisé. Il est naturellement présent en faibles quantités dans certains fruits, mais la majorité de l’érythritol consommé est produite industriellement à partir d’amidon de maïs ou de blé.

Son attrait réside dans sa capacité à offrir une saveur sucrée sans apport calorique significatif ni augmentation de la glycémie. De plus, contrairement à d’autres polyalcools, il est généralement mieux toléré par le système digestif car il est presque entièrement absorbé avant d’atteindre le côlon. Ce profil favorable l’a longtemps positionné comme une alternative « propre ». Toutefois, des études récentes ont suggéré un lien entre des taux sanguins élevés d’érythritol et des événements cardiovasculaires, notamment les crises cardiaques et les AVC. La nouvelle étude de l’Université du Colorado cherche à élucider les mécanismes sous-jacents à cette corrélation.

L’expérience a été menée non pas sur des sujets humains, mais directement sur les cellules humaines qui tapissent les vaisseaux sanguins du cerveau. Ces cellules jouent un rôle essentiel dans la régulation du flux sanguin, la modulation de l’inflammation et la prévention de la formation de caillots.

Il a suffi d’une exposition de trois heures à l’érythritol, à une concentration équivalente à celle présente dans une seule boisson sans sucre, pour observer des changements notables. Les cellules ont subi un stress oxydatif, caractérisé par une augmentation des radicaux libres, ces molécules instables qui endommagent les protéines, l’ADN et les membranes cellulaires.

Le système antioxydant cellulaire a tenté de contrer ces effets, mais s’est avéré insuffisant. La défense s’est révélée incapable de compenser les dommages, suggérant que l’agression était trop rapide et trop intense.

Ce stress a eu des conséquences fonctionnelles directes. Les cellules ont réduit leur capacité à produire de l’oxyde nitrique, une molécule cruciale pour la relaxation et la dilatation des vaisseaux sanguins, assurant ainsi un flux sanguin adéquat. Une diminution de l’oxyde nitrique se traduit par des vaisseaux sanguins plus rigides et une capacité réduite à s’adapter aux variations de la pression artérielle.

Bien que la quantité totale d’enzyme responsable de la production d’oxyde nitrique n’ait pas significativement varié, son activité a été compromise. Des modifications au niveau des sites de liaison ont réduit son efficacité, entraînant une diminution d’environ 20 % de la production d’oxyde nitrique. Bien que cela puisse sembler modeste, ces marges sont cruciales dans le contexte délicat du cerveau.

Un autre effet s’est ajouté à la perte de capacité de dilatation. Les cellules ont commencé à libérer davantage d’endothéline-1, une protéine qui induit la contraction des vaisseaux sanguins. L’augmentation observée était d’environ 30 %, accompagnée d’une hausse des niveaux de son précurseur.

Cet effet combiné – moins de signaux pour se détendre et plus de signaux pour se contracter – favorise la réduction du flux sanguin cérébral.

« Si les vaisseaux sont plus resserrés et que la capacité à dissoudre les caillots diminue, le risque d’accident vasculaire cérébral augmente. »

Auburn Berry, chercheur principal de l’étude

Le corps maintient un équilibre délicat entre la formation de caillots sanguins et leur dissolution. Pour ce dernier processus, l’un des outils clés est l’activateur tissulaire du plasminogène (t-PA).

Dans des conditions normales, face à un signal de coagulation, les cellules libèrent davantage de t-PA pour prévenir les blocages inutiles. Dans l’étude, les cellules non exposées à l’érythritol ont réagi comme prévu, avec une augmentation de 25 % de la libération de t-PA.

En revanche, les cellules exposées à l’érythritol n’ont pas montré de réponse significative. La réponse a été annulée. Le système de défense était silencieux. Des caillots qui se forment et des vaisseaux qui ne réagissent pas : une combinaison potentiellement dangereuse.

Ces mécanismes observés en laboratoire concordent avec les résultats d’études de population antérieures. Une étude portant sur plus de 4 000 personnes aux États-Unis et en Europe a révélé que celles présentant des taux élevés d’érythritol dans le sang avaient un risque accru de crises cardiaques et d’AVC au cours des trois années suivantes, indépendamment du sexe ou d’autres facteurs de risque.

L’équipe du Colorado a travaillé avec une dose réaliste, équivalente à celle d’une boisson standard. La question se pose donc : nombreuses sont les personnes qui en consomment plusieurs par jour. De plus, l’érythritol n’est pas confiné au système digestif ; il peut franchir la barrière hémato-encéphalique qui protège le cerveau.

L’étude ne permet pas de tirer des conclusions sur les effets à long terme, mais elle lance un avertissement clair. Que se passe-t-il lorsque ces cellules sont exposées non pas pendant quelques heures, mais de manière quotidienne et prolongée ?

Dans ce scénario, les chercheurs recommandent la prudence, sans céder à la panique. Ils préconisent l’observation et la modération.

Pour en savoir plus : Société américaine de physiologie

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