Publié le 29 septembre 2025 à 15h03. L’expérimentation animale, bien que strictement encadrée par la loi, soulève des questions éthiques complexes. Une nouvelle étude explore le travail souvent invisible nécessaire pour garantir le bien-être des animaux de laboratoire, et la charge émotionnelle que représente leur utilisation dans la recherche biomédicale.
- Au Royaume-Uni et en Europe, les animaux de laboratoire bénéficient de protections légales visant à minimiser leur souffrance.
- Une nouvelle recherche met en lumière le travail quotidien des soignants et des scientifiques, confrontés aux dilemmes éthiques liés à l’expérimentation animale.
- L’auteure propose une approche combinant analyse juridique, observations ethnographiques et éléments de fiction pour explorer les dimensions morales et émotionnelles de cette pratique.
L’utilisation d’animaux dans la recherche scientifique est un sujet de débat permanent. Si les avancées médicales reposent souvent sur l’expérimentation animale, la question de savoir si cela est moralement justifiable reste ouverte. Au Royaume-Uni et dans l’Union européenne, des réglementations strictes visent à protéger les animaux de laboratoire – souris, rats, poissons et autres – en leur garantissant le droit de ne pas subir de souffrances inutiles, d’avoir accès à la nourriture et à l’eau, et de pouvoir exprimer leurs comportements naturels. Ces réglementations sont généralement considérées comme parmi les plus rigoureuses au monde.
Cependant, pour certains, ces droits légaux sont insuffisants. Des voix s’élèvent pour réclamer le droit pour les animaux de ne pas être tués ou utilisés au profit d’autres espèces, notamment l’espèce humaine. Ces critiques soulignent que le droit peut accorder des protections différentes à d’autres espèces, comme les espèces menacées. Néanmoins, le cadre juridique actuel offre une protection significative aux animaux de laboratoire.
Une souris dans une cage : au-delà des réglementations
C’est dans ce contexte qu’une nouvelle étude, issue d’une recherche financée par une fondation, explore les réalités quotidiennes de l’expérimentation animale. L’ouvrage, intitulé Une souris dans une cage : repenser l’humanitarisme et les droits des animaux de laboratoire, publié par New York University Press en 2025, examine le travail nécessaire pour garantir le bien-être des animaux tout au long de leur vie en laboratoire, y compris les soins prodigués avant leur euthanasie et la gestion des aspects émotionnels liés à leur sacrifice.
L’auteure, Carrie Friese, a nommé ce travail « humanitarisme plus qu’humain », en s’inspirant de l’histoire du Royaume-Uni au XIXe siècle, où les animaux étaient perçus à la fois comme « inférieurs » et comme nécessitant des soins. Son analyse se concentre sur le Royaume-Uni, mais les questions soulevées sont pertinentes pour l’ensemble de l’Europe.
L’ouvrage est un hommage aux souris et aux rats souvent invisibles qui contribuent à la médecine, ainsi qu’au travail invisible des personnes qui prennent soin d’eux et gèrent leur mort. L’auteure ne cherche pas à rejeter l’expérimentation animale, ni à minimiser les préoccupations éthiques qu’elle soulève. Elle plaide plutôt pour une réflexion approfondie sur l’ampleur de cette pratique et sur les implications morales et émotionnelles qu’elle implique.
Émotions et éthique : une approche nouvelle
Pour explorer ces dimensions affectives de la science, l’auteure combine des notes de recherche avec des éléments de fiction, s’inspirant d’une approche appelée « sociologie lyrique », qui utilise l’écriture littéraire pour transmettre les émotions et les nuances d’une situation. Elle explique ne pas se sentir compétente dans ce type d’écriture et a donc choisi d’intégrer des extraits de fiction pour rendre compte de l’émotivité qu’elle a ressentie au cours de sa recherche.
L’auteure s’appuie également sur les travaux de Martha Nussbaum, qui a souligné l’importance de la fiction pour développer la compassion, car elle permet aux individus de se mettre à la place des autres et d’imaginer leur vie. Elle soutient que l’éthique formelle et la vertu sont toutes deux nécessaires dans le domaine de l’expérimentation animale, mais que la vertu risque d’être érodée si l’on ne reconnaît pas le temps et les efforts nécessaires à sa pratique et à sa reconnaissance.
L’humain de l’humanitarisme
L’auteure ne prétend pas offrir une solution aux dilemmes éthiques liés à l’utilisation d’animaux pour la thérapie médicale. Elle propose plutôt un moyen de s’engager dans la discussion et de prendre conscience de la logique sacrificielle sur laquelle repose l’humanitarisme. En rendant visible le travail impliqué dans la science médicale, elle montre à quel point la santé humaine dépend de la souffrance et de la mort d’animaux, et invite à réfléchir aux inégalités que cela révèle, non seulement entre les animaux et les humains, mais aussi entre les humains eux-mêmes.
En fin de compte, l’auteure suggère que les animaux de laboratoire peuvent servir de prisme pour réfléchir à la nature même de l’humanitarisme, et que l’on peut apprendre quelque chose en considérant la vie apparemment éloignée d’une souris de laboratoire.
Pour en savoir plus, consultez le nouveau livre de l’auteure, Une souris dans une cage : repenser l’humanitarisme et les droits des animaux de laboratoire (New York University Press, 2025).
Note : Cet article reflète les opinions de l’auteure et ne représente pas la position d’Europp – Politique et politique européennes ou de la London School of Economics. Crédit d’image : Egoreichenkov Evgenii / Shutterstock.com
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