Publié le 2 décembre 2025 à 15:53. Loin de se concentrer uniquement sur les pays en développement, la Chine a massivement investi dans les économies occidentales depuis le début des années 2000, un phénomène jusqu’alors sous-estimé. Une étude révèle que près de la moitié de ces fonds ont été dirigés vers des nations riches, notamment les États-Unis et plusieurs pays européens.
- Depuis l’an 2000, l’État chinois a investi 2,2 milliards de dollars (environ 2 milliards d’euros) à l’étranger, soit deux à quatre fois plus que les estimations précédentes.
- Contrairement aux idées reçues, les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne, la France, l’Australie et les Pays-Bas sont les principaux bénéficiaires de ces investissements.
- Ces fonds ne se limitent pas aux infrastructures traditionnelles, mais concernent également des secteurs stratégiques comme la technologie et l’énergie.
Une analyse approfondie menée par AidData, un laboratoire de recherche de l’Université William & Mary en Virginie, met en lumière l’ampleur insoupçonnée des investissements chinois à l’échelle mondiale. Pendant quatre ans, 120 chercheurs ont collaboré pour établir ce qui constitue le premier bilan exhaustif des dépenses de Pékin à l’étranger.
L’étude révèle que les États-Unis sont de loin le plus gros emprunteur de la Chine, avec plus de 200 milliards de dollars (environ 185 milliards d’euros) de prêts. Ces financements ont contribué à des projets d’envergure tels que des terminaux à l’aéroport JFK, des gazoducs au Texas, des centres de données en Virginie, ainsi que des entreprises de renom comme Amazon, Tesla et Boeing.
L’Europe n’est pas en reste. L’Union européenne a reçu un total de 161 milliards de dollars (environ 150 milliards d’euros), dont 21 milliards de dollars (environ 19,5 milliards d’euros) pour la France et près de deux milliards de dollars (environ 1,85 milliard d’euros) pour la Belgique. Des projets comme le parc éolien offshore de Saint-Nazaire et le spécialiste néerlandais des semi-conducteurs Nexperia ont bénéficié de crédits chinois.
Le Royaume-Uni et le Portugal se distinguent particulièrement par le volume de prêts qu’ils ont reçus de Pékin. Ces financements ne se limitent pas aux infrastructures classiques, mais s’étendent à des actifs stratégiques. Il est à noter que les prêts liés à l’initiative des Nouvelles Routes de la Soie ne représentent qu’environ 20 % du total des investissements chinois.
Les raisons de cet engagement massif de Pékin sur les marchés occidentaux sont principalement stratégiques. Le plan « Made in China 2025 », lancé il y a dix ans, ambitionne de dominer dix secteurs clés, notamment la robotique, les véhicules électriques et les semi-conducteurs, d’ici la fin de la décennie. Pour atteindre cet objectif, la Chine finance des acquisitions à l’étranger afin de rapatrier des technologies critiques.
Selon les chercheurs, Pékin dispose d’une capacité d’intervention unique grâce à un contrôle strict des banques et des capitaux. La Chine peut accorder des prêts rapides, importants et parfois opaques, via des consortiums internationaux, des sociétés écrans ou des circuits financiers offshore. Ces investissements permettent également de recycler l’épargne chinoise excédentaire dans des marchés stables ou des entreprises internationales en quête de liquidités, comme Tesla, Boeing, Airbus ou Michelin. Certaines économies occidentales, fragilisées par la crise de 2008 ou la pandémie de Covid-19, ont parfois vu dans l’argent chinois une solution pour financer des infrastructures ou sauver des entreprises, comme le port du Pirée à Athènes.
« Tous ces prêts ne servent pas nécessairement un objectif géopolitique majeur »,
Directeur d’AidData, cité dans un article d’opinion du The Economist
Bien que l’ampleur de ce phénomène surprenne, les chercheurs tempèrent une interprétation géopolitique systématique. Ils soulignent que ces investissements financent des infrastructures critiques, renforcent la présence chinoise dans des secteurs stratégiques et créent des dépendances invisibles, mais qu’ils ne sont pas toujours motivés par des considérations purement politiques.
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