Home AffairesUne organisation criminelle cambodgienne utilise des « pièces » pour blanchir de l’argent… un organisme de surveillance lâche

Une organisation criminelle cambodgienne utilise des « pièces » pour blanchir de l’argent… un organisme de surveillance lâche

by Amélie Bernard

Publié le 15 octobre 2025 09:54:00. Une récente affaire d’escroquerie sentimentale impliquant des transferts depuis le Cambodge met en lumière l’utilisation croissante des cryptomonnaies pour le blanchiment d’argent, soulignant les failles des systèmes de surveillance actuels.

  • Des escrocs cambodgiens ont blanchi l’équivalent de 18 milliards de wons (environ 11,7 millions d’euros) en décembre dernier grâce aux cryptomonnaies.
  • Les pièces stables, comme le Tether (USDT), sont particulièrement prisées par les criminels en raison de leur lien avec le dollar américain.
  • Le volume des transferts de cryptomonnaies vers l’étranger atteint des montants considérables, rendant le contrôle des transactions suspectes de plus en plus difficile.

Une enquête récente menée par l’agence de police d’Ulsan, en Corée du Sud, a révélé que des criminels basés au Cambodge utilisaient des actifs virtuels pour blanchir les profits générés par des escroqueries sentimentales. Les enquêteurs ont découvert que des réseaux de criminels locaux étaient mobilisés pour convertir les fonds versés par les victimes en cryptomonnaies, moyennant des frais d’environ 10 %, avant de les transférer vers le Cambodge.

Selon les informations rapportées par l’agence de presse Yonhap, le montant blanchi en décembre dernier s’élève à 18 milliards de wons (environ 11,7 millions d’euros). Les fonds étaient initialement transférés d’un compte bancaire vers une plateforme d’échange de cryptomonnaies nationale, puis convertis en actifs virtuels et envoyés vers une bourse étrangère.

Elliptic, une société spécialisée dans l’analyse de la blockchain, a souligné dans un récent rapport que les procédures de vérification de l’identité des clients (KYC) restent souvent laxistes dans de nombreux pays. Elle explique que les fraudeurs exploitent l’anonymat offert par les plateformes d’échange pour faciliter le blanchiment d’argent.

« La fraude liée aux actifs virtuels augmente rapidement, et les criminels tentent de blanchir de l’argent en abusant des échanges légitimes, ce qui alourdit la charge de travail des professionnels de la conformité. »

Elliptic

Les pièces stables, comme le Tether (USDT), qui sont indexées sur la valeur du dollar américain, sont particulièrement vulnérables à ce type d’abus. Shin Hyun-song, directeur de la politique monétaire à la Banque des règlements internationaux (BRI), a mis en garde, lors de la Conférence mondiale des économistes en août dernier, contre le risque que ces pièces stables soient utilisées à des fins criminelles, notamment le blanchiment d’argent et la fraude.

Le principal obstacle à la lutte contre ce phénomène réside dans l’insuffisance des moyens de surveillance dont disposent les autorités, compte tenu de l’ampleur des flux financiers. Il est difficile de filtrer toutes les transactions suspectes.

Selon des données fournies par le député Park Soo-young, membre de la Commission de planification et des finances de l’Assemblée nationale, le volume des cryptomonnaies transférées vers des bourses étrangères s’est élevé à 124 300 milliards de wons (environ 79,8 milliards d’euros) en septembre dernier. Bien que les flux entrants aient été similaires (123 500 milliards de wons), le volume important de ces transactions rend difficile l’identification des fonds destinés au blanchiment d’argent ou à l’évasion fiscale.

Les criminels peuvent également contourner les contrôles traditionnels en utilisant des bureaux de change privés, qui facturent des frais plus élevés. En échangeant des wons contre des cryptomonnaies et en les transférant sur leur propre portefeuille numérique, ils peuvent ainsi échapper plus facilement à la surveillance des autorités.

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