Home Technologie et scienceUniversité de Sharjah : marc de café et plastique PET transformés en charbon actif pour capter le CO2

Université de Sharjah : marc de café et plastique PET transformés en charbon actif pour capter le CO2

by Thomas Caron
La méthode de co-pyrolyse de l'Université de Sharjah

Des chercheurs de l’Université de Sharjah aux Émirats arabes unis ont breveté une méthode de co-pyrolyse transformant le marc de café et le plastique PET en charbon actif. Cette innovation vise à capturer le dioxyde de carbone industriel, offrant une solution de recyclage pour des millions de tonnes de déchets organiques et plastiques.

La méthode de co-pyrolyse de l’Université de Sharjah

La méthode de co-pyrolyse de l'Université de Sharjah
Photo: theconversation.com

Le problème des déchets mondiaux prend une nouvelle dimension technologique. En combinant des résidus de consommation courante, des scientifiques ont trouvé un moyen de créer des outils de lutte climatique. Selon les informations rapportées par Daily Coffee News, le procédé repose sur la co-pyrolyse d’un mélange de marc de café usagé, de plastique polyéthylène téréphtalate (PET) et d’hydroxyde de potassium.

Ce processus thermique, effectué à une température relativement basse d’environ 600 °C, permet de produire un matériau carboné poreux semblable à du charbon. L’utilisation de l’hydroxyde de potassium (KOH) comme agent d’activation chimique est l’élément clé pour développer la structure microporeuse nécessaire à l’adsorption. Ce dernier peut servir de solution prête à l’emploi pour les systèmes de filtration industrielle existants. L’enjeu est de taille au regard des volumes de déchets produits chaque année :

Type de déchet Volume de déchets annuel estimé
Marc de café 6 à 8 millions de tonnes métriques
Plastique PET Environ 35 millions de tonnes métriques

De la poubelle au filtre à carbone

De la poubelle au filtre à carbone
Photo: dailycoffeenews.com

La versatilité chimique de ce nouveau matériau a été démontrée par des tests rigoureux. Comme l’indique Ars Technica, les chercheurs ont expérimenté la transformation d’objets variés en carbone, incluant du polystyrène, des emballages alimentaires, des fourchettes, des boîtiers de CD et même des plaques de base Lego.

Le matériau produit affiche une efficacité remarquable dans les cycles de capture du carbone, que ce soit dans les concentrations élevées de CO₂ issues des cheminées d’usine ou dans l’air ambiant à plus faible concentration. Cette performance repose sur la synergie entre la matrice carbonée du PET et l’azote organique naturellement présent dans le marc de café. Les scientifiques ont même réussi à ajuster les propriétés du matériau en modifiant la teneur en amines ou la proportion de liaisons créant la porosité. En contrôlant le ratio entre les déchets organiques et les polymères, ils peuvent moduler la densité de sites actifs azotés, ce qui influence directement l’affinité chimique du carbone pour les molécules de dioxyde de carbone.

Toutefois, l’upcycling n’est pas sans limites techniques. Des tentatives de transformer d’autres matériaux synthétiques, comme la mousse de matelas en urétane ou des garnitures de bâtiment décoratives, ont fonctionné pour produire du carbone, mais les groupes d’amines obtenus étaient plus volumineux. Cette modification structurelle provoque un phénomène d’encombrement stérique : les groupes d’amines trop larges obstruent les pores du matériau. Cela a entraîné une capacité de capture du CO₂ plus faible et une incapacité à absorber le gaz directement depuis l’air ambiant, limitant l’usage de ces variantes spécifiques aux environnements industriels à forte concentration.

Le défi de l’acceptation économique et sociale

Le défi de l'acceptation économique et sociale

Si la technologie progresse, son déploiement à grande échelle dépend de facteurs qui dépassent la simple chimie. La capture et l’utilisation du carbone (CCU) doivent devenir économiquement viables pour inciter les entreprises à adopter ces solutions. Contrairement au simple stockage souterrain (CCS), qui ne génère aucun retour financier, la transformation du CO₂ en produits commercialisables change la donne en créant une valeur ajoutée par le recyclage des flux de déchets.

Cependant, une question demeure : le public est-il prêt à consommer des produits issus de cette technologie ? Selon une analyse de The Conversation, la perception des consommateurs est un levier crucial. Des études menées aux États-Unis auprès de 2 000 participants montrent que si les gens ignorent souvent le fonctionnement de la capture du carbone, leur opinion change radicalement une fois le processus expliqué.

L’étude souligne un fossé de perception : la méconnaissance technique initiale génère une certaine réticence, mais la compréhension des bénéfices climatiques agit comme un catalyseur d’acceptation. Après avoir compris comment ces technologies aident à réduire les émissions responsables du changement climatique, 69 % des personnes interrogées se sont montrées favorables à l’utilisation de produits basés sur le CO₂ capturé, qu’il s’agisse de boissons gazeuses, de contenants alimentaires en plastique ou de mobilier.

L’avenir de cette innovation réside donc dans une double réussite : la maîtrise technique pour transformer les flux massifs de plastique et de café en adsorbants performants, et la capacité à intégrer ces solutions dans une économie circulaire où le carbone capturé n’est plus un déchet, mais une ressource valorisée.

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