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Victoire « épique » de Javier Milei aux élections législatives en Argentine – DiePresse.com

by Clara Dubois

Publié le 27 octobre 2024 05:22:00. Le président argentin Javier Milei a remporté une victoire significative aux élections législatives de mi-mandat, renforçant son pouvoir politique mais l’obligeant également à composer avec un paysage parlementaire fragmenté et à modérer son approche radicale.

  • Le parti de Javier Milei, La Libertad Avanza (LLA), a obtenu 40,8 % des voix, devançant de neuf points le péronisme.
  • LLA a remporté la majorité des sièges dans 16 provinces, dont Buenos Aires, Córdoba, Santa Fe et Mendoza, lui assurant 64 représentants et 13 sénateurs.
  • Cette victoire permet à Milei d’obtenir un veto présidentiel, mais ne lui confère pas la majorité absolue au Congrès pour adopter des lois sans compromis.

L’Argentine s’est teinte de violet, la couleur emblématique du mouvement de Javier Milei, lors des élections de mi-mandat. Le parti La Libertad Avanza (LLA) a réalisé un score historique, obtenant 40,8 % des voix, une nette progression par rapport aux péronistes. Ce résultat donne à Milei une position renforcée au sein du Parlement, avec 64 nouveaux représentants et 13 sénateurs, lui permettant d’opposer son veto à toute législation qu’il juge défavorable. Cependant, il ne dispose pas de la majorité absolue nécessaire pour faire adopter ses propres lois sans négocier avec d’autres forces politiques.

L’élection marque un tournant dans le paysage politique argentin, selon l’analyste Carlos Pagni, qui la décrit comme le début du « deuxième acte » du gouvernement Milei. La question centrale est désormais de savoir si le leader populiste saura se transformer en un acteur politique fiable, capable de gouverner avec le soutien du Parlement. Les premiers signaux sont encourageants : après sa victoire, Milei a adopté un ton plus mesuré, louant les gouverneurs de province qu’il avait auparavant critiqués comme des « gaspilleurs d’argent parasites », les qualifiant désormais de « personnes sensées ». Ce changement de rhétorique n’est pas fortuit, car Milei aura besoin du soutien de nombreux gouverneurs issus de l’alliance dissoute Provinces-Unies pour faire avancer son programme au Congrès.

La victoire de LLA est d’autant plus significative qu’elle a été plus large que ne le prévoyaient les sondages. Le parti a réalisé une percée historique, notamment dans la province de Buenos Aires, bastion traditionnel du kirchnérisme. Karina Milei, la sœur du président, a joué un rôle clé dans cette campagne et a profité de la soirée électorale pour souligner son influence croissante au sein du gouvernement. Certains observateurs y voient un contrepoids à l’influent conseiller Santiago Caputo, et notent que la rivalité entre les deux façonne de plus en plus les dynamiques internes de l’exécutif.

Sur le plan économique, ce résultat offre un répit à Milei et à son ministre des Finances, Luis « Toto » Caputo. Après des mois de baisse des prix des obligations et de tensions sur les marchés, le peso s’est stabilisé et l’inflation a commencé à ralentir. Le soutien des États-Unis reste crucial : Donald Trump, en cas de retour à la Maison Blanche, a promis jusqu’à 40 milliards de dollars d’aide à l’Argentine, mais sous conditions. Washington attend en échange une profonde libéralisation du droit du travail, des impôts et du système de retraite. Pour Milei, cela signifie qu’il doit désormais s’appuyer sur ses nouvelles majorités parlementaires pour mettre en œuvre son programme de réformes.

La stratégie de Caputo – taux de change fixes, taux d’intérêt élevés, recours à des crédits à court terme – a jusqu’à présent permis d’éviter un effondrement économique. Cependant, certains observateurs mettent en garde contre des similitudes avec l’expérience de Mauricio Macri, qui a perdu le soutien des marchés en 2017 après une victoire similaire aux élections de mi-mandat. Milei a certes stabilisé la macroéconomie, mais l’économie réelle reste fragile : des emplois sont supprimés, des entreprises ferment et les investissements peinent à décoller.

Pour l’opposition, cette élection marque un échec. Le bloc péroniste n’a obtenu que 31 % des voix, et le mouvement, autrefois dominant, est désormais divisé. Cristina Kirchner, toujours figure de proue du parti, voit son influence diminuer après la défaite dans la province de Buenos Aires. Les partis régionaux modérés n’ont pas non plus réussi à s’imposer comme une troisième force significative.

Le triomphe de Milei est également le reflet d’un profond désenchantement politique. De nombreux électeurs l’ont choisi non pas par conviction, mais par rejet du péronisme traditionnel. Cette loyauté négative pourrait cependant s’estomper rapidement. Car, dans une élection à laquelle un tiers des citoyens n’a pas participé malgré l’obligation de voter, la victoire de Milei n’est pas un blanc-seing, mais un sursis.

L’Argentine a gagné un peu de temps, mais pas encore la stabilité. Le président, qui ambitionnait autrefois d’abolir l’État, doit désormais le rendre capable de gouverner. Son examen de fin d’études ne fait que commencer.

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