Le Michoacán, un État mexicain réputé pour ses exportations agricoles, est le théâtre d’une violence croissante liée à la convoitise des terres et des ressources naturelles. Derrière l’image d’avocats et de baies « sains et durables » se cache une réalité sombre de dépossession, de dégradation environnementale et de menaces envers les défenseurs des droits humains.
Dans la communauté Purépecha de San Andrés Tziróndaro, située sur les rives du lac Pátzcuaro, les habitants voient leur mode de vie ancestral menacé. Les entreprises agroalimentaires louent des terres communales, destinées à nourrir la population locale, pour l’exportation. Des canalisations détournent l’eau du lac vers les plantations, asséchant le plan d’eau et ruinant les pêcheurs. L’an dernier, lors d’une grave sécheresse, le lac a failli s’assécher complètement, entraînant la disparition des poissons et mettant en péril la sécurité alimentaire de la communauté.
La situation est d’autant plus préoccupante que la défense de ces territoires est devenue dangereuse. Claudia Ignacio Álvarez, défenseuse des droits humains indigènes Purépecha, témoigne des menaces, des meurtres et des disparitions subies par ceux qui s’opposent aux intérêts économiques puissants. « Nous avons fait tout ce que nous pouvions pour protéger nos terres, mais cela a malheureusement conduit à des menaces, des meurtres et des disparitions », explique-t-elle.
Le contexte est aggravé par l’implication du crime organisé et le manque de protection de l’État. L’assassinat de Carlos Manzo, maire d’Uruapan, en novembre dernier, sur la place centrale de la ville, capitale de la région exportatrice d’avocats, illustre la violence politique qui sévit dans la région. Au moins trois maires ont été assassinés cette année. Selon Global Witness, au moins 36 défenseurs des droits humains ont été attaqués au Mexique entre 2023 et 2024, la plupart étant issus de communautés indigènes. Les enquêtes progressent rarement.
Les communautés Nahua de la région côtière du Michoacán sont également confrontées à des menaces similaires en raison de leur opposition à des projets miniers et sidérurgiques imposés sans consultation. L’assassinat d’Eustacio Alcalá Díaz et la disparition forcée de José Gabriel Pelay, tous deux défenseurs de l’environnement, restent non résolus, symbolisant les dangers encourus par ceux qui défient les intérêts économiques.
Claudia Ignacio Álvarez raconte avoir été témoin d’intimidation policière lors de manifestations pacifiques. « J’ai dû intervenir physiquement lorsque les autorités ont attaqué des membres de la communauté, souvent des chefs traditionnels », témoigne-t-elle. Elle décrit une situation où un policier l’a bloquée et fait des gestes moqueurs alors qu’elle tentait de signaler un incident.
Pour les défenseurs des droits humains, la protection ne vient pas de l’État, mais du renforcement des réseaux communautaires, du soutien international et de stratégies collectives d’autoprotection. « La défense de la terre n’est pas une cause environnementale abstraite : c’est une question de mémoire, de survie et de dignité », insiste Claudia Ignacio Álvarez.
Les pays importateurs, notamment les États-Unis, l’Union européenne et le Royaume-Uni, ont également une responsabilité. Il est nécessaire d’exiger une diligence raisonnable contraignante en matière de droits de l’homme et d’environnement dans les chaînes d’approvisionnement agricoles et extractives, de consulter les peuples autochtones et de respecter leurs droits sur les terres et l’eau. Sans une action concertée, la violence dans des régions comme le Michoacán risque de persister, invisible aux yeux du monde.
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