Publié le 12 décembre 2025 à 05h02. Le créateur de jeux vidéo japonais Hideo Kojima continue de repousser les limites du médium avec « Death Stranding 2: On the Beach », un titre acclamé par la critique qui privilégie l’exploration contemplative et une narration complexe, défiant les conventions du genre.
- « Death Stranding 2: On the Beach » a connu un taux de complétion exceptionnellement élevé de 79 % parmi ses joueurs au cours du premier mois suivant sa sortie.
- Kojima met l’accent sur l’expression de sa propre créativité avant de penser au divertissement du joueur, privilégiant les expériences qui le stimulent personnellement.
- L’influence croissante de Kojima s’étend au-delà des jeux vidéo, avec des adaptations de ses œuvres en cours de développement pour le cinéma et la télévision.
Dans un paysage vidéoludique dominé par l’action et le spectacle, Hideo Kojima s’est taillé une place unique en proposant des expériences narratives ambitieuses et souvent déroutantes. Son dernier jeu, « Death Stranding 2: On the Beach », illustre parfaitement cette approche, mettant en scène Sam Bridges, interprété par Norman Reedus, dans une mission de livraison de fournitures à travers un monde post-apocalyptique désolé. Léa Seydoux et Elle Fanning rejoignent également le casting hollywoodien de ce titre salué par la critique.
Le jeu est décrit comme une œuvre thérapeutique au rythme lent, où le joueur doit gérer les ressources, apaiser sa « fille adoptive » et parcourir de vastes étendues sauvages. L’action, bien que présente avec des ennemis humains et des créatures monstrueuses appelées « Beached Things », reste secondaire. Les paysages graphiques, inspirés du Mexique et de l’Australie, offrent une grande liberté d’exploration.
Kojima, dont la réputation s’est construite sur la franchise « Metal Gear » à la fin des années 1990 et au début des années 2000, est reconnu pour sa narration complexe et son attention aux détails. Il ne s’excuse pas de privilégier sa propre vision artistique :
« Créer un jeu prend quatre ou cinq ans. C’est 24 heures sur 24 et cela demande énormément d’énergie, donc si ce n’est pas quelque chose que j’aime vraiment, je ne peux pas le supporter. »
Hideo Kojima
Il explique qu’il commence toujours par explorer sa propre essence créative avant d’ajouter des éléments de divertissement.
Le succès de « Death Stranding 2 » se traduit par un taux de complétion remarquable de 79 % des joueurs au cours du premier mois, selon les données internes de son studio. Ce chiffre contraste fortement avec les taux de complétion généralement plus faibles observés dans d’autres jeux en monde ouvert. Ce succès témoigne de l’attrait unique de l’univers de Kojima et de sa capacité à captiver son public.
Les jeux de Kojima se distinguent également par leur abondance de cinématiques, des séquences non interactives qui servent à développer l’histoire et les émotions des personnages. « Death Stranding 2 » en contient plus de six heures, soit environ 15 % du temps de jeu total, selon une estimation du site IGN. Son chef-d’œuvre de 2008, « Metal Gear Solid 4 », détient même le record du monde Guinness pour la plus longue cinématique de jeu vidéo, avec une séquence de 27 minutes.
Les thèmes abordés dans « Death Stranding 2 » et son prédécesseur sont profonds et pertinents, explorant des questions telles que l’automatisation du travail (la menace de robots de livraison remplaçant les livreurs humains), la pollution (les effets néfastes d’une substance mystérieuse appelée chiralium) et le changement climatique (l’augmentation des tempêtes et des inondations). Kojima n’hésite pas à aborder des sujets complexes et à susciter la réflexion chez ses joueurs.
Le musicien français Woodkid, qui a composé la bande originale du jeu, a révélé que Kojima avait même modifié l’intrigue de la suite parce que les premiers testeurs l’avaient trop appréciée.
« Il pensait que son travail n’était pas polarisant et ne déclenchait pas suffisamment d’émotions. »
Woodkid
Kojima a confirmé que ce rapport était « à moitié correct », expliquant qu’il recherche des expériences qui laissent une trace, même si elles sont inconfortables :
« Les choses qu’on n’oublie pas, même après 10 ou 20 ans, sont celles qui laissent un peu d’inconfort ou de friction. »
Hideo Kojima
Il compare cela à un plat difficile à digérer, qui reste en mémoire et invite à la réflexion.
L’influence de Kojima s’étend désormais au-delà du jeu vidéo. Disney+ a annoncé l’adaptation de « Death Stranding » en une série animée, et un film en prises de vues réelles produit par A24 est également en préparation. Kojima Productions, qui célèbre son 10e anniversaire ce mois-ci, sera impliqué dans ces projets, bien que son fondateur se concentre actuellement sur ses propres créations.
Reconnu comme un auteur à part entière dans l’industrie du jeu vidéo, Kojima a reçu une bourse du BAFTA, un honneur généralement réservé aux réalisateurs de cinéma tels que Martin Scorsese et Ken Loach. Il a été l’un des premiers à créer des jeux cinématographiques convaincants, et son approche continue d’inspirer de nombreux développeurs.
L’évolution de la technologie a permis à Kojima de réaliser sa vision artistique.
« Je n’aurais jamais imaginé que la technologie progresserait aussi rapidement, que nous aurions des visuels 4K et 8K, ou que nous pourrions scanner de vrais acteurs. »
Hideo Kojima
Il est particulièrement intéressé par l’utilisation de l’intelligence artificielle pour améliorer le comportement des personnages non-joueurs et créer des expériences de jeu plus dynamiques et immersives.
Son prochain jeu, « OD », un titre d’horreur co-écrit avec le réalisateur Jordan Peele, promet de nouvelles expériences narratives et visuelles. Une bande-annonce énigmatique a été dévoilée en septembre, laissant entrevoir la complexité et l’ambition de ce projet. Kojima reste fidèle à sa philosophie : créer des œuvres qui restent gravées dans la mémoire des joueurs, même longtemps après avoir terminé le jeu.
