Caracas est à la croisée des chemins. Après le départ de Nicolás Maduro et de son épouse, l’avenir du Venezuela repose désormais sur une coopération délicate entre les États-Unis et les éléments restants du régime, alors que la population, majoritairement défavorisée, attend des améliorations concrètes.
L’administration Trump a pris la décision de collaborer avec Delcy Rodriguez, désormais présidente par intérim, une démarche qui suscite des interrogations quant à sa fiabilité. Si cette approche est perçue comme logique par Washington pour éviter une intervention militaire supplémentaire, elle déçoit une partie de l’opposition démocratique, qui revendique sa victoire aux élections présidentielles de fin juillet 2024.
Bien que l’opposition bénéficie d’un soutien populaire plus large que le régime, l’armée, les services de renseignement et la police restent fidèles à Maduro, du moins pour l’instant. L’administration américaine estime que leur coopération est essentielle pour mettre en œuvre ses plans pour le Venezuela sans recourir à de nouvelles opérations militaires.
La relance du secteur pétrolier, en berne depuis l’élection d’Hugo Chavez en 1998, est au cœur de la stratégie américaine. La production a chuté de deux tiers en raison d’une gestion déficiente, d’un manque d’investissements et de la corruption. Chevron est restée présente malgré les difficultés, mais un redressement durable nécessitera des capitaux, une expertise et, surtout, un environnement sécurisé.
Les États-Unis comptent sur la coopération des forces armées et de la police vénézuéliennes, bien que de nombreux responsables de ces institutions soient soupçonnés d’être impliqués dans les abus et la corruption dénoncés par l’ONU, qui a évoqué de possibles « crimes contre l’humanité ». Des figures clés comme Diosdado Cabello, ministre de l’Intérieur, et le général Vladimir Portino Lopez, ministre de la Défense, devront être surveillées de près pour éviter qu’elles ne compromettent les efforts de réhabilitation du secteur pétrolier et de retour à un gouvernement légitime.
Parallèlement, l’administration Trump devra faire face à une situation humanitaire alarmante. Plus de 80 % de la population vénézuélienne vit désormais en dessous du seuil de pauvreté, un chiffre qui pourrait doubler. Le PIB du pays s’est contracté d’environ 70 % (certains estiment même 75 %) entre 2013 et 2023. Les États-Unis, qui contrôleront les exportations pétrolières, pourraient être sollicités pour fournir une aide massive, un rôle jusqu’alors assumé par le régime grâce à des transferts de nourriture.
La coopération de l’opposition, qui représente la majorité des Vénézuéliens, sera également cruciale. De même, il faudra envisager de rémunérer les militaires de base pour éviter une déstabilisation, une tâche qui pourrait s’avérer difficile si les recettes pétrolières sont gérées par les États-Unis. Pour éviter les erreurs commises après la chute de Saddam Hussein, répondre aux besoins de la population et assurer la solde des soldats devraient être des priorités.
L’administration Trump envisage également de rouvrir rapidement l’ambassade américaine à Caracas. Des informations en provenance de Colombie indiquent que la chargée d’affaires américaine à Bogota s’est déjà rendue à Caracas pour évaluer la situation, une initiative positive qui souligne l’importance d’une présence et d’un engagement sur le terrain.
